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Les héros de l’apprentissage, l’innovation et le financement au centre de la Journée internationale de l’éducation 2021

29/01/2021

« Nous devons faire de l’éducation une priorité dans les plans de relèvement », a affirmé la Directrice générale de l’UNESCO, Audrey Azoulay, dans le message vidéo par lequel elle a ouvert et donné le ton de la conférence virtuelle organisée le 25 janvier à l’occasion de la troisième Journée internationale de l’éducation, dont le thème était « Relancer et redynamiser l’éducation pour la génération COVID-19 ». « Nous célébrons cette Journée internationale dans un contexte exceptionnel : celui de la plus grande perturbation de l’histoire dans la vie des étudiants, des enseignants, et de toute la communauté éducative », a-t-elle déclaré.

Cet événement mondial était organisé en partenariat avec le Bureau de l’UNESCO à New York, le Siège de l’Organisation des Nations Unies, le Partenariat mondial pour l’éducation (GPE), le Centre d’études interdisciplinaires et des partenaires de la Coalition mondiale pour l’éducation.

« Nous sommes réunis aujourd’hui pour célébrer et alerter, a affirmé la Sous-Directrice générale de l’UNESCO pour l’éducation, Stefania Giannini. L’éducation est menacée. Les deux tiers de la population mondiale d’apprenants sont encore concernés par des fermetures partielles ou totales des établissements scolaires. »

Un an après le début de la pandémie de COVID-19, plus de 800 millions d’apprenants, c’est-à-dire la moitié de la population mondiale d’apprenants, sont toujours confrontés à des perturbations importantes de leur cursus, allant de la fermeture totale des écoles dans 31 pays à un accueil scolaire réduit ou à temps partiel dans 48 pays, d’après de nouveaux chiffres de l’UNESCO.

La crise de l’apprentissage a également été évoquée par le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, dans un message vidéo destiné à la conférence. « Lorsque l’éducation est perturbée, tout le monde est touché, en particulier les élèves, les enseignants et les familles, a-t-il déclaré. [La pandémie] a anéanti les espoirs d’un avenir meilleur parmi les populations vulnérables. […] L’éducation est indispensable à l’élargissement des perspectives d’avenir, à la transformation des économies, à la lutte contre l’intolérance, à la protection de notre planète et à la réalisation des objectifs de développement durable. »

Soulignant la nécessité urgente de s’attaquer aux inégalités sociales et économiques, S. E. M. Volkan Bozkir, Président de la 75e session de l’Assemblée générale des Nations Unies, a décrit les priorités pour le relèvement dans le domaine de l’éducation. « Soyons clairs : l’ODD 4 ne concerne pas seulement l’école, mais la société tout entière, a-t-il affirmé. L’éducation a le pouvoir de briser le cycle de la pauvreté et du conflit. […] Elle permet également d’acquérir une maîtrise des médias et de l’information, et de former ainsi des citoyens du monde mieux à même de porter un regard critique sur celui-ci. »

S. E. M. l’Ambassadeur Odd-Inge Kvalheim, Représentant permanent adjoint de la Norvège auprès de l’ONU et Président du Groupe des amis de l’éducation et de l’apprentissage tout au long de la vie, a salué le rôle des enseignants pendant la crise. « Nous rendons hommage aux efforts inlassables déployés par les enseignants, chefs d’établissement, responsables gouvernementaux et autres personnes dévouées grâce auxquels les enfants et les jeunes ont pu poursuivre leurs apprentissages malgré la plus importante perturbation de nos systèmes éducatifs, causée par la pandémie de COVID-19. »

S. E. M. l’Ambassadeur Tijjani Muhammad-Bande, Représentant permanent du Nigéria auprès de l’ONU, a appelé l’ensemble des parties prenantes du secteur à placer l’éducation au centre de leurs activités de réponse et de relèvement liées à la crise de la COVID-19. « Le principe de ne laisser personne de côté doit d’abord être appliqué dans le domaine de l’éducation, qui constitue le plus grand investissement pour la société et le facteur d’égalité le plus efficace », a-t-il estimé.

