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L’alphabétisation et la formation professionnelle transforment la vie de femmes au Tchad

12/03/2021

Des femmes participent à une formation dans le cadre du programme pilote d’alphabétisation et de formation professionnelle du CapED © UNESCO

Le secteur de l’éducation tchadien est confronté à de nombreux défis pour atteindre l’ODD4, notamment une pénurie d’enseignants qualifiés, peu de possibilités de formation technique et professionnelle, des disparités entre les possibilités d’éducation offertes en milieu rural et urbain, en termes d’accès et de qualité, et une population peu alphabétisée. Les chiffres de l’UNESCO montrent que seulement 31 % des hommes savent lire et écrire et que la situation est encore pire chez les femmes, seulement 14 % d’entre elles sachant lire et écrire.

Dans ce contexte, le gouvernement, dans le cadre de son Plan national de développement (PND 2017-2021) et de son Plan intérimaire pour l’éducation au Tchad (PIET 2018-2020) – qui devrait être prolongé au-delà de 2020 – donne la priorité à l’amélioration des compétences en littératie des apprenants, prépare les populations pour le marché du travail, consolide les synergies entre l’alphabétisation et la formation professionnelle et soutient l’auto-emploi des femmes et des jeunes.

L’UNESCO, par le biais de son Programme de développement des capacités pour l’éducation (CapED), soutient le pays dans la mise en œuvre de ces deux plans. Au travers d’un plaidoyer et d’une série d’interventions au niveau des politiques depuis 2012, le programme CapED a appuyé comme priorités sectorielles l’intégration de l’alphabétisation et de l’éducation non formelle. Leur inclusion dans les principaux documents de politique et de planification du secteur de l’éducation s’est traduite par un accroissement du financement et par l’élaboration d’outils et de cadres en vue d’une approche harmonisée entre les ministères et les partenaires dans la prestation de l’éducation non formelle.

Sur le plan institutionnel, le programme CapED a soutenu la création d’une convention pour renforcer les synergies entre les ministères en charge de l’alphabétisation et de la formation professionnelle, convention qui doit être signée en 2021. Elle vise à réduire la fragmentation et les difficultés techniques et administratives par une planification de meilleure qualité et plus harmonisée entre les deux ministères.

En parallèle, le programme CapED a lancé un programme innovant de formation à l’alphabétisation qui a jeté les bases du développement de l’enseignement non formel et de l’enseignement et la formation techniques et professionnels (EFTP) dans le pays et conduit à une coopération accrue entre les ministères en charge de l’alphabétisation et de la formation professionnelle. L’initiative a consisté à évaluer les besoins en littératie et en formation et à identifier des activités génératrices de revenus (AGR) prometteuses dans la région, y compris la transformation des produits agricoles, la charpenterie et l’élevage de volailles. Ensuite, l’UNESCO a soutenu le Gouvernement dans l’élaboration d’outils pédagogiques, comprenant des normes professionnelles, des guides pédagogiques et des manuels d’alphabétisation et d’éducation des adultes, qui décrivent les techniques nécessaires à la conduite de chaque activité. Les livrets ont été traduits dans cinq langues nationales, conformément à une approche bilingue.

En 2018, le programme CapED a lancé un projet pilote sur l’un des modules AGR offrant aux femmes vivant dans les zones rurales des compétences d’alphabétisation et professionnelles pour les aider à accroître leurs revenus et à devenir financièrement indépendantes. Le module AGR piloté concerne la récolte et la transformation de fruits du karité, des graines de caroube et du manioc, qui sont les cultures locales de la région. La culture de ces trois plantes représente une activité économique importante qui présente le potentiel d’obtenir des produits, allant du beurre de karité au tapioca en passant par l’alimentation animale. « Nous avons eu tant de difficultés avec nos activités de transformation agricole. L’UNESCO nous a aidées à les surmonter, même nous qui ne sommes pas allées à l’école... le revenu de nos petites entreprises s’est également amélioré. Cela a apporté un grand changement dans nos vies » a déclaré Madeleine Ndoumta, bénéficiaire, lors d’un récent entretien avec l’UNESCO.

Un groupe de formateurs a été formé à l’utilisation des ressources pédagogiques et a donné des cours dans un centre local d’alphabétisation, destinés à 250 femmes qui ont acquis des compétences d’alphabétisation en langue sara, la langue locale prédominante. Solkem Bernadette, qui a participé à la formation, « ce soutien nous a permis de lire et d’écrire dans notre propre langue ».

Grâce à leurs compétences renforcées en lecture, les femmes ont ensuite consulté le livret de formation décrivant comment elles pouvaient améliorer leurs techniques de transformation et leurs produits. Mettant ces connaissances en pratique, elles ont ensuite participé à des ateliers pratiques. Aujourd’hui, les femmes produisent indépendamment une gamme de produits de qualité qu’elles utilisent elles-mêmes et qu’elles vendent. « Grâce au livret d’alphabétisation en langue sara, j’ai reçu une formation aux techniques de transformation des produits locaux » a déclaré Clarisse Regonme, bénéficiaire. « Avec les revenus générés, je paie la scolarité et les soins de mes enfants » a-t-elle ajouté.

L’initiative ne s’arrête pas là. L’UNESCO a recommandé que ce projet pilote, par sa nature de financement d’amorçage, soit élargi sur la base de ses résultats et de ses matériaux pédagogiques éprouvés. Cela a conduit le gouvernement à mettre l’accent sur l’alphabétisation et l’éducation non formelle dans un nouveau projet de 10 millions de dollars financé par le Partenariat mondial pour l’éducation (PME) et intitulé Projet d’urgence de renforcement de l’éducation et de l’alphabétisation au Tchad. Sur ces fonds, 1,4 million de dollars sont alloués à l’alphabétisation et à l’éducation non formelle et l’UNESCO a été choisie par le Ministère de l’éducation nationale pour superviser le projet.

Cela a apporté un grand changement dans nos vies » a déclaré Madeleine Ndoumta © UNESCO