'It’s about moving past business-as-usual’: Ocean Governance for the Solomon Islands

16/01/2020
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14 - Life Below Water

Notre série d’articles concernant la phase préparatoire de la Décennie des Nations Unies pour les sciences océaniques au service du développement durable (2021-2030) se poursuit ! Découvrez notre dernier entretien avec Lysa Wini-Simeon, responsable de la gouvernance des océans pour les îles Salomon.
 

Quel est votre rôle et comment vous avez commencé à travailler sur la gouvernance des océans ?

Je travaille avec 12 ministères différents afin de développer un système de gouvernance régionale intégré de l’Océan : mon rôle est soutenu par l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature en Océanie (UICN).

Cet intérêt national pour le développement d’une approche intégrée de la gestion des océans a débuté en 2015. Les iles Salomon avaient alors commencé à travailler sur l'aménagement de l'espace marin - avec le soutien de l'UICN - et nous avons réalisé que la plupart de nos travaux (mandats, réglementations) avaient été réalisés de manière sectorielle. La nécessité de développer un cadre légitime autour de la gouvernance des océans était là, mais mise en place de façon sectorielle. C’est ainsi que douze ministères différents - les « Ocean12+ » - ont décidé de travailler de pair afin de développer un programme intégré de gouvernance des océans dans les îles Salomon.

Pourriez-vous nous expliquer comment cette politique a été développée, utilisée et perçue depuis son lancement l'année dernière ?

La pratique habituelle veut que les ministères travaillent à partir d'une politique, c'est pourquoi nous avons fait de la gouvernance des océans une priorité. La politique océanique est l'une des cinq priorités, les autres étant la législation sur les océans, le renforcement des capacités, l'aménagement de l'espace marin et le financement durable pour soutenir ce travail.

En 2017, une politique océanique a été approuvée par le cabinet des îles Salomon. Elle a été lancée en novembre 2019 : nous avons commencé à mettre en œuvre certains plans d’action, notamment dont la planification de l'espace marin (MSP) qui est dirigée par le ministère de l'environnement et de la pêche.

Avez-vous rencontré des difficultés ?

Créer une nouvelle culture de travail commun a été un véritable défi : le phénomène du travail en silo est en effet encore très présent. Il est rare de pouvoir échanger autour d'une même table, de discuter des problèmes en cours, d’élaborer des solutions pragmatiques et de partager les ressources. Le défi pour nous est donc maintenant d'aller au-delà du statu quo et d'adopter une nouvelle culture de travail en commun, de partager nos ressources pour développer une vision commune.

Comment vous procurez-vous les connaissances scientifiques et traditionnelles nécessaires à l'élaboration de politiques publiques ? Qui sont vos principaux interlocuteurs afin d’obtenir des informations et conseils de qualité ? Avez-vous rencontré des difficultés ?

Nous nous procurons l'expertise nécessaire pour soutenir les prises de décisions locales, principalement par l'intermédiaire d’organisations régionales. L'accès à l'information pose un grand défi : des pays comme les Îles Salomon sont généralement déficients en données, du moins, elles ne sont pas recensées et identifiables dans un seul et même espace.

Ces lacunes existent encore, et nous commençons à reconnaître que la science n’a pas pleinement été intégrée aux échanges. En ce qui concerne le processus de planification de l'espace marin, nous utilisons des données open source (grâce au soutien de l'UICN) : cela nous a permis de comprendre qu’il existe une insuffisance d’informations au niveau international et national, car peu d'études ont été réalisées dans les îles Salomon.

La seule évaluation effectuée pour l'ensemble du pays a été réalisée en 2004 par la Conservation de la nature (TNC). Cela nous a permis de d’avoir un aperçu de l’ensemble des ressources dont nous disposons et de nous positionner sur la carte comme l'un des pays du Triangle de Corail. C'est aussi ce qui a permis à nos dirigeants de comprendre pourquoi l'océan est important. Cette étude reste toutefois datée (2004). Depuis cette évaluation, les informations ont peut-être changé, nous avons peut-être perdu des espèces… mais aucune nouvelle recherche n’est en cours.

