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L’éducation à l’état de droit et la considération du genre : des outils pour renforcer la construction de la paix et prévenir l’extrémisme violent

22/12/2020
04 - Quality Education
16 - Peace, Justice and Strong Institutions

Renforcer la paix et prévenir l’extrémisme violent par l’éducation passe par le fait de doter les apprenants de tous âges, et notamment les jeunes femmes et les jeunes hommes, des connaissances, des valeurs, des attitudes et des comportements qui favorisent une citoyenneté mondiale responsable, une réflexion critique, l’empathie et la capacité à prendre des mesures contre l’extrémisme violent.

En ce sens, l’éducation à l’état de droit (EDD) et la prise en compte du genre sont des éléments complémentaires et indissociables de la prévention de l’extrémisme violent par l’éducation (PEV-E). En effet, ils permettent de comprendre, puis de pouvoir intégrer et appliquer des notions telles que le respect, la justice ou encore l’empathie, favorisant ainsi le développement de capacités nécessaires à la construction du vivre ensemble, de la cohésion sociale et de la paix.

L’approche genre : un élément indispensable dans la prévention de l’extrémisme violent

A l’école, au sein des communautés comme dans la société, l’égale valorisation de la contribution des hommes et des femmes est un pilier fondamental de tout effort de prévention :

Les femmes et les filles sont des actrices du changement, de réconciliation, de rassemblement, et en cela, il est important de les inclure dans toute entreprise de prévention [de l’extrémisme violent]

Lydia Ruprecht, Spécialiste du genre à l’UNESCO

L’implication des femmes et la reconnaissance de leur rôle sont donc primordiaux pour assurer à la fois leur propre résilience et leur capacité à transmettre des valeurs de paix. Mme Fatimata Cissé, Conseillère technique en chef des questions de genre au département de l’Education nationale du Mali, témoigne :

« Dans le milieu scolaire au Mali, pour les garçons comme pour les filles, les dangers de l’extrémisme violent sont fortement liés au milieu social et à l’insécurité. (…) Nous avons élaboré un guide sur les violences basées sur le genre en milieu scolaire, et les acteurs clefs sensibilisés sur ce guide sont notamment les comités de gestion scolaire, les associations de mères d’élèves et tous ceux qui sont chargés de la scolarisation des filles. En comprenant ce guide, les acteurs de l’école comprendront également comment lutter contre l’extrémisme violent dans l’espace scolaire, car ce sont eux les acteurs qui doivent être entièrement investis pour bannir la violence, dans et en dehors de l’école ».

Le rôle clef des acteurs de l’éducation dans la promotion de la paix

L’école, microcosme de la société et symbole de l’Etat, pour contribuer aux efforts de renforcement de la paix, doit d’abord incarner et appliquer en son sein les principes et valeurs qu’elle souhaite promouvoir.

Parmi les acteurs clés, l’enseignant qui est en contact direct avec les apprenants, doit lui-même être sensible et éduqué aux valeurs, attitudes et comportements nécessaires à l’état de droit, comme la justice, la transparence, le respect, et y compris le respect du droit des enfants, afin d’être en mesure de faciliter, grâce à la pédagogie transformationnelle, leur acquisition par les  élèves et au-delà.

Boubacar Salifou, Responsable de projet UNESCO au Niger, note l’importance du transfert des apprentissages relatifs à la promotion de la paix et de l’état de droit vers la communauté :

Lorsque ces valeurs sont cultivées auprès des élèves, les structures d’accompagnement telles que les comités de gestion de l’école ou les associations des parents d’élèves, qui sont en contact avec la communauté, peuvent jouer un rôle important pour faire le lien entre ce qui est enseigné aux élèves et ce qui peut être transféré à la communauté.

Renforcer la paix et prévenir l’extrémisme violent par l’éducation est au cœur du programme de l’UNESCO. Le 10 décembre 2020 s’est tenue une réunion virtuelle sur ces thématiques, organisée par le Bureau de l’UNESCO en Afrique de l’Ouest (Sahel) en collaboration avec l’OIF (IFEF), dans le cadre de la phase 1 du projet « Renforcer la résilience des jeunes faces à l’extrémisme violent et leur engagement pour la construction de la paix à travers l’éducation » financé par le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères de la France. Dynamique et interactive, elle a eu pour objectif de renforcer les capacités de représentants du Burkina Faso, du Mali, du Niger sur les questions de l’éducation à l’état de droit et du genre, en tant qu’approches complémentaires aux efforts de prévention de l’extrémisme violent par l’éducation. Le Sénégal, pays bénéficiaire du projet « Promotion de la paix et du développement durables par le renforcement des compétences pour la vie et le travail des jeunes dans le Sahel » financé par la France, était également représenté.

L’intégration de l’éducation à l’état de droit et de l’approche genre dans les documents pédagogiques précèdera la formation de formateurs et d’enseignants qui bénéficieront d’un suivi-accompagnement.

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