Les médias et les organisations humanitaires dans les situations de crise : enseignements tirés de l’épidémie du virus Zika

07 Décembre 2017

Garantir le pluralisme des sources et des contenus et l'indépendance éditoriale fait partie de la mission de l'UNESCO de promouvoir et de protéger les principes des médias, même en période d'épidémie et de crise. Il est également essentiel de donner aux populations locales le droit d'être informées des politiques publiques et des dépenses financières de l'aide humanitaire. 

Du 14 au 15 juillet 2016, l'UNESCO a réuni les médias et les humanitaires dans un atelier intitulé « Informer, engager, enquêter: les médias et les humanitaires dans des situations de crise - Leçons tirées de l'épidémie de Zika». L’atelier a eu lieu à Panama, au Panama, avec la participation de la Fédération internationale de la Croix-Rouge (FICR) et de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
 
Les épidémies de Zika, qui ont débuté en 2015, ont suscité une inquiétude croissante dans les pays du monde entier, en particulier en Amérique latine et dans les Caraïbes. Il continue à poser des défis importants en termes d'accès des populations à l'information préventive précise et aux comportements de sauvetage.
 
L'atelier a représenté la première initiative régionale visant à aborder la relation et la question de la coopération entre les médias et les organisations humanitaires en temps de crise. Le grand rassemblement de médias publics, privés et associatifs, de grandes organisations humanitaires et de nombreuses agences des Nations Unies a assuré une importante représentation des acteurs régionaux impliqués dans le journalisme, la communication des risques et les réponses d'urgence.
 
Cette initiative a réuni plus de 50 participants de haut niveau venant des médias publics, privés et associatifs, d’organisations et associations comme l'Association internationale de radiodiffusion, TV Globo, Voice of America, Association mondiale des radiodiffuseurs communautaires, Fédération mondiale des journalistes scientifiques et les principales ONG telles que Caritas Internationalis, les Sociétés nationales de la Croix-Rouge, la Fondation pour l'éducation des réfugiés, Save the Children, World Vision. De nombreuses organisations des Nations Unies, telles que l'UNIDSR, l'UNICEF, l'OCHA, l'OPS, l'OMS, la Banque Mondiale, une partie des équipes des Nations Unies et le groupe de communication RedLAC (www.redhum.org) ont également participé.
 
La méthodologie comprenant 3 sessions thématiques - chacune composée d'une plénière, d'un groupe de travail et de conclusions - a assuré une atmosphère dynamique et participative où tous les points de vue pouvaient être partagés et écoutés. Chaque session a couvert un angle spécifique lié à la communication de crise:
 
Comment communiquer les connaissances scientifiques à travers les médias, s'assurer qu'elles atteignent la bonne population et s'assurer qu'elles comprendront et réagiront à cette information?
 
Comment les humanitaires peuvent-ils atteindre et engager efficacement les populations touchées à travers les médias?
 
Comment préserver les principes des médias dans les situations d'urgence et de catastrophe et utiliser le journalisme d'investigation pour dénoncer la corruption potentielle autour de l'aide?
 
Au cours de la troisième session placée sous la direction de l'UNESCO, les participants ont partagé leurs expériences, expertises et attentes respectives concernant les moyens de garantir la fonction de surveillance des médias en cas d'urgence. Il a été clairement indiqué que les ressources humaines étaient fortement soutenues dans l'efficacité de leurs plans d'aide. Une meilleure coordination de la communication sur les risques entre les médias et les humanitaires peut considérablement améliorer la préparation et la réponse aux catastrophes. Cependant, il est important de réaffirmer l'indépendance des médias. Les médias doivent être considérés comme des partenaires libres et non comme des canaux et des relais pour les stratégies de communication de l'humanitaire. Les médias doivent être en mesure de produire leur propre contenu lorsqu'ils couvrent une crise par le journalisme d'investigation - et ne pas se contenter de diffuser ou de publier des déclarations humanitaires sur la situation. Bien que les organisations humanitaires ne puissent pas utiliser leurs sources d'information en raison de leur expertise, cela ne les dispense pas d'être l'objet d'une enquête par les médias. Cela est particulièrement vrai en ce qui concerne la gestion de l'aide et l'utilisation des ressources financières.
 
L'atelier s'est terminé sur un formulaire d'intervention de M. Walter Cotte - Directeur de la FICR Amériques - suivi des conclusions et remarques finales de M. Frank La Rue - Sous-Directeur général pour la communication et l'information à l'UNESCO. Au cours de son discours, M. Cotte a fait la promotion des communications comme moyen de favoriser l'engagement communautaire dans les questions qui nous touchent, en tant que citoyens. "La communication est inhérente à nous en tant qu'êtres humains", a-t-il dit, "[...] nous avons besoin de plus de capacité pour comprendre comment améliorer nos comportements: [...] participer à la résolution de problèmes qui affectent nos sociétés". M. La Rue a souligné l'importance de l'indépendance éditoriale des médias et du journalisme d'investigation en ce qui concerne la transparence des politiques publiques de prévention et de secours, ainsi que l'utilisation des ressources par les autorités locales et les organisations externes. Selon M. La Rue: "[...] la presse joue également un rôle de supervision. Le journalisme d'investigation doit être poursuivi à tout moment, même en situation de crise. Les journalistes font partie du thermomètre qui vérifie l'efficacité des politiques et des fonds. "Et a ajouté : "parce que les conséquences de la crise sont toujours exacerbées lorsque les ressources sont mal utilisées."
 
À la fin des deux jours, les participants ont unanimement souligné et approuvé les résultats suivants : ils ont reconnu la nécessité d'une coordination constante entre les médias et les organisations humanitaires avant, pendant et après une situation d'urgence. Ils ont compris l'importance de la formation pour les médias et les organisations humanitaires afin de mieux reconnaître les problèmes, les intentions et les intérêts des uns et des autres ainsi que sur la façon de travailler ensemble pendant les catastrophes. Ils ont souligné que la défense de l'indépendance éditoriale, du pluralisme des médias et de l'accès à l'information est une condition préalable à la réponse aux catastrophes, un droit fondamental.
Compte tenu du succès et des réactions positives des participants, il a été demandé à l'UNESCO de reproduire l'atelier au niveau sous régional et international pour continuer à créer une synergie entre les médias et les humanitaires.

Contact: 

Mirta Lourenço (m.lourenco(at)unesco.org)