L’UNESCO reçoit l’EURO symbolique pour donner suite à la réparation du patrimoine mondial au Mali

31/03/2021
BAMAKO, Mali

L’UNESCO reçoit l’EURO symbolique pour donner suite à la réparation du patrimoine mondial au Mali

 Le mardi 30 mars 2021, le Centre International de Conférences de Bamako (CICB) a abrité la cérémonie de remise de l’euro symbolique au peuple malien et à la communauté internationale pour le préjudice subi lors de la destruction des mausolées et la porte secrète de la mosquée de Sidi Yahia à Tombouctou par M. Ahmad Al Faqi al-Mahdi.

 Organisée par le Fonds au Profit des Victimes et le Gouvernement du Mali en collaboration avec la Cour Pénale Internationale (CPI) et l’UNESCO, l’évènement était placé sous la haute présidence de Son Excellence M. Bah N’Daw, Président de la Transition et Chef de l’État.

 Étaient également présents à cette cérémonie, Monsieur Moctar OUANE, Premier ministre, Chef du Gouvernement ; M. QU Xing, Directeur Général Adjoint de l’UNESCO ; Madame DOUMBIA Mama KOITE , Présidente du Conseil de Direction du Fonds au Profit des Victimes ; Madame Fatou BENSOUDA, Procureure de la Cour Pénale Internationale; des membres du Gouvernement ; des Ambassadeurs et Représentants des Institutions internationales au Mali ; des Partenaires Techniques et Financiers ; des représentants des collectivités territoriales et des communautés de Tombouctou, ainsi que des organes de presse et de médias nationaux et internationaux.

 

Un vibrant hommage a été rendu à l’UNESCO par les différents intervenants pour ses actions de protection, de valorisation et de promotion du patrimoine culturel à travers la reconstruction et la réhabilitation des biens détruits, témoins matériels de l’identité culturelle des peuples.

 

Dans son allocution, le Directeur général adjoint, M. Xing QU, a évoqué que dans le cadre de l’ordonnance de réparation de la Cour Pénale Internationale, l’UNESCO est sur le point de finaliser un accord de coopération avec le Fonds au Profit des Victimes pour l’ensemble des travaux d’entretien et de réhabilitation des Bâtiments protégés à Tombouctou, ailleurs dans le monde, des atteintes continuent d'être portées au patrimoine culturel. C’est le cas en Irak, en Syrie, au Yémen, au Nigeria, en Libye, etc. Nous devons donc continuer cette mobilisation mondiale qui prend sa source d'énergie ici au Mali.

 

Au nom des familles des victimes de Tombouctou, M. Harber KOUNTA a rappelé que les mausolées n’ont pas seulement une connotation religieuse, mais ils sont surtout facteur de cohésion sociale. Nous exprimons ici toute la reconnaissance et la gratitude des familles détentrices des mausolées et des manuscrits anciens de Tombouctou envers la communauté internationale et particulièrement l’UNESCO pour son courage et son engagement dans la reconstruction des mausolées et autres biens détruits.

Le Mali est le premier pays à bénéficier des mesures issues du statut de Rome relatif aux agressions et aux crimes de guerre, a souligné la Procureure de la Cour Pénale Internationale, Mme Fatou BENSOUDA.

Elle a souligné que les crimes contre le Patrimoine culturel doivent être combattus et que la Cour Pénale Internationale ne manégera aucun effort pour mener ce combat afin de rendre justice aux victimes. Elle a surtout félicité la franche coopération dont la Cour a bénéficié dans le processus de réparations des préjudices commis, notamment, l’UNESCO dont elle salue l’excellence des relations avec leur institution.

Cette cérémonie est surtout la consécration des engagements du Mali et de la Communauté internationale à mettre la justice au cœur de la reconstruction du Mali. Cet engagement du Mali s’est traduit par sa contribution à hauteur de 20 000 dollars au Fonds au Profit des Victimes comme l’a souligné la Présidente du Conseil de Direction du Fonds au Profit des Victimes, cette, Mme Mama KOITE.

