Press release

Des inégalités persistantes de genre dans les industries culturelles et créatives, selon l’UNESCO

04/06/2021

Un rapport lancé aujourd'hui par l'UNESCO sous le titre « Genre et créativité : des avancées au bord du précipice » souligne la nécessité de mesures politiques pour atteindre la parité entre les sexes dans les industries culturelles et créatives, malgré les progrès récents enregistrés dans la promotion de l'égalité des sexes.

Le rapport explore les écarts existants - et parfois grandissants - entre hommes et femmes dans ce domaine, notamment dans le contexte du COVID-19. Il appelle à un nouvel engagement et à des actions transformatrices pour promouvoir l'égalité des sexes. Il met également en lumière des politiques, mesures et programmes novateurs en matière de genre dans le monde entier qui peuvent servir de modèle aux décideurs politiques.

La fracture numérique reste une préoccupation urgente, les femmes étant confrontées de manière disproportionnée à des obstacles pour accéder aux outils numériques de création et de distribution artistiques, notamment les plateformes musicales, les didacticiels en ligne et les logiciels de mixage sonore. On estime, par exemple, qu'à l'échelle mondiale, les femmes sont 250 millions moins nombreuses que les hommes à utiliser l'internet ; les femmes ne représentent toujours que 21% des interprètes dans les festivals de musique électronique en Europe et en Amérique du Nord. 

Du point de vue technologique, la fracture numérique entre les sexes laisse les femmes et les filles à la traîne dans tous les domaines de la vie politique, économique, culturelle et sociale, ce qui se traduit par un isolement et un accès limité aux outils et aux informations fiables. Atteindre l'égalité des sexes impliquera de surmonter ces vulnérabilités et c'est particulièrement vrai pour les femmes travaillant dans les secteurs culturels et créatifs.

Audrey Azoulay, Directrice générale de l'UNESCO

L'égalité de genre est fondamentale pour garantir une véritable diversité des expressions culturelles et l'égalité des chances dans le travail artistique et l'emploi culturel. Cependant, les données qualitatives et quantitatives révèlent que les femmes, ainsi que les artistes et créateurs issus de la diversité de genre continuent de se heurter à de nombreux obstacles, notamment un accès inégal à un travail décent, à une rémunération équitable et à des postes à responsabilité.

Si en Uruguay par exemple, les femmes occupent 25% des postes de direction dans les organisations culturelles publiques et privées, elles sont seulement 3% dans ce cas au Mali. En Indonésie, une étude récente montre que si les professionnelles progressent dans l'industrie cinématographique, elles sont encore largement sous-représentées dans les postes de décision créatifs, ne représentant que 20% des scénaristes, 19% des producteurs et 7% des réalisateurs. En France, où les femmes dirigent 34% des organismes des arts visuels et du spectacle subventionnés par le ministère de la culture et 43% des musées, seuls 9% des directeurs des 100 plus grandes entreprises culturelles sont des femmes. 

Le rapport examine également la sécurité et le bien-être des personnes de tous les genres sur le lieu de travail. Les femmes et les artistes et professionnels de la création de sexe différent continuent d'être la cible de harcèlement, d'intimidation et d'abus. Ces dernières années, l'environnement numérique est devenu la nouvelle frontière de la lutte pour l'égalité des sexes et la liberté artistique. Selon Lisabona Rahman, fondatrice en Indonésie de la campagne Sinematik Gak Harus Toxic(Le cinéma n'a pas besoin d'être toxique), « l'attitude dégradante qui prévaut à l'égard des femmes est à l'origine du harcèlement et des abus ; tant que les hommes continueront à dominer les positions de pouvoir dans l'industrie et à perpétuer l'hétéronormativité, cela ne cessera pas. »

L'impact négatif massif de la pandémie de COVID-19 sur l'égalité des sexes est bien documenté, qu'il s'agisse de l'augmentation de la violence sexiste, de l'absence disproportionnée des petites filles des cours en ligne ou de l'éligibilité limitée des femmes professionnelles à l'aide sociale et économique. Bien que les femmes aient joué un rôle clé dans la réponse à la crise, les inégalités entre les sexes se sont creusées dans tous les domaines. Selon le rapport, sans l'application systématique d'une perspective de genre aux réponses politiques, le COVID-19 pourrait avoir un effet régressif durable sur l'égalité des sexes dans les industries culturelles et créatives car les femmes sont représentées de manière disproportionnée dans la culture et les autres secteurs les plus touchés par la pandémie.

L'Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture s'est engagée en faveur de l'égalité des genres et travaille avec ses États membres, ses partenaires publics, privés et de la société civile pour mettre en œuvre un programme mondial dynamique qui donne du pouvoir aux femmes et aux filles dans tous ses domaines de compétence.

Ce rapport est publié alors que les Nations Unies célèbrent l’Année internationale de l’économie créative au service du développement durable.

La Convention de 2005 de l’UNESCO sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, ainsi que la Recommandation de 1980 relative au statut de l’artiste, constituent des points de repère pour toutes les parties concernées par la quête d’une économie créative plus égalitaire et d’une liberté artistique universelle.

Le rapport « Genre et créativité : des avancées au bord du précipice » a été réalisé avec le soutien de la Suède.