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Les jeunes prennent le pouls de la planète et suscitent le changement dans leurs communautés

02 Août 2019

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© OzGREEN

« Ce que nous faisons, c’est mettre ouvertement l’accent sur les personnes qui peuvent apporter un changement réel dans leurs communautés et dans le monde, et les aider à attiser cette flamme », a dit Sue Lennox, cofondatrice et ancienne directrice du Global Rivers Environmental Education Network (OzGREEN) qui dirige le programme Youth Leading the World (YLTW).

Le programme YLTW, qui a été nommé pour le Prix UNESCO-Japon d’éducation en vue du développement durable, en 2018, met à profit les sciences citoyennes, l’éducation au développement durable (EDD) et le leadership participatif pour informer, mobiliser et relier de jeunes acteurs du changement au sein de leurs communautés et à travers le monde, afin qu’ils puissent parvenir à lancer leurs propres programmes sur mesure.

« Nous nous plaisons à penser que notre marque de fabrique consiste à faire passer les gens de l’inaction à un lieu où ils puissent commencer à imaginer et créer un monde différent », a dit Sue. « Nous les aidons à se lancer dans cette aventure. Après tout, ils savent quels changements sont nécessaires dans leur propre région ».

« Ce qui est excitant, c’est que nous avons démontré que le programme YLTW était transposable, et nous avons formé plus d’un millier d’animateurs locaux pour conduire l’initiative dans leurs régions respectives. La formation des animateurs en ligne et en personne a rendu le programme YLTW accessible même aux personnes vivant dans des régions reculées à travers le monde », a-t-elle dit.

Trois chemins vers l’apprentissage transformateur

Le programme YLTW est fondé sur l’apprentissage transformateur et fonctionne de trois manières différentes, à commencer par l’information des individus avec les données environnementales les plus récentes.

« C’est ce que nous appelons « prendre le pouls de la planète ». Toutes les informations que nous donnons sont fondées sur des preuves et des données scientifiques solides. Les animateurs répondent systématiquement qu’ils n’avaient jamais réalisé la gravité de la situation mondiale », a dit Sue. « C’est une grande prise de conscience pour ceux qui vivent une vie privilégiée ».

La deuxième étape, qui pose des questions stratégiques, consiste à doter les jeunes des compétences nécessaires pour devenir des innovateurs et guider leurs communautés vers la durabilité et l’équité.

La troisième étape, la plus importante pour les jeunes, consiste à établir des contacts avec d’autres personnes dans leurs propres communautés et au-delà. Pour Sue, la magie de cette étape est de mettre en relation des jeunes de l’Australie avec des individus vivant au Bangladesh, en Amérique centrale ou en Afrique, afin qu’ils utilisent la méthodologie et la formation pour lancer leurs propres projets dans des contextes très variés.

« Cela suscite de profonds changements, car souvent, les jeunes se sentent isolés, ce qui les empêche de sauter le pas. Ils sont très enthousiastes à l’idée de communiquer avec d’autres personnes », a-t-elle dit.

Le projet YLTW donne lieu à un congrès annuel de trois jours qui se déroule simultanément en de multiples endroits interconnectés. À ce jour, plus de 17 000 jeunes d’une centaine de régions du monde ont directement participé au projet.

Les personnes ressortent du congrès avec un plan individuel pour réduire leur propre empreinte écologique, accompagné de cibles à atteindre pour amener le changement dans leurs communautés.

« Nous les amenons à identifier leurs principales préoccupations, puis nous inversons les rôles et les aidons à bâtir une vision. L’année dernière, les principales préoccupations étaient le changement climatique et le manque de leadership », a dit Sue.

Le rythme du changement s’intensifie

« Le rythme auquel les jeunes, prenant conscience de la gravité de la situation, sautent le pas pour faire quelque chose s’accélère, tout comme la naissance du mouvement mondial », a dit Sue, qui travaille dans le domaine de l’EDD depuis plus de 30 ans. « En 2018, nous avons créé le Conseil mondial du programme YLTW, composé d’animateurs expérimentés du monde entier. Ils indiquent la voie à suivre. »

Les actions que les jeunes ont choisi de mettre en place peuvent consister à introduire l’énergie solaire dans leurs écoles, en impliquant le personnel, les parents et les associations étudiantes et en collectant des fonds. Il peut s’agir aussi d’un projet spécifique, comme au Canada, où des jeunes préoccupés par la disparition des abeilles ont appris à les protéger et ont installé plusieurs ruches dans des espaces publics.

Deux des projets les plus ambitieux ont concerné la santé des rivières. En partenariat avec l’ONG locale Sankat Mochan Foundation, OzGREEN a aidé à créer un centre de recherche scientifique à Varanasi, en Inde, qui travaille avec des jeunes locaux pour améliorer la santé du fleuve sacré, le Gange, ainsi que des communautés les plus touchées par la pollution par les eaux usées.

« L’un des plus grands succès a été d’avoir réussi à faire participer de jeunes femmes locales dans un contexte où ce n’est pas la norme. Un temps fort de l’année dernière a été de voir les jeunes filles du village se lever et parler avec passion des problèmes qui les préoccupaient et de ce qu’elles allaient faire pour y remédier », a dit Sue.

Beaucoup plus près de Bellingen, où le projet YLTW est basé, des jeunes ont collaboré avec OzGREEN pour surveiller la santé de leur rivière et faire rapport à leur communauté locale. En 2015, un grand drame pour la biodiversité survenu dans la rivière locale du même nom a décimé une espèce unique et ancienne de tortue. Les tortues mourraient à l’âge adulte d’un virus inconnu.

En partenariat avec des organismes de conservation et des écoles locales, des bénévoles de la communauté ont commencé à surveiller tous les mois la santé de l’ensemble du bassin fluvial, en publiant et en communiquant leurs données à la communauté et aux scientifiques œuvrant pour le rétablissement des tortues.

À l’avenir, elle pense que le plus important sera de s’appuyer sur leur cette base solide en rendant la formation des animateurs en ligne accessible à d’autres régions du monde. « Nous savons que nous disposons d’un modèle de changement puissant et que nous sommes capables de le transmettre à la génération qui pourra le concrétiser », a dit Sue.

L’éducation en vue du développement durable (EDD) fournit aux individus les connaissances, les compétences, les attitudes, les valeurs et les comportements nécessaires pour penser et agir pour un avenir durable. Il s’agit aussi d’intégrer les questions de développement durable, telles que le changement climatique et la biodiversité, dans l’enseignement et l’apprentissage. L’UNESCO promeut l’EDD à tous les niveaux et dans tous les contextes sociaux par le biais de son Programme d’action global.