A la fin de son allocution, elle a procédé à la remise de l’Euro symbolique au Directeur général adjoint, M. Xing QU.

Le Président de la transition, le Colonel major Bah NDAW, a signifié à l’audience que la tenue de cette cérémonie au Mali est le témoin d’un engagement en faveur de la justice internationale et pour la réparation des graves préjudices et le couronnement d’une décision de justice.

C’est ainsi qu’il a exprimé toute sa reconnaissance aux Partenaires Techniques et Financiers œuvrant dans le domaine de la protection et reconstruction du patrimoine culturel. Il a souhaité la bienvenue aux autorités de la Cour Pénale Internationale, aux Fonds au Profit des Victimes et à l’UNESCO.

La cérémonie a été clôturée par la signature du certificat de remise de l’EURO par le Président de la transition, le Directeur général adjoint de l’UNESCO et la Présidente du Conseil du Fonds au Profit des Victimes.

Le Directeur général adjoint de l’UNESCO a aussi pris part à 15 heures à la table ronde sur le thème « Destruction du patrimoine culturel : réparer & prévenir ; leçons apprises de Tombouctou » à l’attention des scolaires et universitaire. Il se rendra le 31 mars à Tombouctou pour rencontrer les communautés locales et visiter les résultats des projets de l’UNESCO.

« les atteintes portées aux biens culturels, à quelque peuple qu’ils appartiennent, constituent des atteintes au patrimoine culturel de l’humanité entière», c’est pourquoi, au-delà de sa coopération avec la Cour pénale internationale, l’UNESCO s’est engagée sans relâche aux côtés du peuple malien et de ses communautés pour reconstruire ce qui avait été détruit au Mali avec la vision de faire du patrimoine un fer de lance pour la paix, la sécurité, la réconciliation et le dialogue interculturel au service du développement durable. Il a souligné que malgré les progrès réalisés, beaucoup reste à faire au Mali et dans le monde. Il a terminé son discours par une citation du regretté Djibril Tamsir Niane : « Il est important de se pencher sur le passé et de montrer ce que nous avons de commun. La connaissance de l’Histoire me paraît indispensable pour vraiment asseoir une nation. […] Méconnaissant l’Histoire, on ne peut pas agir en commun ».

 

 

 

M. XING QU, Directeur Général Adjoint de l’UNESCO Pour rappel, en 2012, suite à l’occupation d’une partie du territoire malien par des groupes armés, des mausolées des saints et la mosquée Sidi Yahia, sites du patrimoine mondial depuis 1988, ont été délibérément endommagés dans la ville de Tombouctou. En janvier 2013, après la saisine de la Cour Pénale Internationale (CPI) par le Gouvernement malien, le Bureau du Procureur a ouvert une enquête sur les crimes commis depuis janvier 2012. Cette enquête a abouti à un premier procès à l’encontre d’Ahmad Al Faqi Al Mahdi, Chef de la police des mœurs d’Ansar Eddine pendant l’occupation de la ville. Le 27 septembre 2016, Monsieur Al Faqi Al Mahdi a été reconnu coupable et condamné à neuf (9) ans de prison et au paiement de 2,7 millions d’Euros au titre de réparations.

© UNESCO

A la suite du procès, le 27 aout 2017, les juges de la CPI ont décidé que des réparations individuelles, collectives et symboliques devraient être apportées aux victimes affectées par le crime de Monsieur Al Faqi Al Mahdi, qui sont : les personnes ayant un lien exclusif moral et/ou économique avec les Bâtiments protégés ; la communauté de Tombouctou ; la population du Mali et la communauté internationale.

 

En application du plan de mise en œuvre du Fonds au Profit des Victimes, approuvé par la CPI en mars 2019, les réparations individuelles (725 000 000 FCFA) et collectives (1 050 000 000 FCFA), ont débuté en janvier 2021. Les réparations symboliques consistent à la remise de l’Euro symbolique au Mali et à la Communauté internationale par la CPI pour le préjudice subi par la destruction d’un bien du patrimoine de l’humanité.