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Faire face à la désinformation dans le processus électoral : Un appel à une action coordonnée

19/11/2020

L'UNESCO et le PNUD ont organisé un atelier en ligne le 13 novembre sur les « Élections en période de désinformation » lors de la 15e réunion annuelle du Forum sur la gouvernance de l'Internet (FGI). Centrée sur le volet thématique de la "confiance", la session s'est concentrée sur les tendances et les aspects actuels de la désinformation et leurs effets sur les élections.

La session a aussi présenté des bonnes pratiques pour lutter contre la propagation de la désinformation en période électorale, en particulier dans le contexte de la pandémie mondiale de la COVID-19. Les échanges entre les participants ont souligné le rôle essentiel des journalistes et des acteurs électoraux pour garantir la confiance dans le processus électoral.

La session a réuni un panel d'experts de différents profils et régions, dont Laura Zommer, directrice et rédactrice en chef de Chequeado, un réseau de vérification des faits en Amérique latine, Mathilde Vougny, analyste de programme pour la Joint Task Force de la Commission européenne et du PNUD sur l'assistance électorale, Souhaib Khayati, directeur du bureau nord-africain de Reporters sans frontières basé en Tunisie, et enfin, William Bird, directeur de Media Monitoring Africa en Afrique du Sud.

Nous ne pouvons pas avoir de véritables élections sans avoir une libre circulation de l'information. C'est un droit humain international de voter et de garantir la libre expression de l'électorat. Le problème de la désinformation, cependant, est que ces expressions peuvent également porter atteinte au droit de vote. Cela soulève la question de savoir ce qui serait légitime en termes de transmission et de réception de ce contenu, afin de protéger le droit de vote ainsi que le cœur de la liberté d'expression.

Guy Berger, Directeur de la Division pour les stratégies et les politiques, UNESCO

Dans le monde numérisé d'aujourd'hui, les possibilités de rechercher, de recevoir et de transmettre des informations et des idées entre les citoyens, les hommes politiques et les partis politiques sont sans précédent, les informations relatives aux élections circulant plus rapidement et plus facilement que jamais. C'est précisément en raison de cette facilité d'accès, et parce que les élections constituent la pierre angulaire de la gouvernance inclusive, que les processus électoraux sont particulièrement vulnérables.

- Sara Lister, responsable de la gouvernance au PNUD

Comparés aux médias traditionnels, les panélistes ont identifié trois aspects clés qui posent de nouveaux défis aux démocraties : le volume croissant d'informations produites, leur portée géographique, et l'évolution rapide du paysage de l'information. Selon Mathilde Vougny, les partis politiques et les candidats aux élections ont adopté de nouvelles stratégies de diffusion de l'information, en utilisant de nouvelles plateformes (comme les médias sociaux et les réseaux locaux) pour amasser des milliers de spectateurs. L'information passe ainsi de l'actualité locale à l'actualité nationale et internationale beaucoup plus rapidement qu’avant. William Bird, de Media Monitoring Africa, a également souligné que la désinformation bénéficie aujourd'hui de l'utilisation généralisée des appareils portables, où des messages politiques micro-ciblés ont envahi nos espaces personnels et affaibli souvent la confiance dans les médias - créant ainsi un environnement propice à la désinformation.

Les experts ont également discuté d'un ensemble de bonnes pratiques et de recommandations pour lutter contre la diffusion de la désinformation. Tout en soulignant l'importance de canaux de coordination et de communication souples, en particulier au niveau national, les experts ont insisté sur la nécessité d'une éducation aux médias et à l'information pour responsabiliser les citoyens. Laura Zommer a donné l'exemple d'un projet de collaboration sur la désinformation électorale, appelé Reverso, en soulignant comment plus de 120 médias ont répondu à de fausses informations par des faits fondés sur des preuves lors de l'élection présidentielle de 2019 en Argentine. En outre, ils ont informé les autorités des lacunes existantes en matière d'information sur le terrain et les ont invitées à publier des communications officielles si nécessaire. Elle a notamment ajouté que si la vérification des faits et la modération du contenu ne changent pas l'esprit des gens, elles modifient leur comportement en les dissuadant de partager de fausses informations.

Souhaib Khayati de Reporters sans frontières, s'appuyant sur les travaux de renforcement des capacités des journalistes en Afrique du Nord, a souligné le rôle central du journalisme éthique et de qualité pour offrir une alternative à la propagation virale de la désinformation par des candidats politiques. Les intervenants ont également mis en garde contre une restriction excessive de l'expression légitime et ont encouragé un débat public solide par une modération du contenu basée sur des preuves.

Enfin, dans le contexte des élections tenues pendant la pandémie de la COVID-19, Mathilde Vougny a déclaré : « La confiance dans la commission électorale est le premier facteur pour garantir des élections crédibles ». Elle a également ajouté que la pandémie en cours ajoute un niveau supplémentaire d'informations, qui doivent être communiquées de manière efficace et précise par les autorités publiques, sans quoi la pandémie créera de nouvelles opportunités pour semer la désinformation et perturber le processus électoral.

Cet atelier a été organisé à la suite de la stratégie de l'UNESCO qui soutient le rôle des médias dans le processus électoral à l'ère numérique, en plus du partage des connaissances et des bonnes pratiques au sein des États membres sur les médias, l'Internet et les élections. Un tel soutien a été fourni au Burundi, en Côte d'Ivoire, au Myanmar, en Tunisie et en Uruguay, tandis que des projets en Somalie, en Zambie et au Liban sont en phase de planification. Les travaux de l'UNESCO sur les élections et les médias peuvent être consultés via les publications suivantes, à savoir la série In Focus du Rapport sur les tendances mondiales en matière de liberté d’expression sur les Élections et les médias à l'ère numérique, le rapport de recherche de la Commission Broadband sur « La liberté d'expression et la lutte contre la désinformation sur Internet », et les médias sociaux et les élections.

Un enregistrement en direct de la session est disponible via la chaîne YouTube du FGI.