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Mission : Rétablir l'éducation en 2021

06/04/2021

par Stefania Giannini, Robert Jenkins et Jaime Saavedra. 

Lorsque votre maison brûle, peu vous importe sa taille, la couleur des murs ou l’agencement de la cuisine. Votre unique préoccupation est d'éteindre l'incendie. Dans le secteur de l'éducation, la maison brûle. La pandémie de COVID-19 a été le pire choc subi par les systèmes éducatifs depuis un siècle, les plus longues fermetures d'écoles s'ajoutant aux pires récessions depuis des décennies. Plus de 1,6 milliard d'enfants ont perdu plusieurs mois en temps d'instruction, voire une grande partie de l'année dernière, et beaucoup d'entre eux n'ont toujours pas repris le chemin de l'école. On estime à 10 000 milliards de dollars des États-Unis la perte de revenus futurs pour les enfants concernés par la fermeture des écoles et les perturbations qui en ont résulté pour la participation et l'apprentissage scolaires.

C'est maintenant que nous devons éteindre l'incendie. L'apprentissage des enfants a énormément souffert. Et comme le secteur de l'éducation fournit également des services sanitaires, nutritionnels et psychosociaux, le bien-être général des enfants a connu un recul considérable. Leur rétablissement doit commencer sans tarder. C'est pourquoi l'UNESCO, l'UNICEF et la Banque mondiale lancent une mission conjointe – Mission : Rétablir l'éducation en 2021 – axée sur trois priorités : ramener tous les enfants à l'école, rattraper les retards d'apprentissage, et préparer et soutenir les enseignants. Nous nous engageons à travailler ensemble, en tant qu'organismes multilatéraux, sur ces priorités et à apporter un soutien plus direct aux pays dans leurs efforts pour ramener les enfants à l'école et les remettre sur la voie de l'apprentissage. Ces priorités ne vous donneront peut-être pas la maison de vos rêves ; elles ont d'abord pour but d'éteindre l'incendie.

Nous avons défini des objectifs ambitieux pour chaque priorité. Nous suivrons les progrès accomplis à l'aide d'indicateurs, conformément au cadre de suivi de l'ODD 4, ainsi qu’à l’aide d’initiatives plus récentes de recueil de données telles que l’Enquête UNESCO-UNICEF-Banque mondiale sur les réponses nationales du secteur de l’éducation face à la fermeture des établissements scolaires liée à la COVID-19 et le COVID-19 Global Education Recovery Tracker, un nouvel outil développé en partenariat par l'initiative eSchool+ de l'Université Johns Hopkins, l'UNICEF et la Banque mondiale, pour suivre les efforts en termes de réouverture et de planification de la reprise des écoles dans plus de 200 pays et territoires.

Priorité 1 : Tous les enfants retournent dans une école sûre et soucieuse de leur bien-être

La première des priorités est de faire retourner tous les enfants à l'école pour y recevoir une instruction complète ou partielle en présentiel, avant la fin de l'année 2021 – c'est-à-dire de revenir aux taux de scolarisation d'avant la pandémie de COVID-19. En mars 2021, plus de 168 millions d'enfants dans le monde avaient été privés de toute forme d'apprentissage en présentiel pendant presque une année. Ce chiffre n'inclut pas les enfants qui ont totalement abandonné l'école en raison de la pandémie. 

L'expérience de la réouverture des écoles dans le monde montre que les écoles peuvent rouvrir, et prendre toutes les mesures possibles pour rouvrir en toute sécurité, même lorsque la transmission du virus au sein de la communauté n'a pas été complètement jugulée et que la couverture vaccinale est faible. Les jeunes enfants sont non seulement moins susceptibles de transmettre le virus SRAS-CoV-2 que les adultes, mais ils sont également moins susceptibles de souffrir des formes graves de la maladie lorsqu'ils sont contaminés. En outre, des mesures de prévention telles que le port d'un masque, la distanciation physique, la ventilation et le lavage des mains peuvent réduire efficacement la transmission du virus.   

Les écoles n'ont pas pour seule fonction de dispenser un enseignement aux enfants ; elles jouent un rôle essentiel dans le bien-être et le développement des enfants, car elles encouragent également ceux d’entre eux qui risquent d'abandonner l'école à rester scolarisés, elles fournissent des repas nutritifs et assurent les vaccinations, et elles permettent aux enfants de bénéficier d'un soutien psychosocial, en particulier lorsqu'ils sont victimes de maltraitance dans leur foyer. Privés de ces services pendant de nombreux mois – et depuis plus d'un an dans de nombreuses parties du monde – les enfants doivent retourner dans des écoles qui leur apportent un soutien complet pour rattraper le retard pris en termes d'apprentissage, de santé et de bien-être général.

