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Najat Aoun Saliba : faire progresser les politiques et les pratiques en matière de santé

08 Mars 2019

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© L'Oréal Corporate Foundation

La Pr. Saliba mène des recherches de pointe sur la composition chimique et toxique de l’air pollué. Ses travaux innovants en chimie analytique et atmosphérique permettront de relever certains des défis environnementaux les plus pressants. Elle recevra le prix 2019 L’Oréal-UNESCO Pour les femmes et la science pour l’Afrique et les États arabes, en reconnaissance de son travail pionnier dans l’évaluation et la compréhension des transformations des polluants ambiants au Liban et au Moyen-Orient, et dans l’identification des substances toxiques et cancérigènes, tels que les cigarettes et les narguilés.

La Pr. Saliba est animée par le désir de comprendre l’origine des risques pour la santé et l’environnement au niveau moléculaire. « C’est la compréhension de la structure moléculaire et des mécanismes qui provoquent des réactions qui nous permet de nous faire une image macroscopique du climat et de l’environnement », explique-t-elle.

Ayant grandi dans la bananeraie familiale en pleine campagne libanaise, elle a hérité des liens profonds qu’entretenait son père avec la terre. Plus tard, lorsque la guerre civile l’a poussée à s’installer en milieu urbain, perturbant le cours de ses études, elle a été confrontée aux réalités inquiétantes de la pollution atmosphérique alors que le Liban était secoué par un scandale portant sur une affaire d’importations de carburant sale. Elle a également vu des parents, amis et collègues développer des problèmes de santé à la suite d’une exposition à des substances toxiques dans l’environnement.

Parmi ses nombreuses réalisations, la Pr. Saliba a mis au point des méthodes analytiques de haute volée pour mesurer les principaux produits toxiques présents dans la fumée du tabac. Elle a été la première à identifier des composés cancérigènes (comme le formaldéhyde) dans le narguilé. Plus récemment, elle a été la première à rapporter que contrairement à la croyance populaire, les cigarettes électroniques peuvent générer du monoxyde de carbone.

Elle s’emploie également activement à sensibiliser les autorités gouvernementales, les organismes de santé internationaux et les communautés à ses découvertes, et cherche à influencer les politiques de santé publique. Elle a par ailleurs créé la première base de données sur les principaux polluants atmosphériques au Liban et a démontré que l’incinération à ciel ouvert des déchets du pays a multiplié par quinze le contenu des substances toxiques dans l’air. À l’avenir, elle souhaite contribuer à développer une approche holistique et intégrée pour trouver des solutions adaptatives aux défis du changement climatique au Moyen-Orient.

Elle pense que le prix L’Oréal-UNESCO Pour les femmes et la science contribuera à mieux faire connaître les scientifiques du Liban et d’autres économies émergentes, tout en renforçant la valeur de la recherche interdisciplinaire pour faire progresser les sciences de l’environnement.

Elle se réjouit de l’augmentation progressive du nombre de femmes qui se lancent dans des carrières scientifiques et va plus loin en affirmant que la science « rendra justice au monde » lorsque les femmes scientifiques seront plus nombreuses que leurs homologues masculins. « Les femmes sont plus inclusives, elles n’ont pas peur du partage et sont très ouvertes à la collaboration, ce qui est vital pour développer des approches efficaces et holistiques », dit-elle.

Pour briser le plafond de verre qui empêche les femmes qualifiées de gravir les échelons, elle estime que les femmes scientifiques doivent surmonter les barrières sociales et culturelles aux niveaux à la fois personnel, local et international. « La femme a toute sa place dans les sciences », dit-elle. « C’est un état d’esprit basé sur une logique forte et guidé par des preuves scientifiques. » D’après-elle, la voie à suivre passe par l’exemple et le partage des réussites – elle a elle- même été inspirée par la directrice de son stage postdoctoral, Barbara Finlayson-Pitts, une personnalité éminente dans le domaine des sciences atmosphériques. La Pr. Saliba demande avant tout à ses étudiantes de « se battre pour défendre leurs droits, développer une grande confiance dans leur travail... et oser rêver ».

Le prix L’Oréal-UNESCO pour les Femmes et la Science
Chaque année, les prix L’Oréal-UNESCO pour les Femmes et la Science recompensent cinq chercheuses exceptionnelles, issues de différentes régions du monde (Afrique et Etats Arabes, Amérique Latine, Amérique du Nord, Asie Pacifique, Europe). L’Oréal et l’UNESCO collaborent depuis plus de 20 ans pour aider davantage de femmes à accéder à l’excellence scientifique et à participer sur un pied d’égalité à la résolution des grands défis qu’affronte l’humanité. Le programme a reconnu à ce jour plus de 3 000 femmes scientifiques dans 117 pays et décerné 107 prix.

Les lauréates seront mises en lumière aux côtés de quinze jeunes talents féminins scientifiques internationaux, à l’occasion d’une cérémonie prévue le 14 mars au siège de l’UNESCO, à Paris.

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