Interview

Mettre les personnes au cœur du changement organisationnel

25/09/2020

L'application de la gestion axée sur les résultats (GAR ou « RBM » en anglais, pour Results-Based management) facilite la transformation stratégique de l'UNESCO et la gestion du changement qui y est associée de plusieurs manières. Elle le fait d'abord en mettant les personnes au centre de ses actions de transformation et ensuite en aidant à construire une vision collective de ce que l’UNESCO souhaite être - renforçant l'accent mis par l'Organisation sur l'interdisciplinarité, l'Agenda 2030 et les objectifs de développement durable pour obtenir de meilleurs résultats pour les populations des États membres.

La gestion axée sur les résultats aide l'UNESCO à centrer sa transformation stratégique. Elle pose la question suivante : quel est le changement qu’on souhaite voir dans 5 à 10 ans ? Ensuite, elle génère une réflexion collective qui se traduit par un cheminement vers ce changement et mobilise les personnes pour y parvenir.

Othilie Louradour du Souich, Spécialiste en planification stratégique et cheffe de l'équipe GAR

La GAR est une approche participative et fondée sur le travail d'équipe, qui met l’accent sur la performance et l'obtention de résultats. Elle est applicable à toutes les interventions, allant de projets (menés par le Siège ou les Bureaux hors-Siège) à des documents stratégiques organisationnels tels que la Stratégie à moyen terme et le Programme et budget. Elle est appliquée à toutes les étapes du cycle de programme, c’est-à-dire, la planification, la mise en œuvre, le suivi, l'évaluation et l'établissement de rapports, afin d'améliorer l'exécution des programmes et de renforcer l'efficacité, l'efficience, l'apprentissage et l’obligation redditionnelle. La familiarité d'Othilie avec la GAR et son application à l'UNESCO et au sein du système des Nations Unies lui permet de brosser un tableau détaillé du rôle de la GAR pour faire avancer l’UNESCO en plaçant les personnes au cœur de son action.

Gestion axée sur les résultats et gestion du changement :  cheminement vers une transformation stratégique durable

L'UNESCO a appliqué la gestion axée sur les résultats à la transformation stratégique afin d’améliorer l'efficacité et l'efficience  de ses moyens d'action. Un Cadre de résultats a été élaboré pour ses diverses initiatives de transformation, lequel définit un ensemble clair de résultats souhaités et une compréhension de la manière dont ces résultats seront atteints. Cela permet d'assurer les liens et la contribution directe des effets de terrain aux effets de plus haut niveau et favorise en fin de compte la durabilité de la transformation stratégique.

L'utilisation de la GAR pour faire le suivi de la mise en œuvre , de l'autonomisation du personnel ou de la transformation numérique par exemple a souligné l'importance de maintenir les personnes au centre du processus de transformation. C'est également le cas pour l'intégration des pratiques de la GAR dans le travail de l'UNESCO, et ceci expose certaines des complexités de la gestion du changement. Par exemple, en cas d'application inégale ou de résistance, cela peut constituer un obstacle aux approches inclusives et participatives. Cependant, ce type de défi peut être - et a été - relevé avec succès par des consultations, des formations et de l’accompagnement (coaching), en donnant aux personnes les moyens de contribuer de manière significative aux effets.

"Le coaching a été un très bon exercice pour l'application de la GAR. Dans le cadre de l'une des initiatives de Transformation stratégique, l'équipe du programme jeunesse au Secteur des Sciences Sociales et Humaines a été très particulièrement efficace pour donner l'élan et partager les connaissances en matière de GAR. Cela s'est transformé dans une dynamique de collègues aidant leurs collègues, ce qui est excellent", explique Othilie.

Faciliter l'avantage comparatif interdisciplinaire de l'UNESCO

L'UNESCO prépare actuellement sa Stratégie à moyen terme pour 2022-2029, qui orientera les travaux de l'Organisation pour la décennie précédant 2030. Dans ce contexte, la GAR offre une approche utile pour développer et façonner un tel plan complexe : elle permet d'orienter le mandat multidisciplinaire de l'UNESCO vers des résultats et des objectifs collectifs.

La GAR peut sembler nouvelle, mais c’est un outil de gestion qui remonte en réalité aux années 1950. Par la suite, en 1997, le Secrétaire général des Nations Unies, Kofi-Annan, l'a introduite pour inciter les entités du système des Nations Unies à travailler ensemble vers des effets et un impact collectif, en exploitant l'un des principaux avantages comparatifs des Nations Unies : ses mandats multidisciplinaires. En 1999, le Directeur général de l'UNESCO, Koïchiro Matsuura, a reconnu le potentiel de la GAR pour unifier de manière similaire le mandat multidisciplinaire de l'UNESCO dans un cadre intégré, interdisciplinaire, holistique unique (avec le soutien de SISTER).

