L’UNESCO accueille un Forum mondial sur les politiques de réduction des risques de catastrophe pour la préservation du patrimoine documentaire

12/12/2018
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Pour la première fois dans l’histoire du programme Mémoire du monde (MdM), une soixantaine d’experts issus de divers horizons disciplinaires se sont réunis au Siège de l’UNESCO à Paris lors de l’édition inaugurale du Forum mondial MdM sur le patrimoine documentaire.

Tenu le 11 décembre 2018 sur le thème « Réduction et gestion des risques de catastrophe pour la préservation durable du patrimoine documentaire », le Forum visait à attirer l'attention sur la réduction des risques de catastrophe en tant que cadre stratégique pour la conceptualisation et l'élaboration de politiques et de stratégies de lutte contre les catastrophes naturelles et d'origine humaine.

Dans son allocution de bienvenue, Moez Chakchouk, Sous-Directeur général pour la Communication et l'information, a déclaré que l'événement visait à fournir une plateforme pour discuter des risques de catastrophe et de la manière dont les institutions de mémoire, en collaboration avec leurs gouvernements, les communautés touchées et d'autres parties prenantes, pourraient y faire face.

Il a souligné : « Cela est d'autant plus important que malgré l'amélioration générale des conditions de stockage du patrimoine documentaire, d'importantes collections et fonds d'archives continuent à être perdus, notamment en raison des inévitables catastrophes naturelles. En général, la perte du patrimoine documentaire n'est pas aussi visible que celle des biens culturels immobiliers ou des chefs-d'œuvre artistiques. C'est cette lacune que ce Forum mondial vise à combler en utilisant la notion de réduction des risques de catastrophe pour discuter des dangers auxquels sont trop souvent confrontés le patrimoine documentaire et les institutions de mémoire qui le détiennent ».

Mme Kirsi Madi, Directrice du Bureau des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophe, a prononcé le discours principal, soulignant comment le Cadre d’action de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe pourrait être utilisé pour soutenir des réponses appropriées aux dangers auxquels sont confrontés le patrimoine documentaire et les institutions de mémoire qui le conservent. En particulier, Madi a souligné la nécessité d'identifier et d'analyser les risques naturels et artificiels pour le patrimoine documentaire, de partager les expériences, les leçons apprises, les bonnes pratiques, la formation et l'éducation sur la réduction des risques de catastrophes, ainsi que de développer une campagne de sensibilisation pour accroître la coopération entre les réseaux existants du patrimoine documentaire.

Le président des Archives nationales du Japon, M.Takeo Kato, s'est également adressé à l'assemblée, soulignant l'importance du patrimoine documentaire et sa signification pour le développement durable. M. Dietrich Shüller et Mme Rita Tjien Fooh, qui est également le rapporteur du bureau du CCI (Comité consultatif international) étaient également présents en tant qu'experts à part entière et représentants du Comité consultatif international du programme MdM.

Les participants ont ensuite écouté un ensemble hétérogène d'autres intervenants. Parmi les questions sur lesquelles plusieurs experts ont présenté des communications, on peut citer :

  • Un aperçu des catastrophes et de leur impact sur le patrimoine documentaire, y compris la manière dont les parties prenantes, telles que les experts, les communautés, les gouvernements, etc., y font face. Parmi les orateurs figuraient Daisuke Sato, qui a partagé son expérience lors du Séisme de 2011 de la côte Pacifique du Tōhoku au Japon, et Abdel Kader Haidara, qui a reçu le prix UNESCO/Jikji Mémoire du monde 2018 pour ses efforts dans la préservation et la restauration des manuscrits de Tombouctou au Mali.
  • Une analyse des aspects techniques de la préservation du patrimoine documentaire endommagé à la suite de catastrophes naturelles ou d'origine humaine, avec des intervenants tels qu'Eugenio Veca qui a partagé les mesures de sauvegarde des archives et bibliothèques italiennes en situation d'urgence et Andy Corrigan qui a partagé ses réflexions sur le système de gestion des urgences et le plan de reprise après les sinistres adoptés pour sa bibliothèque après l'ouragan Katrina aux États-Unis.
  • La documentation des catastrophes comme recherche d’action pour la sensibilisation et l'engagement communautaire, intervention menée par Hidenori Watanave et Anju Niwata, qui ont apporté leur expertise sur les technologies numériques intégrant l'innovation de l'intelligence artificielle (IA) pour l'archivage des souvenirs des catastrophes au Japon, ainsi que Lothar Jordan, qui a souligné la nécessité d'archiver la mémoire des catastrophes, y compris la façon d'archiver cette mémoire pour une utilisation efficace dans la société.

En résumant les discussions, Fackson Banda, spécialiste de programme responsable du Programme MdM au sein de la Division des sociétés du savoir de l'UNESCO, a informé les délégués que le Forum mondial a permis d'intégrer la connaissance des risques de catastrophe dans les rapports des États membres sur leur mise en œuvre de la Recommandation de l'UNESCO 2015 concernant la préservation du patrimoine documentaire, y compris sous forme numérique, et l'accès à ce patrimoine.  Il a souligné que le Programme MdM se repositionnait pour mieux répondre à l'Agenda 2030 pour le développement durable, en partie en coordonnant une analyse mondiale partagée entre divers réseaux d'experts, dont le Conseil international des archives (CIA), la Fédération internationale des associations et institutions de bibliothèques (IFLA) et d'autres, sur la manière dont la préservation du patrimoine documentaire pourrait bénéficier des accords internationaux de développement existants.

Le Forum mondial a été soutenu par le Japon dans le cadre d'un projet de fonds en dépôt de trois ans sur la « Préservation du patrimoine documentaire par l'élaboration de politiques et le renforcement des capacités ». C'est le premier de ce qui deviendra un événement annuel, axé sur un aspect stratégiquement important du patrimoine documentaire.

L'UNESCO a lancé le Programme MdM en 1992 pour se prémunir contre l'amnésie collective grâce à la préservation de fonds d'archives et de collections de bibliothèques de valeur dans le monde entier. Ce faisant, le Programme garantit également un accès plus large à ce patrimoine. Le Programme est donc destiné à protéger le patrimoine documentaire et à aider les réseaux d'experts à échanger des informations et à réunir des ressources pour la préservation de ce patrimoine et l'accès universel à celui-ci.

 

  • Le rapport final du 1er Forum sur les politiques mondiales est disponible ici.