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L'UNESCO publie une nouvelle étude sur les jeunes et l'extrémisme violent dans les médias sociaux

30 Novembre 2017

Les médias sociaux conduisent-ils les individus fragiles à recourir à la violence ? De nombreuses personnes le pensent et y répondent par la censure, la surveillance et l’élaboration de contre-discours en ligne. Mais que sait-on vraiment de l’influence d’Internet en tant que cause et connaît-on les résultats concrets de ces réponses ?

L’extrémisme violent est de plus en plus présenté comme un défi majeur pour de nombreuses sociétés et une menace à la sécurité et aux droits fondamentaux des citoyens du monde entier. C’est un affront aux principes des Nations Unies, inscrits dans les droits humains universels et les libertés fondamentales. Avec le mandat d'encourager la coopération et la solidarité par la communication et l'information, l'UNESCO aide ses États membres et les acteurs de la société civile à lutter contre l'extrémisme violent et la radicalisation sur Internet.

Partout dans le monde, les gouvernements et les sociétés de l’Internet prennent des décisions en se fondant sur des suppositions concernant les causes des attaques violentes et les solutions à y apporter. L’enjeu consiste à étayer solidement les analyses et les réponses. Il s’agit de mettre en place des politiques reposant sur des faits et des données probantes, et non des politiques qui se fondent sur des intuitions ou qui sont inspirées par la panique et les discours alarmistes.

C'est dans ce contexte que l'UNESCO publie l'étude intitulée Les jeunes et l'extrémisme violent dans les médias sociaux. Ce travail fournit une cartographie globale de la recherche (principalement de 2012 à 2016) sur les rôles présumés des médias sociaux dans les processus de radicalisation violente, notamment en ce qui concerne leur influence sur les jeunes et les femmes dans toutes les régions du monde.

L’étude de plus de 550 études issues de la littérature scientifique ou de la « littérature grise » en anglais, en français, en arabe et en chinois fait état de recherches montrant que les extrémistes violents sont largement répandus sur l’ensemble de la toile. Elle révèle également que l’on dispose d’une quantité croissante d’informations sur l’utilisation du cyberespace par les terroristes. En revanche, les effets de cette utilisation restent flous, et plus incertaine encore est l’efficacité des mesures de lutte contre ce phénomène.

L’étude conclut que les recherches en la matière sont encore embryonnaires et invite à la plus grande prudence quant à leurs résultats et à leurs interprétations. La littérature examinée dans l'étude ne fournit par ailleurs aucune preuve définitive d'un lien direct entre les spécificités des médias sociaux et les conséquences de la radicalisation violente chez les jeunes. De même, il n’existe aucune preuve définitive de l’efficacité des contre-mesures développées.

Néanmoins, dans son ensemble, la littérature propose certaines grilles de compréhension possibles. En effet, au lieu d’être les initiateurs ou les causes de comportements violents, Internet et les médias sociaux peuvent être des facilitateurs au sein de processus plus vastes de radicalisation violente. En ce sens, elle montre que les extrémistes violents utilisent les caractéristiques des médias sociaux pour attirer un public plus jeune, diffuser du contenu extrémiste, violent et criminel, identifier des participants potentiels et favoriser un dialogue individuel avec les jeunes. Toutefois, comme le souligne cette étude, la radicalisation violente réelle ne peut être réduite à une exposition à Internet, mais implique généralement la médiation de plusieurs processus complexes, notamment des processus socio-psychologiques et une communication interpersonnelle en conjonction avec d'autres facteurs hors ligne.

L’étude établit une liste de recommandations en 16 points à l’intention des États membres, du secteur privé, des intermédiaires de l’Internet, des médias sociaux, de la société civile et des utilisateurs d’Internet. Il recommande par exemple à ces acteurs d’envisager d’encourager la participation des jeunes aux processus de décision, de renforcer l’engagement entre les États membres, les organisations de la société civile et les communautés locales, de promouvoir les stratégies de maîtrise de l’information et des médias, de soutenir la recherche sur le sujet, d’assurer une couverture journalistique professionnelle et sensible aux conflits, de gérer les expressions de haine en ligne sans compromettre le droit à la liberté d'expression ou d’éduquer les internautes sur les comportements éthiques en ligne et sur la protection de la vie privée.

Les travaux de recherche ont été menés pour l'UNESCO par les experts indépendants Séraphin Alava, Divina Frau-Meigs et Ghayda Hassan (avec la collaboration de Hasna Hussein et Yuanyuan Wei). Cette publication a été préparé avec le soutien du Programme Information pour tous (PIPT) de l’UNESCO.

La publication complète est disponible en français et en anglais.

Une brochure d'information est également disponible en français, en anglais, et en arabe.