Construire la paix dans l’esprit
des hommes et des femmes

Le Forum politique de haut niveau des Nations Unies appelle à s’engager en faveur de l’éducation et à la transformer

10 Juillet 2019

688gettyimages_monkeybusinessimages.jpg

© Getty / Monkey business images

La crise de l’apprentissage freine les progrès à tous les niveaux du Programme 2030, ce qui exige un leadership plus solide et de nouvelles approches pour transformer l’éducation, a indiqué la Sous-Directrice générale de l’UNESCO pour l’éducation, Stefania Giannini, lors de l’examen de l’ODD 4 au Forum politique de haut niveau, le 9 juillet 2019.

Il s’agissait de la première évaluation de l’objectif relatif à l’éducation depuis son adoption en 2015. Modérant la séance, la Directrice exécutive de l’UNICEF, Henrietta Fore, a mis en garde sur le fait que « le temps presse. Aucun pays ne peut se permettre de laisser de côté un enfant sur trois, en particulier ceux qui gravissent l’échelle du développement. Notre monde dépend de la fourniture de l’accès à un apprentissage de qualité. »

Durant la séance d’examen de trois heures, quelque 25 pays ont pris la parole pour souligner l’importance fondamentale de l’éducation pour réaliser le Programme 2030 et ont présenté les réformes politiques adoptées pour lutter contre les inégalités, améliorer l’enseignement et l’apprentissage et soutenir les enseignants.

Les principaux groupes de parties prenantes représentant la jeunesse, les personnes handicapées, les populations autochtones, la communauté LGBT et la communauté scientifique et technologique sont également intervenus pour réclamer une action d’urgence afin de rendre l’éducation inclusive, pertinente et respectueuse de la diversité.

« Notre premier devoir est de sensibiliser, pour que le monde prenne conscience de la gravité de cette crise. Nous avons ensuite besoin d’un changement de paradigme dans notre façon d’enseigner et d’apprendre, et cela suppose de transformer, d’innover et de soutenir les enseignants », a dit Mme Giannini. Elle a noté que l’éducation au développement durable et à la citoyenneté mondiale faisaient partie de ce « projet ambitieux » visant à susciter chez les enfants la réflexion critique et le respect de la dignité humaine.

Ces thèmes ont été le fil directeur des interventions. John McLaughlin, le Sous-ministre de l’éducation et du développement de la petite enfance du Canada, a souligné l’importance des « compétences globales pour aider les enfants du monde à résoudre des problèmes et à devenir des citoyens plus forts », évoquant par ailleurs l’appui aux enseignants.

Sheikha Hind bint Hamad Al Thani, Vice-présidente et Directrice de la Fondation du Qatar, a insisté sur la nécessité de rendre « l’éducation à l’image du monde moderne », notamment en adoptant des approches pluridisciplinaires et un apprentissage personnalisé.

Le professeur Kaz Yoshida, coprésident du Comité directeur ODD-Éducation 2030, a fait remarquer qu’outre la dimension cognitive, un apprentissage efficace devait embrasser les dimensions socio-émotionnelles et comportementales. Il a noté l’importance des systèmes d’évaluation nationaux, de dépenses plus efficaces et efficientes, ainsi que du soutien aux enseignants. 

Représentant plus de 32 millions d’enseignants et de personnels de soutien de l’éducation, Susan Hopgood, Présidente de l’Internationale de l’Éducation, a déclaré que « l’enseignement rest[ait] dans l’ensemble une profession peu attrayante ». Elle a prévenu qu’à moins que tous les gouvernements ne renforcent leurs systèmes éducatifs et ne reconnaissent l’éducation en tant que droit humain et bien public, et non comme une marchandise, nous ne pourrons jamais réaliser des systèmes éducatifs équitables et inclusifs. »

Les inquiétudes soulevées au sujet de la privatisation ont été partagées par Mme Madeleine Zuniga, Vice-présidente de la Campagne mondiale pour l’éducation, qui a également insisté sur le fait que « l’éducation [devait] être transformatrice pour obtenir justice et assurer la transition vers le monde que nous voulons. »

Les liens entre l’éducation, l’inclusion et l’emploi décent ont également été évoqués. Maria-Jose Monge, Présidente de la Fondation Monge au Costa Rica, a attiré l’attention sur les initiatives menées pour rompre le « cercle vicieux de l’exclusion de l’enseignement secondaire » en fournissant des compétences techniques et pour la vie quotidienne qui aident les jeunes défavorisés à intégrer le marché du travail.

Intervenant au nom du Groupe des amis de l’éducation et de l’apprentissage tout au long de la vie, M. Martin Garcia Moritan, Ambassadeur et représentant permanent de l’Argentine auprès des Nations Unies, a souligné « l’urgence d’un engagement politique au plus haut niveau », affirmant que « nos pays ont la volonté de faire de l’éducation une priorité nationale, et une priorité de notre aide au développement. » Il a fait observer que de nombreux forums avaient inscrit l’éducation au rang des sujets prioritaires, comme le G-20 en 2018 et le G-7 en 2019.

Pour conclure la séance, Mme Giannini a appelé à faire de « l’inclusion le fil conducteur de toute politique dans l’éducation », et a évoqué quelques principes essentiels pour guider l’action, allant de l’autonomisation des filles et des femmes, à la mobilisation d’un soutien financier, en passant par la création d’alliances. « Il ne s’agit pas d’une liste de « choses à faire » mais d’une liste de « ce qu’il faut être » - être plus forts et avoir une vision plus large, grâce à une volonté politique renforcée, un engagement plus déterminé et un leadership plus solide pour passer des principes aux actes. » 

La séance a été éclairée par les projections produites par l’Institut de statistique de l’UNESCO et le Rapport mondial de suivi sur l’éducation (Respecter les engagements : Les pays sont-ils en bonne voie d’atteindre l’ODD 4 ?) ainsi que par une publication de l’équipe du Rapport mondial de suivi sur l’éducation (Beyond Commitments: How countries implement SDG4 - Au-delà des engagements : comment les pays mettent en œuvre l’ODD 4).