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L’UNESCO et la Banque mondiale utilisent la culture comme facteur clé pour améliorer la reconstruction des villes après un conflit ou une catastrophe.

19 Novembre 2018

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Timbuktu
© MINUSMA-Tiecoura N’DAOU/Flickr.com

Partageant la conviction que la culture est essentielle pour parvenir à un développement urbain durable et assurer des processus efficaces de reconstruction et de relèvement après une crise, l’UNESCO et la Banque mondiale ont présenté le 16 novembre 2018 au Siège de l’UNESCO un rapport intitulé « La culture dans la reconstruction et le relèvement des villes ». Celui-ci offre un cadre amélioré, fondé sur la culture, pour la reconstruction et le relèvement des villes, qui intègre à la fois des approches centrées sur les personnes et des approches basées sur l’environnement physique.

« La culture est une source essentielle de résilience, de réconciliation et de cohésion sociale pour les villes et les communautés », a déclaré Ernesto Ottone R., Sous-Directeur général de l'UNESCO pour la culture. « Comme le partenariat mondial entre l'UNESCO et la Banque mondiale nous l'a déjà montré à Haïti, au Mali ou en Bosnie-Herzégovine, il est essentiel de mettre l’accent sur la sauvegarde de la culture dans les processus de reconstruction et de relèvement après une crise. »

Avec environ 70 % de la population mondiale vivant en ville d'ici 2050, l'urbanisation en plein essor dans le monde expose les villes et leurs habitants aux effets dévastateurs de conflits, de crises et de catastrophes de plus en plus complexes. Les catastrophes naturelles telles que les tempêtes, les inondations et les tremblements de terre deviennent de plus en plus intenses et fréquentes, et ont un un impact sans commune mesure sur les zones urbaines . Les conflits armés forcent des millions de personnes à fuir leur foyer et provoquent des destructions massives dans les villes. Dans les deux cas, la culture est durement touchée. D'ici 2030, on estime que les catastrophes dans leur ensemble coûteront aux villes du monde entier environ 314 milliards de dollars par an, soit près du double de la moyenne des quinze années précédentes.

Comment faire pour que les pays et les villes touchés soient mieux préparés à faire face efficacement aux crises croissantes engendrées par les situations de grande pression urbaine ? L'approche décrite dans ce rapport intègre la culture dans les politiques de développement urbain durable afin de créer des environnements urbains ouverts, sûrs, résilients et durables pour tous.

« La culture doit être au cœur des stratégies de reconstruction et de relèvement des villes qui ont connu une catastrophe ou un conflit » a déclaré Ede Ijjasz-Vasquez, Directeur principal du pôle Développement social, urbain et rural et résilience de la Banque mondiale. « La Banque mondiale et l’UNESCO partagent cette idée et cet engagement à travers le Cadre CURE que nous avons développé conjointement, afin d’offrir aux décideurs et aux praticiens des orientations opérationnelles pour la planification, le financement et la mise en œuvre d’interventions après une crise. »

Placer la culture au cœur des politiques de relèvement des personnes, des lieux et des villes

L'UNESCO et la Banque mondiale sont convaincues que la culture est la base sur lesquelles les villes sont construites. Les villes ne sont pas simplement un ensemble de bâtiments, mais sont bien composées de personnes, avec leur histoire, qui interagissent par le biais de leur identité culturelle et de leur sentiment d’appartenance. Aussi bien au fondement qu’au croisement des personnes et des lieux, la culture est le facteur clé.

Tant par le patrimoine culturel que par la créativité, la culture est essentielle à la fois comme atout et comme outil pour la reconstruction et le relèvement des villes. Alors que les stratégies basées sur l’environnement physique accordent la priorité à la reconstruction des biens matériels, les stratégies centrées sur les personnes peuvent renforcer l'appropriation des lieux par la communauté et l'inclusion sociale, améliorer la qualité de vie de l'environnement bâti et accélérer le redressement socio-économique des villes.

Par exemple, lorsque l’un des sites les plus emblématiques de Bosnie-Herzégovine, le Stari Most (« Vieux pont ») de Mostar, pont ottoman datant du XVIe siècle, a été détruit en 1993 pendant la guerre de Bosnie, les communautés locales ont demandé, et érigé en priorité, la reconstruction complète de ce monument. Par la suite, les efforts internationaux soutenus par l’UNESCO et la Banque mondiale ont contribué à la reconstruction du Vieux pont et à la restauration de la vieille ville de Mostar. Désormais classé au patrimoine mondial de l'UNESCO , le Vieux pont et la vieille ville de Mostar, restaurés, attirent des touristes du monde entier, créant ainsi des emplois et redynamisant l'économie locale.

Le Cadre CURE

Ce nouveau cadre souligne que pour que les programmes de reconstruction et de relèvement des villes soient efficaces, il faut que la culture soit intégrée dans les évaluations des dommages et des besoins, ainsi que dans la définition des politiques et des stratégies, dans leur financement et dans leur mise en œuvre.

« Le cadre CURE marque une étape importante dans le partenariat en cours entre la Banque mondiale et l'UNESCO pour faire progresser le développement urbain durable en s’investissant de manière coordonnée dans la culture, la régénération urbaine et la résilience », a déclaré Sameh Wahba, Directeur en charge du développement urbain et territorial, de la gestion du risque de catastrophe et de la résilience à la Banque mondiale.

Ce rapport s’appuie sur une expérience mondiale qui montre les progrès accomplis sur le terrain. Que ce soit pour édifier une culture de la citoyenneté à Medellín, en Colombie, afin de contrebalancer le passé violent de la ville, ou pour favoriser la consolidation de la paix par la transparence et l’engagement de la communauté à Banda Aceh, en Indonésie, la culture joue un rôle de premier plan.

D’autres études de cas sont également décrites dans ce rapport : la protection du patrimoine culturel et le relèvement de la vieille ville après le séisme qui a touché Lijiang, en Chine, la promotion de la réconciliation par la préservation du patrimoine culturel à Nicosie (Chypre), ou encore l'amélioration de la gestion des risques de catastrophe pour la préservation des monuments à Bagan, au Myanmar.

En Irak, la Banque mondiale et l’UNESCO vont collaborer à la réhabilitation de Mossoul en s’appuyant sur le Cadre CURE, dans le cadre de l’initiative de l’UNESCO « Faire revivre l’esprit de Mossoul » et du Projet d’opération d’urgence pour le développement de la Banque mondiale.