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Inclure tous les jeunes dans la vie associative d’une ville traditionnelle tunisienne: le pari de Selim

18/09/2020
16 - Peace, Justice and Strong Institutions

Selim Fredj (29 ans) est issu de Nadhour, une ville traditionelle de Tunisie qui compte près de 43 000 habitants. En décembre 2019, Selim a fondé le café culturel Coin D'élite, un café mixte qui accueille aussi bien les hommes que les femmes – ce qui est rare dans la partie historique de cette ville – et qui offre une variété d'activités culturelles et associatives pour les jeunes du quartier.

Le projet de Selim est ambitieux, puisqu’il entend engager les jeunes d'une région qui, d’ordinaire, est dépourvue de clubs culturels. Pour ce faire, il organise diverses activités, telles que des journées musicales, des débats ou encore des jeux de société, comme le jeu Loup Garou « qui permet de renforcer les capacités des jeunes et de créer une certaine cohésion sociale au sein des membres de la communauté », raconte-t-il. Il développe également des initiatives centrées sur le renforcement des compétences, telles que les compétences personnelles et les « soft skills ».

A ce jour, Coin d’Elite compte 20 membres actifs. Pour eux, ce café est une opportunité pour les femmes et les filles de Nadhour, pour lesquelles il est parfois mal vu d’aller dans les cafés. Selim explique que « si certaines régions de la Tunisie sont très libres vis-à-vis des femmes, à Nadhour bien que les femmes soient maintenant obligées de travailler à cause de l'augmentation du coût de la vie, la mentalité reste la même et elles ne sont pas toujours autorisées à sortir pour voir des amies aux cafés, un passetemps considéré « seulement pour les hommes ». C’est la raison pour laquelle je prends cette initiative : je dois essayer de changer les choses et ce à l’aide d’évènements culturels, d’animations ou encore de clubs de lectures, qui sont plus facilement acceptés comme passe-temps ».


© UNESCO

Le café social Coin D'élite se situe juste à côté d'un lycée, ce qui permet à Selim d’attirer des étudiants. Après leurs cours, les élèves se rendent au café, y échangent leurs idées et y étudient. Des débats ont parfois lieu, ce qui est une des raisons pour laquelle Selim a ouvert ce café. « A Nadhour, le programme scolaire ne se concentre que sur les matières scientifiques. On n’a pas de clubs ou d’activités culturels, pas d’évènement ou encore de formation. Il n’y a que l’école, qui n’apprend pas aux jeunes à s’engager dans la société civile. Le seul endroit où je pouvais attirer les jeunes pour les engager dans ce type d’activités, c’était donc en créant un café ».

Récemment, les membres de Coin d’Elite ont participé à une activité de l’UNESCO sur  la prévention de l'extrémisme violent à travers l’autonomisation des jeunes, lors de laquelle ils ont discuté du rôle de l’éducation formelle et informelle dans la prévention de l’extrémisme violent, ainsi que du role clé des jeunes dans le développement de sociétés plus pacifistes. Cette idée est venue à Selim après sa participation à des débats internationaux organisés par l’association iiDebate dans le cadre du projet de l’UNESCO et de l’UNOCT sur la prévention de l’extrémisme violent.


© UNESCO

Avant le confinement, Selim a organisé un événement novateur : la projection du film « Dachra », un film populaire en Tunisie. Avec plusieurs autres membres, il s'est également engagé dans des activités pendant le confinement, comme le bénévolat dans les espaces publics et la distribution de nourriture aux familles les plus précaires pendant le Ramadan.

Une autre raison pour laquelle Selim estime qu'il est si important d'avoir un espace tel que Coin D'élite est que, comme il n'y a pas d'activités pour les jeunes à Nadhour, les groupes terroristes profitent souvent de cette vulnérabilité pour recruter des jeunes dans la région. Selim lui-même connaît des personnes qui se sont installées en Syrie ou en Libye et qui ont été impliquées dans des groupes terroristes. Selon lui, « ce sont des gens intelligents, des bons élèves, mais le problème, c’est qu’ils manquent d’encadrement à l’école et d’espoir pour leur avenir ». Toutefois, des initiatives telles que Coin D'élite permettent aux jeunes de développer davantage leur esprit critique, ce qui les rend moins susceptibles d'être recrutés par des groupes terroristes.

« Mon rêve, c’est de faire perdurer cet espace où tout le monde peut discuter et débattre paisiblement, où on peut s’amuser aussi. Je recherche avant tout l’impact social dans mon travail, et je ne veux pas attendre les pouvoirs publics pour changer les choses au sein de ma communauté. Un jour, j’espère ouvrir des Coin d’Elites dans d’autres régions de Tunisie. Mon café n’est pas un endroit où l’on boit seulement du café, c’est un endroit où les jeunes se rassemblent pour construire demain ».


© UNESCO

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