Justice sociale et équité : principes clés guidant l'action sur le droit à l'éducation

16 Octobre 2018

« Une inquiétude est largement partagée actuellement, concernant l’accroissement des inégalités à travers le monde, non seulement entre les nations, mais aussi au sein des pays » indique M. Kishore Singh, ancien Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’éducation. Il a évoqué avec l'UNESCO la situation du droit à l'éducation à l’occasion du 70ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme.

« Partout dans le monde, l’écart entre les riches et les pauvres engendré par une économie néo-libérale incontrôlée a pris des proportions dramatiques et son impact sur les systèmes éducatifs et sur le droit à l'éducation est très grave, car il entraîne une aggravation des disparités et de l’iniquité dans le domaine de l’éducation » constate-t-il.

Selon l’ancien Rapporteur spécial des Nations Unies, « le rôle que peut jouer l'éducation en termes d’autonomisation pour inverser ces inégalités croissantes est d’une importance capitale, mais le premier pas consisterait à accroître les possibilités d’une éducation publique de qualité afin que tous les enfants aient accès à l'éducation en tant que droit. »

Le cadre juridique international du droit à l'éducation

M. Singh met en avant le fait que le droit à l'éducation, sans discrimination ni exclusion, est un droit universel reconnu à l’échelle internationale. En 1945, avant même la proclamation de la Déclaration universelle des droits de l'homme, l’Acte constitutif de l’UNESCO avait formulé en termes clairs la mission de l'Organisation et la responsabilité des États membres, qui était d’ « assurer à tous le plein et égal accès à l’éducation ». La Convention concernant la lutte contre la discrimination dans le domaine de l'enseignement de 1960 a posé deux principes fondamentaux du droit à l'éducation : l’égalité des chances dans l'éducation et la non-discrimination. Cette Convention a influencé d'autres conventions des droits de l'homme adoptées ultérieurement par les Nations Unies, pour ce qui est des dispositions sur le droit à l'éducation, a noté M. Singh.

L’éducation en tant que bien public

L’ancien Rapporteur spécial précise que les États ont l’obligation et la responsabilité d’appliquer les normes et principes internationaux et de prendre des mesures normatives pour garantir la pleine réalisation du droit à l'éducation et protéger l'éducation en tant que bien public.

« Le droit à l'éducation est un droit transversal essentiel à l'exercice de tous les autres droits humains » dit-il. « Son « rôle autonomisant » peut permettre d’affranchir les individus de la pauvreté et les doter de compétences, d’aptitudes et de valeurs bénéfiques non seulement pour eux-mêmes, mais aussi pour la société dans son ensemble. »

Protéger l'éducation contre les forces de la privatisation

Selon M. Singh, l’explosion de la privatisation de l’éducation ces dernières décennies constitue un sujet de préoccupation majeur, car elle menace le concept de l’éducation en tant que bien public. « L'éducation est en train d’être commercialisée, renforçant les inégalités au sein de la société et violant de façon flagrante les principes et les normes du droit à l'éducation. À cause de ce phénomène et de la fausse propagande en faveur de la privatisation, le système éducatif public se rétrécit tandis que la privatisation engendre une ségrégation sociale et des inégalités. »

 « La privatisation dans le domaine de l'éducation fait peser une grande menace sur l’Agenda Éducation 2030, car elle va à l’encontre des engagements pris par les gouvernements du monde entier de garantir une éducation de qualité gratuite, au moins jusqu'au niveau secondaire » indique M. Singh. « Dans les établissements d’enseignement privés gérés par des propriétaires individuels et des entreprises, la situation économique des individus détermine l'accès à l'éducation, lequel exige souvent des frais exorbitants et non réglementés. » Il insiste sur le fait que toute discrimination fondée sur la situation économique ou sociale est interdite par la Convention concernant la lutte contre la discrimination dans le domaine de l'enseignement de l’UNESCO et par d'autres conventions internationales des droits de l'homme. Par ailleurs, la Convention internationale relative aux droits de l’enfant ajoute la « situation de fortune » aux motifs de discrimination interdits dans l'accès à l'éducation. L’ancien Rapporteur spécial souligne la nécessité urgente de prendre des mesures réglementaires strictes, assorties de sanctions contre les pratiques frauduleuses.

Préoccupation relative à l'utilisation d’appareils numériques dans l'éducation

Concernant l’utilisation des TIC dans l'éducation et les appareils numériques, M. Singh reconnaît que ceux-ci présentent des avantages en termes d’accès à l’information, mais il est également préoccupé de la « fracture numérique » et de l'inégalité qu’ils engendrent.

Mettant en avant le fait qu’il ne s’agit que d’outils qui ne devraient pas être autorisés à remplacer les pédagogies de l’apprentissage direct et le contact humain qui accompagne la transmission de l’enseignement, M. Singh lance un avertissement contre les risques multiples liés à l'utilisation des TIC et des appareils numériques, surtout du point de vue de la faculté humaine de concentration et de réflexion.

« Les appareils numériques dans l'éducation représentent un autre point d'entrée commercial et ils peuvent malheureusement être utilisés aussi de façon négative en encourageant l'accès à des sites pornographiques, d’où le risque d'abus ou d’exploitation, de cyber-harcèlement, ainsi qu’à des contenus agressifs et violents etc. tout en sapant la qualité de l’apprentissage. »

Pour M. Singh, la justice sociale et l'équité sont deux principes essentiels du système des Nations Unies pour la paix et le développement. « La justice sociale et l'équité devraient rester au premier rang des actions entreprises par les États pour protéger et promouvoir le droit à l'éducation, un droit qui doit être pleinement exercé par tous les citoyens, à égalité. »

  • Rejoignez la campagne de l’UNESCO sur le #DroitàlÉducation et contribuez à faire passer le message sur ce droit humain essentiel qui a le pouvoir de transformer des vies partout dans le monde.