Portrait de « héros de l’apprentissage »

Des « héros de l’apprentissage » du monde entier ont raconté comment ils parviennent à assurer la continuité pédagogique malgré les difficultés causées par les fermetures d’écoles liées à la COVID-19.

Christopher Oule, militant aveugle du Burkina Faso, a parlé des efforts qu’il déploie pour rendre l’éducation accessible aux apprenants malvoyants en scannant des manuels et en les mettant à la disposition des élèves de son pays.

Marla Yolibet Vasquez, enseignante du Honduras, a expliqué qu’elle était déterminée à s’assurer que les enfants reçoivent des repas adéquats à domicile pendant la fermeture des écoles, avec le soutien du Programme alimentaire mondial, ainsi que des ressources pédagogiques. « Pour certains enfants, le seul repas de la journée était celui fourni par l’école », a-t-elle indiqué.

Pour Dhurata Myrtollari, enseignante albanaise qui a contribué à la diffusion des cours à la télévision nationale, « les enseignants doivent être formés et dotés de compétences numériques afin de répondre au mieux aux besoins des élèves, où qu’ils se trouvent ».

Jamie Frost, récompensé par le prix « Les Héros de la COVID-19 » de la Fondation Varey et créateur d’une plate-forme d’apprentissage en mathématiques, a souligné l’importance de la technologie pour l’éducation et la continuité pédagogique. « La technologie ne peut pas remplacer les enseignants ni l’enseignement en classe, mais elle peut offrir une solution de substitution et rendre l’apprentissage possible ».

Ece Akcay, du Ministère de l’éducation nationale de la Turquie, pays qui abrite la plus grande population de réfugiés dans le monde, a décrit les mesures prises pour prévenir les pertes d’apprentissage, notamment la distribution de « kits d’apprentissage à la maison », de livres d’histoires et de produits d’hygiène, avec le soutien de l’UNICEF.

Allan Goodman, Président de l’Institute of International Education, a insisté sur les difficultés financières rencontrées par les étudiants étrangers dans le monde entier pendant les périodes de confinement, ainsi que sur les enseignements à tirer pour mieux faire face à une telle situation d’urgence à l’avenir. Il reste toutefois convaincu qu’« après chaque pandémie, la mobilité internationale des étudiants recommence rapidement à augmenter ».

L’innovation, clé de la transformation de l’éducation

La pandémie a exacerbé les inégalités sociales, économiques et numériques. Cependant, on a également observé, partout dans le monde, d’innombrables initiatives novatrices inspirantes qui ont permis aux apprenants d’accéder à l’éducation dans différents contextes.

Soulignant la priorité accordée à l’équité au niveau national, S. E. Mme Maria Victoria Angulo Gonzalez, Ministre de l’éducation de la Colombie, a décrit les différentes plates-formes utilisées pour garantir la continuité pédagogique, d’Internet aux téléphones mobiles, ainsi que les programmes d’alimentation à domicile et le soutien économique apporté aux familles. Le défi consiste à présent à réactiver les systèmes éducatifs et à repérer les lacunes d’apprentissage, en recourant à des dispositifs mixtes en tant que solution provisoire.

Portant la voix des partenaires du secteur privé de la Coalition mondiale pour l’éducation, Oleg Figlin, Vice-Président de Blackboard pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique, a évoqué la collaboration mise en place pour généraliser la formation numérique des enseignants dans les Caraïbes, une attention particulière étant prêtée à la préparation des formateurs de formateurs, à l’élaboration de matériels pédagogiques et aux communautés de pratique. « L’apprentissage mixte n’est pas facultatif, il est essentiel », a-t-il estimé.

Ranjitsinh Disale, lauréat du Global Teacher Prize, considère que l’adoption de la technologie par les enseignants est une évolution positive. « Lorsqu’on fait cours en ligne, on ne peut pas appliquer la méthode d’enseignement classique. Il faut mettre en place un apprentissage davantage basé sur des projets », a-t-il expliqué, insistant également sur la nécessité de développer la créativité et l’esprit critique et de « veiller à ce que tous les élèves apprennent ».