Maintenant que nous travaillons sur l'aménagement du territoire marin, nous commençons à nos intéresser à la zone économique exclusive que détient les iles Salomon. Nous avons réalisé que nous manquons d'informations. Une consultation nationale a été menée pour recueillir différents commentaires et nous avons constaté que les experts n'avaient pas de données et avis précis sur l’exploitation des zones offshores. À l’inverse, les zones côtières sont plus l’objet d’études spécifiques, mais il y a une lacune sur leur biologie. Enfin, les ONG ont tendance à se concentrer uniquement sur les sites qu’ils protègent, ces sites ne sont pas répartis sur l'ensemble du pays : seules quelques zones bénéficient de données exploitables.

Qu'en est-il des initiatives de renforcement des capacités pour soutenir la science et la recherche dans les îles Salomon ?

L'un des grands principes de la politique océanique est que les preuves scientifiques doivent être utilisées pour éclairer la prise de décision. Grâce au processus de planification, décideurs politiques et communautés se rendent compte que nous n'avons pas encore suffisamment de preuves scientifiques pour comprendre ce dont nous disposons. Il est nécessaire de mener davantage de recherches et d'études, de soutenir et d'encourager les jeunes à étudier les sciences marines. Nous menons une campagne nationale qui vise à susciter l'intérêt des jeunes personnes pour les sciences de la mer.

Vous avez rédigé plusieurs articles sur la « Blue Economy ». Pourriez-vous expliquer à un lecteur non-spécialiste ce qu'est l'économie bleue et comment elle peut contribuer à un océan plus sain ?

L'économie bleue concerne le développement et l'utilisation durables de nos ressources océaniques pour atteindre des objectifs économiques. Plusieurs communautés, dont celles des Îles Salomon, dépendent fortement de l'océan pour leur subsistance, leur vie et leur économie nationale. Les spécificités des Îles Salomon exigent de conceptualiser l'économie bleue afin de garantir que le développement que nous planifions prenne en compte la santé de l'océan et réponde à nos aspirations économiques.

Comment voyez-vous le rôle de la science dans la compréhension de l'économie bleue ?

La science joue un rôle important. Lorsque nous prenons des décisions sur les activités économiques à développer, leurs impacts sur l'environnement et leur localisation, elles doivent prendre en considération les meilleures connaissances scientifiques.

Par exemple, les pays du Pacifique s'intéressent à l'exploitation minière en haute mer : il s’agirait d’une autre option afin de développer notre économie. Nous devons examiner les données scientifiques pour nous assurer que nous prenons la bonne décision. Quels sont les domaines que nous utilisons ? Quel est l'impact de l'exploitation minière sur les zones vulnérables ou celles qui doivent être protégées ? Quel sera son impact sur l'ensemble de l'océan Pacifique ?

Avez-vous des conseils à donner aux scientifiques qui souhaitent rendre leurs recherches utiles aux décideurs politiques et influencer les processus politiques ?

Faites-le simplement. Et rendez votre travail passionnant pour que les décideurs politiques puissent être mis au défi et réagir. 

Enfin, abordons un sujet peu aborde, mais qui est vraiment important. Les domaines des sciences océaniques et de la politique en général restent très inégaux entre les sexes. Avez-vous des conseils à donner aux femmes qui commencent leur carrière dans la gouvernance des océans ? 

Il faut démystifier les sciences océaniques et dépasser les craintes liées à la recherche en eaux profondes. Quand j'étais jeune, je craignais les eaux profondes - j'aime la science, mais je crains les requins et les profondeurs.

Lorsque j'étais à New York l'année dernière, j'ai eu la chance de rencontrer Sylvia Earle, qui a dirigé la première équipe féminine de chercheurs sous-marins. Sa fille conçoit aujourd'hui des submersibles. La plupart de mes collègues connaissaient déjà Sylvia Earle, mais comme je viens des îles Salomon, je ne la connaissais pas et j'ai été absolument inspirée. Il est important de diffuser ces histoires passionnantes, d’insister sur le fait qu'il est merveilleux de travailler sur les profondeurs de l'océan. Nous avons besoin que tout le monde, quelle que soit la région du monde où vous vous trouvez, et en particulier les jeunes, entendent des scientifiques inspirants, et en particulier des femmes scientifiques.

 

Photo: Shutterstock.

Cette interview fait partie d'une série d'articles du blog sur la Décennie des Nations unies pour les sciences océaniques au service du développement durable (également appelée simplement "Décennie de l'océan"). La série est produite par le Conseil international des sciences et la Commission océanographique intergouvernementale et présentera régulièrement des interviews, des articles d'opinion et autres contenus en prévision du lancement de la Décennie de l'océan en janvier 2021.