Les femmes sont minoritaires dans les domaines de l’industrie 4.0

25/02/2021
05 - Gender Equality
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09 - Industry Innovation and Infrastructure

Les femmes ne doivent pas rater le coche des emplois de demain. Tel est le message central d'une nouvelle étude sur les femmes en science publiée par l'UNESCO, ce mois-ci, intitulée Pour être intelligente, la révolution numérique devra être inclusive.

La population active traverse une phase de transformation fondamentale. La quatrième révolution industrielle (ou « industrie 4.0 ») perturbe les systèmes de gouvernance, les secteurs d’activité et le marché du travail à mesure que les systèmes cyberphysiques se multiplient et se perfectionnent.

À mesure que l’automatisation des emplois peu qualifiés progressera, les personnes possédant un niveau d’éducation et de compétences supérieur seront de plus en plus recherchées sur le marché du travail. Cependant, les femmes sont souvent minoritaires sur le marché du travail du numérique. Dans l’Union européenne, par exemple, plus de la moitié des hommes qui décrochent un diplôme dans les technologies de l’information trouvent un emploi dans le numérique, contre un quart pour les femmes1. Cela semble encore plus préjudiciable au vu de la forte pénurie de personnel doté des compétences nécessaires pour faire avancer l’industrie 4.0.

Comble de l’ironie, les domaines les plus importants de la quatrième révolution industrielle sont ceux-là mêmes où les femmes restent sous-représentées dans la plupart des pays, à savoir les technologies de l’information, l’informatique, la physique, les mathématiques et l’ingénierie. Le Japon espère que la pièce maîtresse de sa nouvelle stratégie de croissance, la « Société 5.0 », lui permettra de s’adapter au déclin et au vieillissement démographiques grâce à l’utilisation généralisée de l’IA et d’autres technologies numériques dans les secteurs de l’industrie, de l’agriculture et des services. Cependant, le gouvernement prévoit une pénurie de 300 000 ingénieurs informaticiens généralistes en 2020.

Aux États-Unis, en 2015, les femmes représentaient 57 % de la population active, mais seulement 25 % des informaticiens. Les femmes sont plus susceptibles que les hommes de quitter le secteur des technologies. Les arguments les plus souvent avancés pour expliquer ces départs étaient les conditions de travail, la difficulté d’accéder à des postes créatifs à responsabilité et l’impression d’être « bloquées dans l’avancement de leur carrière ».

En 2017, au Brésil, les femmes représentaient 23 % des ingénieurs. Au cours des quatre années précédentes, pour la plupart marquées par la récession, 14 % des ingénieurs ont perdu leur emploi, contre 11 % de leurs collègues féminines. Les ingénieures gagnaient 84 % du salaire de leurs collègues masculins, alors qu’elles étaient plus diplômées : 12,0 % d’entre elles étaient titulaires d’un diplôme de troisième cycle, contre 7,4 % de leurs homologues masculins.

Les femmes sont minoritaires dans l’intelligence artificielle

Le secteur de l’IA progresse à un rythme soutenu. Entre 2015 et 2017, à l’échelle mondiale, le nombre de travailleurs possédant des compétences dans ce domaine a augmenté de 190 %, selon le Forum économique mondial, qui a constaté que « les secteurs dont la main-d’œuvre est davantage dotée de compétences en IA sont également ceux qui évoluent le plus rapidement ».

Aux États-Unis, les experts de l’IA sont mieux payés que ceux de n’importe quel autre domaine technologique. D’après le Bureau des statistiques du travail et le Bureau du recensement des États-Unis, c’est dans l’informatique que l’écart de salaire entre les hommes et les femmes est l’un des plus minimes dans ce pays, puisque les femmes gagnent 94 % du salaire de leurs collègues masculins.

Malgré les progrès des grandes multinationales technologiques, la parité est bien loin d’être atteinte, pourtant, au sein des équipes techniques et dirigeantes Facebook s’en sort mieux que les autres mastodontes du secteur pour ce qui est du nombre de femmes à des postes de haute direction (33 %), mais le pourcentage de femmes employées à des postes techniques reste bas : 23 % (voir graphique).

Pourquoi les femmes restent-elles alors minoritaires parmi les employés des géants de la technologie numérique, même aux États-Unis ? Selon les données recueillies par le réseau social LinkedIn et publiées dans le Rapport sur l’écart entre les sexes dans le monde du Forum économique mondial, à l’échelle mondiale, seuls 22 % des professionnels de l’IA sont des femmes. Cet écart est observable dans l’ensemble des 20 premiers pays qui concentrent le plus d’employés dans l’IA et transparaît de manière flagrante en Allemagne, en Argentine, au Brésil, au Mexique et en Pologne, où moins de 18 % de la population active féminine possède des compétences en IA.

Sheryl Sandberg est directrice des opérations de Facebook. Elle a publié un livre à succès intitulé Lean in : Women, Work and the Will to Lead (En avant toutes : les femmes, le travail et le pouvoir), dont elle a ensuite décliné le concept sous la forme d’un réseau en ligne, Lean in Circles, pour encourager les femmes du monde entier à accéder à des postes d’influence et de pouvoir.

Bien que de nombreuses femmes aient été inspirées d’agir grâce à la philosophie du Lean in (« en avant »), la devise de Sheryl Sandberg a été critiquée, car elle sous-entend que la réussite des femmes dépend de leur volonté propre plutôt que des structures sociétales prédominantes qui les entourent, telles que les inégalités salariales, le fardeau des responsabilités domestiques qui pèse majoritairement sur elles ainsi que le congé maternité et familial minimal accordé par la plupart des entreprises américaines – des situations qui n’évoluent globalement pas.

Ces conclusions sont tirées du prochain Rapport de l’UNESCO sur la science, dont le chapitre intitulé Pour être intelligente, la révolution numérique devra être inclusive a été publié le 11 février à l’occasion de la Journée internationale des femmes et des filles de science.
Le Rapport de l’UNESCO sur la science : la course contre la montre pour un développement plus intelligent (The Race against Time for Smarter Development), paraîtra dans son intégralité le 31 mai 2021. Produit avec le soutien généreux de la Fondation Ipsen, ce rapport examine tous les cinq ans les tendances et évolutions de la gouvernance en sciences à l’échelle mondiale. La prochaine édition portera à la fois sur les Objectifs de développement durable pour 2030 et sur la quatrième révolution industrielle.
 

1 Source: UNESCO and Equal Skills Coalition (2019) Je rougirais si je pouvais : réduire la fracture numérique entre les genres par l’éducation. (pdf)
Policy paper. UNESCO, Paris.

Tous les graphiques sont tirés du chapitre Pour être intelligente, la révolution numérique devra être inclusive, Rapport de l'UNESCO sur la science, UNESCO,2021