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L'UNESCO élabore un agenda politique international pour la préservation numérique du patrimoine documentaire

05/11/2020

Quatre priorités clés pour la préservation numérique ont été mises en avant lors d’un dialogue politique virtuel organisé par le programme Mémoire du monde de l’UNESCO sur le patrimoine documentaire en péril. Celles-ci comprenaient :

  • Protéger l'identité culturelle en péril

  • Créer des partenariats durables pour la préservation

  • Prévenir la perte du patrimoine documentaire due à l'obsolescence rapide de la technologie

  • Maintenir des cadres juridiques favorables au fonctionnement efficace des institutions de mémoire

L'événement, qui s’est tenu le 27 octobre 2020, a réuni de nombreux experts et praticiens internationaux en vue d’analyser les lacunes politiques et les solutions possibles en matière de préservation numérique. Plus de 800 participants du monde entier ont rejoint l'événement via ZOOM et YouTube. La réunion a été divisée en deux sessions pour pouvoir accueillir un public international situé dans différents fuseaux horaires.

Revisiter le dialogue politique

Le Directeur général adjoint de l’UNESCO, Xing Qu, a ouvert l’événement en soulignant l’importance fondamentale des archives et de l’engagement de l’UNESCO à assurer la préservation et l’accès au patrimoine documentaire mondial.

Il n'y a pas d'histoire - pas d'interrogation du passé par le présent - sans archives. Sans archives, il n'y a pas de mémoire, de justice ou de réconciliation.

Xing Qu, Directeur général adjoint de l’UNESCO

Dans son allocution liminaire, David Fricker, président du Conseil international des archives et membre du Comité consultatif international de la Mémoire du monde, a réitéré l’importance de la préservation numérique et a souligné un certain nombre de tendances majeures qui, si elles n’étaient pas prises en considération, pourraient avoir de graves implications pour l'avenir des institutions de mémoire et du patrimoine documentaire en tant que tel.

Fricker a souligné la propagation croissante de la désinformation, les cycles technologiques courts, une remise en question des institutions traditionnelles et non traditionnelles en tant que gardiens du patrimoine documentaire ainsi que l'impact des catastrophes naturelles et de celles provoquées par l’homme. Ces thèmes ont servi de base à la discussion sur la préservation numérique du point de vue de l'identité culturelle en péril, de la durabilité, de la technologie et des cadres juridiques.

Voici les principales conclusions de chaque session.

Identité culturelle en péril

Présentatrice : Mme Reena Tiwari, Curtin University, Australie
Intervenants : Mme Te Paea Paringatai, responsable de la bibliothèque, Université de Canterbury, Nouvelle-Zélande ; Abdullah bin Salim bin Saeed Al-Hinai, chef par intérim du département de référence de la bibliothèque médicale, Oman
Modératrice : Mme Shubha Chaudhuri, Directrice du Centre d'archives et de recherche en ethnomusicologie, Inde
 
  • Il est primordial de reconnaître les éléments culturels immatériels - histoires et souvenirs – en tant que patrimoine. Cependant, si ce n'est pas fait correctement, cela peut conduire à une distorsion des éléments culturels et de leur lieu d'origine. Les questions concernant la gestion et la propriété du patrimoine culturel préservé numériquement sont essentielles.

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    Pour bien gérer la vitesse, le volume, la véracité et la variété des données qui proviennent des peuples autochtones et qui sont collectées par des institutions de mémoire non autochtones, des modèles appropriés de gouvernance des données autochtones doivent être développés et mis en œuvre pour garantir une souveraineté efficace des données autochtones.

Durabilité

Présentateurs : M. Jeffrey van der Hoeven, Bibliothèque nationale des Pays-Bas ; Mme Marcie Hopkins, British Library, Royaume-Uni
Intervenants : M. Gabriel Bunmi Alegbeleye, Université d'Ibadan, Nigéria ; Mme Laila Hussein Moustafa, Université de l'Illinois à Urbana-Champaign, États-Unis d'Amérique; Équipe ANRd’Amérique ; Gesit Pambudi, M. Dhani Sugiharto et M. Prasetyo Utomo), Archives nationales de la République d'Indonésie
Modérateur : M. Robert Buckley, conseiller technique aux Archives nationales des Émirats arabes unis
 
  • La durabilité n'est pas un défi technologique, mais plutôt un défi organisationnel. Compte tenu du volume et de la diversité des collections numériques, désormais le reflet le plus important du patrimoine dans le monde moderne, un changement de paradigme de la pensée institutionnelle envers les réseaux organisationnels est nécessaire. Ces réseaux partagent des connaissances et des services dont ils peuvent tous bénéficier.

  • La durabilité signifie être ouvert à une activité en évolution permanente. Grâce à des partenariats collaboratifs, les organisations peuvent apprendre à s'adapter, à croître et à innover pour parvenir à des changements durables et positifs. Mettre l'accent sur les personnes au cœur des collaborations institutionnelles est essentiel pour garantir des partenariats durables et prospères à long terme.

