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Des garçons et des filles fabriquent des serviettes hygiéniques au club sur le genre de leur école en Éthiopie

24 Juin 2019

Tenaye Ashenafi n’a pas très bien vécu ses premières règles. Elle est rentrée chez elle en courant après avoir été ridiculisée par ses camarades à l’école, et a montré ses vêtements tâchés de sang à sa mère.

Sa mère lui a donné des morceaux de « gabi », une couverture traditionnelle en coton, pour qu’elle les utilise pendant ses règles. « Même ma mère ne connaissait pas les serviettes hygiéniques », dit Tenaye.

Comme Tenaye, de nombreuses filles sont obligées de manquer l’école pendant leurs règles. Les menstruations sont un sujet tabou et les filles sont souvent stigmatisées et discriminées durant cette période. Cette situation les empêche de recevoir les conseils adéquats qui les aideraient à faire face aux difficultés liées à la puberté. En Éthiopie, seulement 54 % des filles achèvent leur scolarité primaire, et beaucoup abandonnent à cause de crampes ou d’accidents gênants pendant leurs règles, selon un rapport de l’UNICEF de 2017.

Club sur le genre

Simret Getaneh a rejoint l’école de Tenaye en 2015 en tant qu’enseignante de mathématiques. Elle a participé à la formation sur la pédagogie sensible au genre organisée au sein de l’école dans le cadre d’un projet de l’UNESCO en Éthiopie. La formation a renforcé les compétences des enseignants, en mettant l’accent sur les moyens d’inclure les considérations de genre dans les cours et les activités d’apprentissage en classe ainsi que dans les activités périscolaires.

Peu de temps après, Simret a pris la tête du club sur le genre, qui était alors inactif. « Ici, la plupart des élèves sont issus de familles à faibles revenus », dit Simret. « Ils n’ont pas les moyens d’acheter des serviettes hygiéniques. » Les serviettes hygiéniques et les autres produits et matériels sanitaires ont été fournis à l’école dans le cadre du projet.

Après avoir encore une fois tâché ses vêtements, Tenaye est allée en parler à Simret qui l’a encouragée à participer au club sur le genre afin de s’informer sur les menstruations et les serviettes hygiéniques. Simret a expliqué aux membres du club comment utiliser les serviettes hygiéniques et comment en fabriquer des réutilisables à l’aide de morceaux de tissus et d’autres matériaux. Les filles choisissent la couleur de leurs tissus, les découpent à la bonne forme et les cousent ensemble. Certaines cousent même leurs prénoms sur leurs serviettes.

Faire participer les garçons

Simret a encouragé les garçons à rejoindre le club. Elle avait appris durant la formation que pour qu’un environnement scolaire soit sensible au genre, il devait impliquer aussi bien les filles que les garçons. Beaucoup de choses ont changé à l’école : avant, les garçons s’asseyaient séparément en classe, mais maintenant, ils aident les filles à fabriquer des serviettes hygiéniques réutilisables au club sur le genre.

Merid, 17 ans, est membre du club sur le genre. Il a participé à une formation sur les compétences pour la vie courante organisée dans le cadre du projet, où il s’est informé sur l’égalité des genres, notamment sur le rôle des garçons et des hommes. « J’aime travailler avec les filles et les aider à réduire le coût de leurs serviettes hygiéniques, car elles ne doivent pas se préoccuper de cela et peuvent ainsi se concentrer sur la réussite de leurs études », dit Merid.

Former des enseignants-tuteurs

À l’école primaire Ras Desta, les filles sont souvent obligées d’abandonner l’école à cause d’un mariage précoce ou arrangé. Simret a assuré un accompagnement continu des filles – en leur parlant du mariage précoce et de l’importance d’achever leurs études. « Les abandons dus au mariage précoce ont diminué grâce aux activités du club sur le genre », confie Simret. « Beaucoup de filles choisissent de poursuivre leur éducation. »

Les 117 enseignants, dont 56 femmes, de l’école primaire Ras Desta, ont tous été formés à la pédagogie sensible au genre. Simret fait partie des nombreux enseignants ayant un impact significatif sur les filles et leur éducation, selon Merinda Teklu, la directrice de l’établissement. « La plupart des filles manquaient l’école pendant leurs règles parce qu’elles n’avaient pas les moyens d’acheter des serviettes hygiéniques, mais maintenant, elles ont appris à en fabriquer et sont bien encadrées à l’école. »

L’école de Tenaye, Simret et Merid fait partie des écoles participantes au projet, et elle montre des résultats prometteurs. Davantage de filles réussissent leurs examens nationaux de primaire. Le taux de filles achevant leur éducation primaire a augmenté de près de 10 % en un an, entre l’année académique 2016-17 et celle de 2017-18. Parmi elles, trois filles ont bénéficié d’une bourse, un avantage qui était auparavant uniquement conféré aux garçons.

Le projet mené au titre du Fonds-en-dépôt UNESCO-HNA en Éthiopie vise à améliorer la qualité et la pertinence de l’éducation pour les filles adolescentes, et à faire en sorte que toutes les filles puissent avoir accès à un cycle d’éducation complet et y évoluer avec succès, afin de mener une vie meilleure.

Le projet est mis en œuvre par le Bureau de liaison de l’UNESCO en Éthiopie, dans le cadre du Partenariat UNESCO-HNA pour l’éducation des filles et des femmes. L’Institut international de l’UNESCO pour le renforcement des capacités en Afrique (IIRCA) fournit un appui technique dans le renforcement des capacités institutionnelles pour l’intégration des questions de genre dans l’éducation, la pédagogie sensible au genre et la formation des enseignants.