Genre, éducation et culture : une approche holistique

18/06/2020
04 - Quality Education
05 - Gender Equality

« La pandémie COVID-19 pourrait réduire à néant les progrès réalisés au cours des dernières décennies en matière d'éducation des filles, voire menacer les progrès futurs »

 

Du 8 au 19 juin, la Carey Law School de l'Université de Pennsylvanie a organisé l'Institut mondial des droits humains 2020. Pendant ces deux semaines, des dirigeants et des professionnels  des droits humains, dont des représentants des Nations unies, de la Banque mondiale et d'importantes parties prenantes du secteur privé, se sont réunis pour engager une conversation extraordinaire sur l’interdisciplinarité des idées et la création d'un dialogue interculturel à l'aube d'un grand changement mondial.

Le mercredi 17 juin, Mme Saniye Gülser Corat, directrice de l'UNESCO pour l'égalité des genres, a été invitée à prendre la parole lors d'un webinaire en deux parties sur les thèmes suivants :

Le droit des femmes à l'éducation lors de la COVID-19

La première partie visait à expliquer le travail de l'UNESCO sur le droit à une éducation inclusive pour les femmes et les filles en temps de crise. Ces dernières années, l'UNESCO est devenue un acteur influent dans les efforts internationaux en faveur du développement éthique des technologies d'avant-garde. Ces technologies jouent un rôle important dans le façonnement de l'avenir, en particulier à une époque où la société évolue vers un monde plus numérique. Cependant, le grand potentiel de la technologie peut avoir des conséquences destructrices, comme la reproduction de stéréotypes sexistes. C'est pourquoi l'intégration des dimensions de genre est une partie importante du travail de l'UNESCO pour développer un instrument normatif sur l'éthique de l'intelligence artificielle, ainsi que pour garantir le droit des filles et des femmes à une éducation inclusive en temps de crise.

Mme Corat a expliqué que la pandémie COVID-19 pourrait réduire à néant les progrès réalisés au cours des dernières décennies en matière d'éducation des filles, voire menacer les progrès futurs. Cette crise, et les fermetures et le confinement qui y sont associés, ont entraîné des risques spécifiques pour les femmes et les filles, tels que l'exacerbation du fardeau des soins non rémunérés, la réduction du temps d'apprentissage et l'élargissement potentiel des écarts entre les genres en matière de compétences numériques. « Le monde ne peut pas se permettre de réduire les dépenses d'éducation, surtout lorsque nous avons une occasion sans précédent de tirer parti de l'innovation », a déclaré Mme Corat. C'est pourquoi l'UNESCO répond à la crise par trois grands types d'action :

  1. en menant un dialogue mondial en réunissant les partenaires des gouvernements, du secteur privé et de la société civile au sein d'une Coalition mondiale ;
  2. en fournissant un soutien et une expertise personnalisés en fonction des besoins et des demandes des pays ; et
  3. en produisant des connaissances.

Le moment est venu non seulement de défendre et de faire progresser le droit à l'éducation, mais aussi de repenser la manière dont il est envisagé et mis en œuvre, sur des bases plus équitables et plus inclusives.

Saniye Gülser Corat

Quand le droit et la culture entrent en collision

La deuxième partie du webinaire, intitulée « quand le droit et la culture entrent en collision », visait à promouvoir une conversation sur la façon dont la culture et les droits peuvent parfois être conflictuels. Dans son discours, Mme Corat a cité quelques exemples de cette dichotomie, tels que les mutilations génitales féminines (MGF) ou l'excision et le mariage forcé ou précoce, et a souligné que, bien que considérées par beaucoup comme des pratiques « culturelles », elles se retrouvent dans différentes parties du monde.

Ces pratiques sont interdites dans plusieurs conventions et accords internationaux ; toutefois, pour lutter efficacement contre cette violation des droits humains, il faut plus qu'une approche universelle. Pour Mme Corat, « la criminalisation d'une telle pratique, sans tenir compte des normes sociales et sans promouvoir un changement de comportement, peut à elle seule pousser la pratique dans la clandestinité, exposant ainsi les filles à des risques supplémentaires ». Les interventions les plus efficaces sont celles qui tiennent compte des dynamiques sociales, grâce à une approche intersectorielle qui intègre les changements d'attitudes, de comportement et de culture. Ce type de travail de transformation nécessite une solide action interdisciplinaire, et l'UNESCO, ayant un large mandat, est en excellente position pour s'attaquer à ces problèmes, certaines de nos initiatives incluent :

  1. la création de partenariats pour éradiquer les pratiques néfastes, comme l'initiative conjointe Spotlight de l'Union européenne et des Nations unies visant à mettre fin à la violence contre les femmes et les filles,
  2. la production de connaissances, par exemple la publication intitulée Principes directeurs internationaux sur l’éducation à la sexualité, qui comprend des données sur l'excision et les MGF et soutient l'autonomisation des apprenants,
  3. la sensibilisation aux pratiques néfastes et à la violence à l'égard des femmes et des filles.

Il est important de rappeler que l'objectif de développement durable 5 (ODD 5) contient une cible spécifique visant à éliminer ces pratiques, et constitue donc une étape nécessaire pour construire une société plus égale et plus juste.

 

 

Après la présentation de Mme Corat, il y a eu un débat animé avec les 100 participants qui ont assisté au webinaire. Les questions soulevées ont porté sur différents sujets, tels que le travail de l'UNESCO sur l'éducation culturelle et le pouvoir du récit pour favoriser l'autonomisation des femmes.  La Division pour l'égalité des genres de l'UNESCO tient à remercier tout particulièrement le professeur Rangita de Silva de Alwis, qui a organisé et présidé le webinaire.