Otto Arindam, fondateur de Slum2School au Nigéria, a raconté comment il s’appuie sur la connectivité pour que les enfants en situation de vulnérabilité aient accès à l’enseignement. « Il était important pour nous de s’assurer que les enfants continuent d’apprendre. Nous avons réussi à fournir un accès Internet à plus de 1 000 élèves sur tout le continent, a-t-il indiqué. L’apprentissage ne doit pas nécessairement se dérouler dans les salles de classe. Nous voulons élargir nos programmes d’apprentissage à distance et étendre la connectivité. »

Doreen Bogdan-Martin, Directrice du Bureau de développement des télécommunications de l’Union internationale des Télécommunications, a présenté « Giga », une initiative conjointe de l’UIT et de l’UNICEF destinée à raccorder toutes les écoles à Internet. « Nous avons déjà cartographié plus de 800 000 écoles dans le monde », a-t-elle déclaré.

Des financements supplémentaires plus nécessaires que jamais

La nécessité de financer de manière adéquate les plans de relance pour l’éducation a été mise en avant par de nombreux participants à ce volet de la conférence.

Dans un message vidéo, Jutta Urpilainen, Commissaire européenne aux partenariats, a affirmé : « L’éducation est le plus puissant des outils pour reconstruire en mieux. Elle est essentielle pour l’avenir de tous les enfants. C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de faire passer le budget de l’éducation de 7 % à 10 %. »

Nyaradzayi Gumbonzvanda, Ambassadrice de bonne volonté de l’Union africaine pour l’abolition du mariage des enfants et Directrice générale du Rozaria Memorial Trust, a estimé que les gouvernements du monde entier devraient prendre des décisions audacieuses afin d’assurer la continuité pédagogique pour les apprenants. « Nous avons besoin d’urgence de financements audacieux et courageux. Il est crucial d’annuler la dette pour que les pays puissent continuer de consacrer davantage de ressources à l’éducation. »

« Les gouvernements doivent s’engager à investir de façon significative dans l’éducation, a déclaré Alice Albright, Présidente du Partenariat mondial pour l’éducation. Le GPE s’est donné les moyens d’aider les pays à faire face à ce qui est peut-être la pire crise que le secteur de l’éducation ait connu à l’ère moderne. »

Manos Antoninis, Directeur du Rapport mondial de suivi sur l’éducation, a mis en avant les conclusions d’un nouveau document d’orientation, qui indiquent que même avant la crise de la COVID-19, seulement un pays sur cinq démontrait une volonté forte de garantir l’équité dans l’éducation à travers ses mécanismes de financement. Plus de 80 profils de pays détaillant les politiques et programmes de financement nationaux ont été compilés pour étayer l’élaboration du nouveau document d’orientation du Rapport GEM.

Refaat Sabbah, Président de la Campagne mondiale pour l’éducation, a évoqué le rôle que les organisations et les personnes individuelles peuvent jouer pour protéger le droit à l’éducation. « Nous devons non seulement empêcher que le financement de l’éducation recule, mais aussi demander qu’il soit plus important et de meilleure qualité de façon à remettre sur les rails les progrès vers la réalisation de l’ODD 4. La campagne “Un milliard de voix” offre à tous l’occasion de faire front commun pour réclamer des mesures d’urgence en faveur de l’éducation. »

Yasmine Sherif, Directrice d’Éducation sans délai, a expliqué qu’il est nécessaire d’intervenir dans la crise de l’éducation et de se rendre dans les pays concernés pour comprendre pleinement la situation sur le terrain. Elle a évoqué les profits accumulés par les plus grandes fortunes mondiales pendant la pandémie, et affirmé qu’« il faut solliciter de nouveaux bailleurs de fonds » et « faire en sorte que les enfants laissés pour compte aient accès à une éducation de qualité ».

Jaime Saavedra, Directeur général pour l’éducation à la Banque mondiale, a déclaré dans un message vidéo que « nous devons mettre à profit l’occasion que nous offre cette pandémie pour reconstruire, mais aussi pour bâtir des systèmes éducatifs plus efficaces, plus équitables et plus résilients ».