Priorité 2 : Rattraper le retard d'apprentissage

Partout dans le monde, les enfants ont perdu beaucoup de temps d'instruction, ce qui se traduit par d'importants retards dans leurs apprentissages. On ne peut pas partir du principe que, lorsqu'ils retourneront à l'école, les élèves pourront facilement intégrer leur nouveau niveau d'enseignement avec un programme qui leur prête la maîtrise des concepts de l'année précédente. Avant la pandémie, les cours de rattrapage, en particulier dans les pays les plus pauvres, étaient un luxe. Ils étaient rarement proposés par les écoles desservant des populations défavorisées, et lorsqu'ils l'étaient par des systèmes scolaires plus matures, ils étaient destinés aux enfants en échec.

Aujourd’hui, après avoir perdu des mois de temps d'instruction, beaucoup d'élèves vont avoir besoin de cours de rattrapage. De même que la Grande Dépression aux États-Unis a permis de faire accepter un système de sécurité sociale financé par des fonds publics, nous devons mettre à profit la crise actuelle pour étendre et généraliser les cours de rattrapage, en mettant l'accent sur les acquis fondamentaux en lecture, écriture et calcul. Dans la mesure où les technologies numériques peuvent soutenir ces efforts – par exemple, grâce à des logiciels d'apprentissage adaptatifs – les systèmes éducatifs devraient les orienter vers cet élargissement des cours de rattrapage. Des programmes de tutorat, s'appuyant ou non sur la technologie, peuvent être importants. D'ici à la fin de l'année, il faudra impérativement que des pays puissent déclarer que leurs écoles, à chaque niveau d'enseignement, offrent ce type de soutien. 

À l'école, les enfants apprennent également à apprendre et à réagir aux échecs, et ils développent leurs compétences socioémotionnelles. Rattraper des mois de retard d'apprentissage sera également pour eux un défi qui exigera d'eux la maîtrise de soi, la persévérance et une image positive de soi. À l'instar des cours de rattrapage, l'apprentissage socioémotionnel, considéré comme un luxe avant la crise, doit maintenant être généralisé pour remettre les enfants sur la voie. Là encore, nous souhaitons que d'ici à la fin de l'année des pays déclarent que leurs écoles ont inscrit l'apprentissage socioémotionnel dans leur enseignement.

Tout cela nécessitera d'importants investissements financiers pour éviter de perdre cette génération, ainsi que des décisions managériales créatives consistant à donner la priorité à certaines parties du programme d'enseignement, à ajuster les horaires et les calendriers scolaires et à recruter plus de personnel si nécessaire.

Priorité 3 : Préparer et responsabiliser les enseignants

Les enseignants sont en première ligne pour éteindre l'incendie, et ils auront besoin de soutien pour ce faire. Ils doivent aider les enfants à (ré)apprendre ce qu'ils auraient dû apprendre pendant l'année écoulée tout en enseignant le programme de l'année en cours. Ils auront besoin d'une formation et éventuellement d'un soutien supplémentaire pour mettre en œuvre des cours de rattrapage et un apprentissage socioémotionnel, car pour beaucoup d'entre eux il s'agira de tâches nouvelles. De même, les enseignants auront probablement besoin d'une formation pour enseigner à distance ou par des méthodes mixtes, la pédagogie de l'enseignement à distance ou numérique n'ayant pas fait partie de leur formation initiale. Ils doivent être équipés d'un ensemble minimum d'outils et d'instruments leur permettant d'évaluer le niveau d'apprentissage de leurs élèves et d’estimer le soutien dont ils ont besoin. Tous les enseignants devraient être préparés aux cours de rattrapage, à l'apprentissage socioémotionnel et à l'enseignement à distance d'ici à la fin de l'année. 

Les enseignants doivent également veiller à leur propre santé. Ils sont davantage exposés au risque de contracter la COVID-19 que les enfants, ainsi qu’aux formes graves de la maladie. Bien que les données disponibles suggèrent que les écoles ne sont pas plus dangereuses que d'autres lieux de travail, il est impératif que tous les pays donnent la priorité à la vaccination des enseignants, après le personnel de première ligne et les populations à risque.

Que vont faire les partenaires ?

L'UNESCO, l'UNICEF et la Banque mondiale uniront leurs forces au sein des pays pour aider les gouvernements et les autorités de l'éducation à accomplir cette mission essentielle et œuvreront auprès des gouvernements afin que le financement de l’éducation soit dirigé d’abord vers ces trois priorités. Outre le suivi et la surveillance de la réouverture et de la reprise au niveau mondial, nous aiderons les pays à mesurer l'apprentissage en classe et à l'échelle du système après la réouverture des écoles, afin d'établir un diagnostic précis des besoins des élèves et d'estimer l'ampleur des retards d'apprentissage. Nous continuerons également à fournir une assistance technique et un soutien financier pour favoriser le retour à l'école, encourager les activités en classe visant à accélérer l'apprentissage et à mettre en œuvre des programmes de rattrapage scolaire, et accompagner le développement professionnel des enseignants, y compris l’acquisition des compétences qui sont particulièrement nécessaires face à cette crise. 

Au début de l'année 2022, nous évaluerons les progrès accomplis au regard de ces trois priorités. Nous espérons pouvoir vous dire que l'incendie dans l'éducation a été contenu et que nous pouvons désormais axer nos efforts sur la reconstruction à plus long terme.