Faire des vagues : La radio locale transforme les perceptions sur la violence sexiste en Afrique

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© Hector Conesa/Shutterstock
17 Novembre 2017

La radio locale sensibilise la population à la violence basée sur le genre, dans de nombreuses régions difficiles d’accès en Afrique, au travers de programmes radiophoniques dédiés. Le personnel des stations de radio est sensibilisé aux questions relative au genre au travers d’une formation dispensée dans le cadre du projet de l’UNESCO « Renforcer les radios locales par le biais des TIC ».  Cette formation aide le personnel à identifier et à éliminer les préjugés et les stéréotypes nuisibles potentiellement présents dans leurs émissions mais aussi à encourager les changements positifs dans la perception de l’égalité des genres au sein de leurs communautés. Le projet amène ainsi les stations de radio et leurs communautés à dénoncer la tolérance à l’égard de la violence basée sur le genre et à en tenir les auteurs responsables.

Dans un cas signalé en Tanzanie, une femme qui tentait de porter plainte contre l’auteur présumé d’un viol n’a rencontré que de l’indifférence de la part des autorités municipales. Lorsque les dirigeants locaux ont exigé un pot-de-vin en échange de l’arrestation du suspect, Dodoma FM, l’une des stations partenaires du projet, a repris et vérifié la nouvelle. La station a rapporté les faits et a publicisé la quête de justice de cette femme jusqu’à ce que le commissaire du district décide de prendre action. La couverture de ce scandale par Dodoma FM a entraîné l’arrestation de l’auteur du crime, ainsi que la mise en œuvre de mesures punitives à l’encontre les trois dirigeants locaux accusés de chantage.

La sensibilisation du personnel de radio aux problématiques liées au genre aide les radios locales à identifier et à couvrir des histoires pertinentes, mais la volonté d’éliminer les stéréotypes et discriminations dans le traitement de tels sujets est motivée par les journalistes locaux. « Je suis intéressé par les programmes adressant les thématiques du genre car les niveaux d’égalité hommes/femmes restent faibles et plus de connaissances sont nécessaires sur le sujet. Cette formation m’a aidé à faire des reportages pertinents sur la violence sexuelle et les mariages d’enfants dans le but d’améliorer la situation au sein de la communauté », a déclaré Ayo Rebecca, reporteur de Radio Apac FM en Ouganda, lors d’un atelier organisé par l’UNESCO.

Même dans les zones difficiles à d’accès, les stations de radio locales créent une prise de conscience et les émissions sont reçues favorablement par la communauté. Aux portes du Parc national des Virunga, Dorika FM en République Démocratique du Congo, reçoit un fort soutien local pour ses programmes dédiés aux actions positives contribuant à une plus grande indépendance sociale et à l’autonomisation des femmes. Les émissions ont été si bien reçues qu’elles ont entrainé la création d’un club d’auditeurs et d’une ONG qui, à son tour, soutient et promeut les thèmes abordés par les émissions.

Les perceptions sociales et la tolérance à l’égard de la violence sexiste, en particulier au niveau national, constituent des obstacles importants à la résolution de cet enjeu. Les questions de genre et leurs solutions requièrent une action qui cible à la fois les hommes et les femmes afin d’influer sur le climat social à l’origine de ce type de comportement. « Les programmes radios ont la capacité de défier les normes de masculinité et la tolérance aux violences basées sur genre, comme l’a montré Radio Ijwi ry’Umukenyezi (RIU) au Burundi », a déclaré Mirta Lourenço, chef de Section pour le développement des médias de l’UNESCO.

La station RIU a créé une section dédiée exclusivement au genre afin de réaliser une veille du contenu de ses émissions et produire des programmes de sensibilisation.  Ces programmes préconisent un comportement positif parmi les hommes et les femmes qui promeut l’intolérance à l’égard de la violence sexiste et condamne les auteurs de tels actes. Le programme est très populaire dans la communauté, à tel point que des groupes d’auditeurs ont été formés en réponse afin de prendre action collectivement. Des résidents reconnaissants ont même commencé à soutenir la station RIU en lui fournissant gratuitement de l’eau.

UNESCO pictureEn plus de susciter le soutien de la communauté, les stations de radio locales ciblent les autorités et engagent leurs responsabilités envers les citoyens. A Zanzibar, île au large de la Tanzanie, Tumbatu FM soulève les questions liées à la violence basée sur le genre et le rôle des autorités. Leurs émissions soulignent l’importance de lutter contre l’acception sociale des cas de violence sexiste, ainsi que la nécessité de signaler les incidents aux autorités locales plutôt que d’essayer de résoudre le problème au sein du ménage. En conséquence directe de la diffusion de ces programmes de sensibilisation, la police locale a établi des services où les habitants peuvent s’informer et signaler les crimes sexistes.

Afin de lutter davantage contre la violence sexiste, les gouvernements peuvent contribuer de plusieurs façons à la création et au développement d’organes de régulation des médias, ainsi qu’à la promotion de l’éducation aux médias auprès des garçons et des filles. Le projet « Renforcer les radios locales par le biais des TIC » de l’UNESCO (https://fr.unesco.org/radioict/), soutenu par la Suède, est une initiative internationale qui accorde la priorité au genre dans les médias, améliore leur accès et leur contrôle et fournit les outils au personnel de la radio afin d’apporter des changements positifs dans leurs communautés.

Alors que les nations s’efforcent d’éliminer les disparités sociales et économiques entre les hommes et les femmes, l’importance de l’égalité entre les genres et l’autonomisation des femmes a gagné en visibilité devenant ainsi une priorité au niveau mondial. Pour lutter contre le cercle vicieux causé par la représentation sexiste des femmes dans les médias, l’UNESCO a également créé une série d’Indicateurs d’égalité des genres dans les médias (IGRM) afin de promouvoir la parité entre les sexes et l’autonomisation des femmes dans tous les médias, conformément à l’ODD 5 des Nations Unies. Sur cette question, les pays peuvent aider à défendre l’autonomie et le traitement équitable des femmes, par exemple, en réduisant la tolérance sociale à la violence sexiste.

Pour en savoir plus sur le travail de l’UNESCO en matière d'Indicateurs d’égalité des genres dans les médias cliquez ici.