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Le pouvoir de l’éducation : des histoires inspirantes de quatre continents

10 Juillet 2019

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© Sophie Garcia / James Rodríguez / Jyothy Karat / Olivier Jobard

Une fille et une femme au Burkina Faso. Une famille afghane réfugiée en Grèce. Une enseignante en Inde. Une entrepreneure au Guatemala.

Voici les quatre histoires sur le pouvoir de l’éducation actuellement présentées dans le cadre d’une exposition immersive intitulée « L’éducation transforme la vie », que l’UNESCO a installée au Siège des Nations Unies à New York en marge du Forum politique de haut niveau.

Chaque histoire inspirante donne vie aux aspirations de l’Objectif de développement durable 4 sur l’éducation. Les expériences illustrées dans ces témoignages personnels puissants montrent en quoi de petites étapes individuelles à travers le monde aident à avancer et à garantir le droit à l’éducation pour chaque femme, homme et enfant.

« Je ne sais pas ce que l’avenir me réserve mais c’est ma seconde chance et je ne veux pas la gâcher. »

Photo credit : Sophie Garcia

Awa Traore, 21 ans, travaille du matin au soir pour y arriver. Elle a grandi dans le petit village de Banzon au Burkina Faso, où elle n’a suivi aucune scolarité. Lorsque l’occasion s’est présentée, elle a déménagé à 30 km de là dans la ville de Bobo-Dioulasso, où elle loge avec son oncle et sa tante, en échange de quoi elle leur fait les courses, la cuisine et le ménage. Ses journées sont longues. Après avoir déposé son neveu à l’école, elle se rend au marché. Ce n’est qu’après avoir effectué ses tâches quotidiennes qu’elle peut se plonger dans ses livres et se préparer pour son cours d’alphabétisation à 18h30. Awa sait qu’elle a beaucoup de retard à rattraper et que d’autres femmes plus éduquées qu’elle ont du mal à trouver du travail. Malgré les obstacles, elle est déterminée à saisir cette seconde chance d’alphabétisation comme un tremplin vers une profession dans le domaine de la santé.

« Je me sens très chanceuse d’aller à l’école chaque jour. Ma mère n’a pas eu cette chance. »

Photo credit : Sophie Garcia

Tête baissée, sérieuse, Rachidatou Sana, 11 ans, se concentre pour fournir une réponse exacte. Déjà une excellente élève à l’école Kua C à Bobo-Dioulasso, elle aime résoudre des problèmes mathématiques mais devra se débrouiller toute seule dans sa lutte pour poursuivre ses études. Comme beaucoup de filles de son âge au Burkina Faso, Rachidatou est née de parents pauvres (sa mère est analphabète) et est quotidiennement tiraillée entre effectuer ses tâches domestiques, gagner sa vie et étudier pour améliorer sa situation. Elle veut uniquement avoir les mêmes chances, les mêmes que tout le monde. Elle veut aller à l’université pour suivre une formation d’infirmière « pour aider les autres et ma famille. »

« Si Matin n’avait pas eu la possibilité d’étudier ici, il serait très en retard par rapport aux autres enfants. »

Photo credit : Olivier Jobard

Shahnaz Karimi, 24 ans, son mari Nasir Rasouli, 34 ans, et leur fils énergique de huit ans, Matin, sont arrivés à Lesbos en août 2018. Originaires de Herat en Afghanistan, la famille Rasouli a quitté son premier pays d’adoption, l’Iran, à la recherche d’une vie meilleure. Aujourd’hui, ils vivent avec 1 300 autres résidents dans le village de Kara Tepe. Les deux avaient un métier : Shahnaz était esthéticienne et Nasir était peintre et décorateur. À Lesbos, Matin va à l’école primaire tandis que ses parents suivent des cours d’anglais et d’art. Matin a déjà un meilleur niveau d’anglais que ses parents. Pour la famille Rasouli, l’éducation remplit leurs longues journées, leur donne un sentiment indispensable de normalité et leur offre l’espoir d’un travail et d’un avenir meilleur.