La technologie

Présentateurs : M. Günther Cyranek et M. Felix Gross, Numérisation des archives, Cyranek ICT4D, Allemagne ; M. Dietrich Schüller, Sous-comité de préservation du Comité consultatif international de l'UNESCO sur la Mémoire du monde
Intervenants : Mme Yolia Tortolero Cervantes, consultante indépendante, Mexique ; Mme Amanda Harris, Directrice de l'unité PARADISEC Sydney, Conservatoire de musique de Sydney, Australie ; M. Frédéric Marie, Président de la FIAF, Directeur de la Cinémathèque Suisse, Suisse
Modérateur : M. Robert Buckley, conseiller technique aux Archives nationales des Émirats arabes unis
 
  • Il est important de faciliter une numérisation abordable pour éviter d’avoir recours à des solutions d'externalisation coûteuses. La numérisation avec des caméras à puce complète garantissent des normes professionnelles pour différents formats, tels que des photos, des diapositives, des affiches, des négatifs sur verre, des livres, des affiches, etc. Un cours en ligne ouvert à tous (MOOC) peut être développé à l’intention des institutions de mémoire afin d'améliorer leur capacité interne de numérisation et de gestion des collections numérisées en ligne.

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    Les enregistrements sur bande magnétique, qui représentent les principales sources de nos connaissances sur la diversité culturelle et linguistique du monde, risquent de disparaître à jamais. Ils ne peuvent être protégés que par la migration numérique du contenu , à savoir en séparant les contenus des supports originaux obsolètes, et en les transférant vers des supports numériques sûrs. Pour cela, il est indispensable de disposer du matériel adéquat. Le nombre de machines pouvant traiter les différents formats des bandes magnétiques diminue rapidement. 2025 est unanimement considéré comme la date limite au-delà de laquelle un transfert standard du contenu de bandes magnétiques vers des supports numériques deviendra impossible. Les archives audiovisuelles nécessitent davantage de ressources financières et de renforcement des capacités pour y parvenir à temps.

Cadres juridiques

Présentateur : M. Eric Chin, avocat général, National Library Board, Singapour
Intervenants : Mme Maria Soledad Abarca, responsable de la Bibliothèque nationale des collections photographiques et audiovisuelles du Chili ; M. Maximiliaan Scriwanek, directeur des archives nationales, Curaça
Modératrice : Mme Ingrid Parent, Bibliothécaire universitaire émérite, Université de la Colombie-Britannique, Canada
 
  • Il est nécessaire d’obtenir un consensus international sur la manière de trouver un équilibre entre les différents intérêts légitimes des titulaires de droits d’une part, et la nécessité de préserver le patrimoine documentaire numérique d’autre part. Cela favoriserait la créativité, l'innovation, la recherche et l'apprentissage . Pour cela, une loi adéquate sur les droits d'auteur est nécessaire, qui puisse permettre aux archives de « copier au nom de l’intérêt général ».
  • Le patrimoine culturel numérisé a besoin d'un « principe de provenance » renouvelé. L’archivage du patrimoine numérisé devrait suivre les règles générales de provenance de son origine. Le dépositaire d'origine doit être responsable de son cycle de vie et de sa diffusion. Il peut être nécessaire d’établir une « trace de la provenance » afin que tout utilisateur puisse porter un jugement indépendant sur l'authenticité et la fiabilité du contenu numérique.

Lors de la session finale de l’événement, le Chef de l'Unité du patrimoine documentaire à l'UNESCO, Fackson Banda, a présenté un cadre intergouvernemental pour les discussions en analysant les rapports nationaux soumis par 38 États membres sur leur mise en œuvre de la Recommandation de 2015 concernant la préservation et accès au patrimoine documentaire, y compris sous forme numérique.

Banda a souligné la nécessité de respecter l'engagement pris par des États membres avant la pandémie COVID-19 à investir dans les institutions de mémoire et à renforcer leurs capacités de préservation. Il a également souligné la nécessité de distinguer le patrimoine documentaire des autres formes de patrimoine dans les cadres législatifs nationaux. Des représentants du Conseil international des archives et de la Fédération internationale des associations de bibliothécaires et des bibliothèques - David Fricker et Helen Vincent respectivement - ont également présenté leurs points de vue fondés sur leurs mandats institutionnels.

Le dialogue politique sera suivi d'un rapport détaillant les messages clés et les recommandations politiques, qui sera publié dans les mois à venir. Le rapport sera produit par le Sous-comité de la préservation de la Mémoire du monde et alimentera par la suite le 2e Forum politique mondial de la Mémoire du monde sur la réduction et la gestion des risques de catastrophe pour la préservation durable du patrimoine documentaire, prévu pour 2021.

L'événement était associé à la célébration de la Journée mondiale du patrimoine audiovisuel et organisé par le programme Mémoire du monde de l'UNESCO par le biais du Sous-comité de préservation du Comité consultatif international (CCI), et en partenariat avec le groupe de travail sur la préservation de l’information du Programme Information pour tous (PIPT).