La réussite de la mise en œuvre de la GAR aide en définitive l'UNESCO à clarifier et à institutionnaliser son discours interdisciplinaire, tout en rassemblant les personnes et en soutenant le changement institutionnel. En outre, cela n'est pas seulement important pour les parties prenantes - bénéficiaires, États membres, partenaires et donateurs – mais aide également l'UNESCO à mieux poursuivre son mandat en tant qu'agence spécialisée et multidisciplinaire des Nations Unies. Cela facilite davantage la transmission du mandat de l'Organisation et de ses messages clés, favorisant et augmentant ainsi l'engagement et les partenariats des parties prenantes.

 

La Transformation stratégique de l’UNESCO vise aujourd'hui des programmes interdisciplinaires ciblés. Cela ne correspond pas réellement à une transformation de l’UNESCO elle-même, mais plutôt de la culture de travail au sein de la maison. L'UNESCO étant intrinsèquement interdisciplinaire, la GAR nous aide simplement à passer de la parole aux actes.

Othilie Louradour du Souich

Mettre les personnes au centre de la gestion durable du changement

"La gestion du changement elle-même peut se faire de plusieurs façons : elle peut par exemple se limiter à des processus ou à des changements structurels, voire aller jusqu’à des changements transformationnels. Mais la gestion du changement doit être axée sur les personnes. Il est essentiel de les placer au centre de la gestion du changement pour qu'elle soit réussie et durable. Autrement, ce n’est pas de la gestion de changement.", déclare Othilie.

La GAR et la gestion du changement sont très liées : elles sont définies par les personnes qui les font. La transformation stratégique de l'UNESCO a su le faire parce qu'elle a intégré dès le départ un axe sur le changement culturel, explique Othilie. Il s'agit, selon elle, d'une approche durable de la gestion du changement car, au lieu d'être imposé, le changement peut être porté et poursuivi par les personnes impliquées.

Les programmes phares actuels jettent la base de la réussite future

L'accent mis par l'UNESCO sur l'interdisciplinarité et les approches centrées sur les personnes se manifestera en définitive dans la force de la réalisation de ses résultats futurs. Cela se reflète déjà dans certains de ses projets phares actuels, qui nous fourniront de précieux enseignements pour l'avenir.

Il existe un programme centré sur les libertés fondamentales et les droits humains, en particulier la liberté d'expression et la sécurité des journalistes et des artistes, mis en œuvre conjointement par le Secteur de la communication et de l'information et le Secteur de la culture. Les résultats de ce projet ont prouvé la vitalité de l'interdisciplinarité. Ils montrent comment l'UNESCO peut produire des résultats supérieurs à la somme de leurs parties ; ils vont même au-delà. Il y a ensuite Net Med Youth - qui intègre les cinq principes de la GAR et a été porté par les jeunes.

Othilie Louradour du Souich

D'autres exemples sont la Convention de 2003 sur le patrimoine culturel immatériel et la Convention de 2005 sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, qui ont établi un cadre garantissant que les initiatives sur le terrain aient un réel impact et contribuent aux résultats organisationnels et aux objectifs internationaux.

 

Les cinq principes de la GAR et leur application au travail de l’UNESCO

  1. Orienté vers l’effet et l’impact : La GAR met l’accent sur les effets et les impacts souhaités (plutôt que sur les produits et les activités, ou encore sur la manière dont ces derniers sont générés ou menés). Pour l’UNESCO, définir les effets et l’impact d’une action de développement ne correspond pas uniquement à un avantage logistique, mais également et surtout à un moyen essentiel pour faciliter la coopération entre de nombreuses personnes venant d’horizons différents – et encourager l’adhésion et l’appropriation des bénéficiaires afin d’assurer la durabilité.
  2. Interdisciplinarité vers des résultats communs : la GAR incite à un cheminement coopératif, inter et intrasectoriel, vers les effets et les impacts souhaités. La complexité des défis rencontrés par les populations nécessite une réponse intégrée, interdisciplinaire et holistique de la part l’UNESCO.
  3. Approche inclusive & participative (intégrant l’approche « Ne laisser personne de côté ») : L’application réussie de la GAR requiert des processus inclusifs et participatifs. A ce titre, l’UNESCO met en œuvre l’approche de l’ONU qui prend en compte l’ensemble du gouvernement, l’ensemble de la société, l’ensemble de l’ONU, et bien évidement l’ensemble de l’UNESCO elle-même - et est résolue à mener un travail inclusif et participatif.
  4. Transparence : La GAR incite à des cheminements de changement clairs et facilite la planification, la programmation, la mise en œuvre, le suivi, l’évaluation et l’établissement de rapports tout au long de la durée d’un cadre stratégique, d’un programme ou d’un projet. La durabilité du travail de l’UNESCO est conditionnée à la transparence de ces processus et approches.
  5. Gestion adaptative : La GAR permet et institutionnalise l’adaptation aux réalités multiples d’un cadre stratégique, d’un programme ou d’un projet face à des contextes complexes. À l’UNESCO, ceci demande qu’il soit clair, dès le départ, que les circonstances prévalant sur le terrain à un moment donné sont sujettes au changement. Ceci conduit à l’utilisation de l’information sur les résultats à des fins d’apprentissage, de gestion adaptative et de prise de décision.