« Le plus grand changement que l’éducation a amené dans ma vie est que je peux travailler et contribuer aux dépenses de la maison, pour acheter de la nourriture et participer aux frais de scolarité de mes enfants. »

Photo credit : James Rodríguez

Quand elle était petite, Margarita Pelico vivait juste à côté de l’école locale et voulait suivre les enfants qu’elle voyait entrer en classe. Il a fallu persuader ses parents, qui n’étaient pas vraiment convaincus de la nécessité d’éduquer une fille. Margarita vient d’une famille de neuf personnes qui vit dans le village de Los Cipreses, une région rurale de Totonicapán, au Guatemala, où la plupart des hommes s’occupent de leurs cultures, tandis que les femmes tissent. Ils sont membres de l’ethnie des Mayas K'iche. L’école de Margarita a fermé et, avant qu’elle ne rouvre, elle avait pris beaucoup de retard. À l’âge de 13 ans, elle a découvert un programme gratuit et flexible d’éducation par correspondance pour adultes conçu pour les filles plus âgées qui avaient manqué l’école. Elle a appris à faire des additions et des soustractions en allant au marché avec son enseignant, et à calculer en faisant de la couture. Déterminée à poursuivre ses études, elle a pu aller à l’école secondaire et à l’université. Aujourd’hui assistante sociale et gérante de sa propre entreprise de couture, elle se consacre à aider d’autres filles à suivre le même chemin vers l’éducation – et envoie sa propre fille de cinq ans à la même école qu’elle avait autrefois fréquentée.

« Je me suis dit qu’enseigner aux gens reviendrait à leur offrir le plus beau cadeau de leur vie. »

Photo credit : Jyothy Karat

L’enseignante Prathibha Balakrishnan, 38 ans, est arrivée en 2008 dans le village de Kadichanokolli, situé au fond de la réserve de biosphère de Nilgiris, au sud de l’Inde, avec pour mission d’enseigner à la population montagnarde des Betta Karumba. Il n’y avait pas d’électricité, pas d’école et pas de soins de santé. Elle s’est associée à une autre femme extraordinaire, Badichi, 44 ans. Badichi, matriarche tribale avec sept enfants, est très peu éduquée mais est convaincue du pouvoir de l’éducation. Elle a travaillé dur en tant que femme de ménage pour payer les frais de scolarité de tous ses enfants et de sa petite-fille Anitha, qui avait été abandonnée par ses parents. Les Betta Karumba, un peuple isolé qui travaille principalement dans les plantations de thé et de café, présente des taux élevés d’analphabétisme. Lorsque Prathibha a eu besoin d’un allié pour les convaincre, Badichi est passée à l’action. Les deux femmes ont gagné en confiance, ralliant un soutien pour demander à l’administration locale de construire une école primaire et des routes et d’installer l’électricité, avec succès. Pendant ce temps, les filles de Badichi, Seetha, 17 ans, et Vasanthi, 19 ans, qui sont des élèves de Prathibha, lui ont retourné la faveur en lui apprenant la langue locale. Certains villageois parlent la langue maternelle de Prathibha, le tamoul, mais ils suivent désormais les cours dans leur propre langue. Seetha est aujourd’hui en 11e année, Vasanthi a commencé des études d’infirmière dans un hôpital à proximité et les deux parlent trois langues, un bond en avant pour un village où la plupart des adultes sont analphabètes.

L’exposition est organisée en partenariat avec Education Above All, la Fondation du Qatar, la Mission permanente de l’État du Qatar auprès des Nations Unies ainsi qu’avec les coprésidents du Groupe des amis de l’éducation et de l’apprentissage tout au long de la vie (Argentine, Japon, Kenya, Norvège et République tchèque).

Elle sera présentée tout au long des mois de juillet et août 2019 au Siège de l’Organisation des Nations Unies. Une sélection de photos est disponible en ligne.