Interview

Nous ne pouvons pas parler de paix sans éducation et sans science ouverte

12/10/2020

Photo: Maja Zalaznik (anciennement Makovec Brenčič), économiste et ancienne Ministre slovène de l'éducation, des sciences et des sports.

« L'accès au savoir grâce à l'éducation et la science nous permet de consolider et de partager nos valeurs pour le développement de l'humanité. Il permet à chacun d'améliorer sa qualité de vie. Cette qualité de vie est le fondement de la paix individuelle, et la paix individuelle est le fondement de la paix collective », déclare Maja Zalaznik (anciennement Makovec Brenčič), économiste et ancienne Ministre slovène de l'éducation, des sciences et des sports. « Je pense que l'UNESCO a un rôle important à jouer pour favoriser une éducation accessible et inclusive et une science ouverte. C'est là que la paix commence véritablement. »

Une éducation accessible et inclusive et des outils scientifiques ouverts pour lutter contre les inégalités

La récente enquête « Le monde en 2030 » réalisée par l'UNESCO a mis en avant l'éducation comme l'une de principales solutions aux défis mondiaux. Selon Maja Zalaznik, la construction de la paix inscrite dans le mandat de l'UNESCO repose sur une éducation accessible et inclusive. L'éducation, dit-elle, est le ciment des activités de l'UNESCO et l'une de ses grandes forces.

« Dans le primaire, le secondaire et l'enseignement supérieur, l'UNESCO a fait un excellent travail pour lutter contre les inégalités. La pandémie de COVID-19 a révélé beaucoup de ces inégalités – entre les hommes et les femmes, dans le domaine de l'apprentissage numérique et entre les pays. Le rôle de l'UNESCO est de combler les lacunes », explique Maja Zalaznik.

Ces inégalités, ajoute-t-elle, ne sont pas apparues à cause de la crise – elles existaient déjà et sont simplement devenues plus criantes. De même, de nombreux outils et méthodes pédagogiques qui existaient déjà ont été poussés au premier plan de l'offre d'éducation – mais pas pour tout le monde. À cet égard, l'enseignement à distance est un domaine qui requiert une attention particulière. Selon Maja Zalaznik, traiter ces questions nécessite une compréhension interdisciplinaire des liens entre inégalités, éducation et science ouverte

L'éducation et la science ouverte forment un triangle avec l'égalité. « Ces variables non seulement s'interconnectent, mais elles fonctionnent ensemble. L'accès au savoir et la capacité de s'éduquer permet aux gens de s'épanouir. Mais tout le monde ne peut pas en profiter. C'est ici que la science ouverte et l'éducation inclusive et accessible peuvent être utilisées pour combler les lacunes. Tout est question d'égalité en fin de compte.

Maja Zalaznik

Il est essentiel de mettre l'accent sur les systèmes d'éducation durables et sur l'engagement des jeunes

C'est là aussi que se situe le rôle crucial de l'enseignement supérieur. L'enseignement supérieur, la science ouverte et la recherche travaillent main dans la main pour aider les sociétés à se développer. Si nos objectifs ultimes sont la santé, la paix et le bien-être du genre humain, dit Maja Zalaznik, nous ne les atteindrons qu'en apprenant à créer des synergies entre eux. En cette période de pandémie de COVID-19, ce travail est plus pertinent que jamais.

En raison de la pandémie de COVID-19, nous nous trouvons dans un moment de vérité pour tous. Nous devons reconnaître que la santé est un enjeu collectif et, pour la préserver, nous devons travailler ensemble et investir ensemble. Cette période nous a également permis de prendre conscience de l'importance de la science ouverte. Et, bien sûr, on ne peut pas parler de science ouverte sans parler aussi d'éducation ouverte.

Maja Zalaznik

En prônant une éducation accessible et inclusive et une science ouverte, et en les favorisant, explique Maja Zalaznik, l'UNESCO peut atteindre plusieurs buts au bénéfice des populations de ses États membres. En ce qui concerne la pandémie de COVID-19, l’UNESCO peut agir en sa qualité d'organisme multilatéral pour faciliter la production et le partage des connaissances scientifiques. Elle peut en outre poursuivre son rôle normatif en matière d'éducation, tout en favorisant le développement des systèmes éducatifs et en contribuant à leur pérennité. Cette pérennité est décisive, car elle permet d'inscrire l'inclusion et l'accessibilité dans les systèmes éducatifs. En renforçant ainsi les systèmes, poursuit Maja Zalaznik, nous pouvons contribuer à transmettre des valeurs importantes pour la construction de sociétés pacifiques. L'action de l'UNESCO dans ce domaine va de pair avec son engagement auprès des jeunes. Partager des valeurs et communiquer avec les jeunes peut être compliqué, dit-elle, mais c'est un travail incroyablement utile.

Soyons ouverts au dialogue avec les jeunes

« La jeune génération cherche des modèles auxquels s'identifier, et je pense que l'UNESCO est un modèle à bien des égards. En diffusant les bons résultats de notre travail, nous pouvons inspirer la jeune génération et lui montrer qu'elle possède sa propre façon de grandir et de vivre et, bien sûr, de créer et de cocréer le monde. Je pense que nous pouvons apprendre des jeunes, comme ils apprennent de nous. Et ce dialogue est une chose à laquelle nous devons être plus ouverts. Les jeunes peuvent parler d'une manière différente, mais cela ne signifie pas qu'ils ne contribuent pas activement au développement du monde. »

L'engagement auprès des jeunes est également important pour renforcer l'influence de l'UNESCO dans les années à venir. Si nous rendons l'UNESCO intéressante aux yeux des jeunes, souligne Maja Zalaznik, nous l'aiderons à poursuivre son travail pour toutes les générations. Nous y parviendrons en renforçant la communication, et au final la marque UNESCO – qui est forte, mais qui pourrait l'être davantage.

« Le positionnement de son identité est un point de départ pour le renforcement de sa marque. Et l'UNESCO possède déjà une âme si merveilleuse. Il faut tout simplement renforcer sa visibilité dans les domaines où elle est la plus performante : l'éducation, la science et la construction de la paix. C'est dans les périodes de crise [telle que la pandémie de COVID-19] que nous voyons à quel point des organisations comme l'UNESCO sont indispensables et constituent un ciment très important pour la cohésion de notre monde. »

Maja Zalaznik est membre du Groupe de réflexion de haut niveau de la Directrice générale, une initiative qui s'inscrit dans le cadre de la Transformation stratégique de l'UNESCO et qui est destinée à anticiper et à analyser les évolutions à l’échelle mondiale ainsi qu'à contribuer à l'enrichissement de la prochaine Stratégie à moyen terme de l'UNESCO.

 

*Les idées et opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement les opinions ou la position officielle de l'UNESCO.