Et l’après COP25 ? Quels changements pour l'océan, le climat et la biodiversité? Entretien avec Vladimir Ryabinin

18/12/2019
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13 - Climate Action

Paris, le 19 décembre - Les résultats des négociations de l'ONU sur le climat à Madrid sont tombés, Vladimir Ryabinin – Secrétaire Exécutif de la Commission Océanographique Intergouvernementale -  revient sur les défis à venir et la question de l’état de l'Océan face au changement climatique et à la perte massive biodiversité.

 

Dans quelle mesure l’Océan est menacé par un contexte de changement climatique et de crise de la biodiversité?

L'océan est un régulateur clé du changement climatique. Il a absorbé plus de 90% de la chaleur excédentaire générée par l'homme (à cause de la libération de gaz à effet de serre) depuis l'ère industrielle. Il a également absorbé environ 28% du dioxyde de carbone libéré dans l'atmosphère, ce qui en fait le principal outil d'atténuation du réchauffement climatique.

La chaleur et l’émission de dioxyde de carbone ravagent les océans : ils sont devenus plus acides que jamais. L'Océan voit la biodiversité marine diminuer et se retrouve de moins en moins capable de contribuer à l'atténuation du changement climatique.

Il faut éviter que la situation ne se dégrade et rétablir la santé des océans, une action que de nombreux négociateurs et la société civile ont soutenu lors des négociations de l'ONU sur le climat.

Comment s’étudie la santé de l’Océan et dans quelle mesure savoir qu’il existe des liens avec le changement climatique?

Il s’agit précisément du rôle de la Commission Océanographique Intergouvernementale (COI) de l’UNESCO. Nous aidons les pays et les scientifiques du monde entier à travailler ensemble pour mesurer des indicateurs importants de la santé des océans, grâce à un large éventail d'instruments déployés sur les côtes et en haute mer. Cela comprend la chaleur océanique, mesurée en continu par près de 4 000 bouées Argo, l'acidification des océans - qui est l'un des indicateurs de progrès pour l'Objectif de Développement Durable 14 des Nations Unies (ODD 14) - et la désoxygénation des océans - la perte d'oxygène à des niveaux si critiques que la vie marine ne peut plus se maintenir.

La COI joue un rôle très important dans l'information et même la mise en œuvre d’une politique mondiale respectant le climat et les océans. Un exemple clair de cette mission serait le fait que les observations océaniques, en grande partie collectées via notre système mondial d'observation de l'océan, ont aidé à définir comment et pourquoi les océans jouent un rôle dans l'atténuation du climat. Les données sur la teneur en chaleur des océans ont indiqué pourquoi le réchauffement climatique avait temporairement ralenti avant 2015: la chaleur était stockée dans les couches profondes de l'Océan. Ces connaissances ont contribué à remettre les négociations sur le climat de 2015 sur la bonne voie, suite à l'Accord de Paris.

Quatre ans après l'Accord de Paris, le monde connaît une crise climatique brutale. Comment agir de la meilleure des façons afin de protéger l’Océan, le climat et la biodiversité?

L'avenir du climat dépend fortement de notre capacité à réduire les émissions de carbone. Mais comment quantifier cet objectif? Les estimations de la quantité de carbone que nous devons s’empêcher de produire ou retirer de l’atmosphère se basent sur les valeurs existantes d'absorption du dioxyde de carbone par l'Océan Il faut penser à l'océan comme un puits de carbone géant.

Les informations issues d'une récente réunion de la COI dédiée à l’étude des émissions Carbonne (octobre 2019) ne sont pas prometteuses: il faut s’attend à ce que la capacité de l'Océan à agir comme un puits de carbone s'affaiblisse. À ce jour l’Océan est capable d'absorber environ 28% (jusqu'à 1/3 selon certaines estimations) des émissions de carbone, ce chiffre devrait baisser.

Cela signifie que si nous voulons suivre les pas de l'accord de Paris, nous devrions être beaucoup plus ambitieux en matière de réduction des émissions, et ce ne sont pas les seules conclusions des négociations de l'ONU sur le climat! L'année 2018 a enregistré un record des émissions de carbone, pourtant – hormis l'Union européenne et quelques autres pays - il semble que peu sont les décisionnaires à vouloir réduire leurs émissions, notamment parmi les principaux émetteurs.