Les principes éthiques – un outil essentiel pour lutter contre le changement climatique

10 Décembre 2018

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© Shutterstock.com / AJP

Considéré comme le plus grand défi du XXIe siècle par les dirigeants mondiaux, le changement climatique est généralement conçu en termes logistiques, scientifiques et économiques et non en termes éthiques. Toutefois, à la suite de la COP23, les 195 États membres de l'UNESCO ont officiellement adopté le 15 novembre 2017 la Déclaration de principes éthiques en rapport avec le changement climatique. Cette Déclaration plaidera pour que les États, les communautés et les individus prennent des mesures pour faire face au double défi du changement climatique, l'adaptation et l'atténuation. La Déclaration énonce six principes éthiques :

  • La prévention des nuisances
  • Le principe de précaution
  • L’équité et la justice
  • Le développement durable
  • La solidarité
  • Les connaissances scientifiques et l’intégrité dans la prise de décisions  

La Déclaration précise ensuite comment ces principes pourraient être appliqués dans différents domaines : dans les systèmes scientifiques, technologiques et d'innovation ; dans l'éducation, dans l’évaluation et la gestion des risques, dans la sensibilisation du public, dans la coopération internationale et dans la gouvernance pour la responsabilité.

Afin d'appréhender pleinement une perspective éthique du changement climatique, il convient de réfléchir aux questions suivantes : Pourquoi les principes éthiques sont-ils importants pour lutter contre le changement climatique ? Pourquoi une déclaration de principes éthiques en rapport avec le changement climatique est-elle nécessaire?

L'éthique est importante parce qu'elle s'agit d'une technique philosophique qui peut aider la société à prendre du recul et à avoir une vision plus large des causes et des conséquences du changement climatique, et à réagir et à agir en conséquence. Par exemple, les changements climatiques sont considérés comme la plus grande menace pour le développement national, en particulier pour les petits États insulaires en développement. Saint-Vincent-et-les-Grenadines, par exemple, est un État insulaire qui a été touché par des ouragans plus violents, des sécheresses plus longues, des crues soudaines plus fréquentes et la montée du niveau de la mer au cours des 20 dernières années. En décembre 2013, les dommages causés par les creux qui ont touché l'île ont été estimés à 93,3 millions de dollars américains. Dans une telle situation, il ne suffit pas de s'en tenir aux faits et aux effets économiques du changement climatique pour lutter contre celui-ci.

En effet, le principe éthique d'équité et de justice pousse les États et les autres acteurs pertinents à faciliter et à encourager la prise de conscience du public et sa participation à la prise de décisions et à l’action en donnant accès aux informations et connaissances relatives au changement climatique ainsi qu’aux moyens d'appliquer des mesures d'atténuation et d'adaptation. Pour ce faire, il faudrait renforcer le dialogue social et la communication par les médias, les communautés scientifiques, les organisations de la société civile et la communauté dans son ensemble.

Saint-Vincent-et-les Grenadines représente un bon exemple. En 2017, ils ont lancé un programme et une campagne d'éducation du public sur le changement climatique mis en œuvre par le Programme des Nations Unies pour le développement concernant le partenariat Japon-Caraïbes sur le changement climatique (PNUD J-CCCP) en coordination avec le Gouvernement de Saint-Vincent-et-les Grenadines. La campagne vise à fournir aux Vincentiens des informations sur ce qu'est le changement climatique et comment les gens peuvent s'y adapter. La sensibilisation et l'éducation du public sont des éléments importants pour intégrer les considérations relatives aux changements climatiques dans tous les aspects de la vie des petites communautés les plus vulnérables.

En outre, des principes éthiques sont nécessaires pour lutter plus efficacement et de manière plus justifiée contre le changement climatique. Par exemple, la Corée du Sud est frappée chaque printemps par des tempêtes de sable jaune en provenance de Mongolie et de Chine. Cependant, avec l'industrialisation récente et le déboisement de la Chine occidentale et de la Mongolie, les tempêtes de sable jaune contiennent une substance nocive dans la poussière qui peut affecter la santé des gens et causer des problèmes sociaux. Ce phénomène n'est pas particulier à la Corée du Sud et touche aussi bien la Chine que la Mongolie. Il est donc nécessaire de coordonner les actions des pays afin de s'attaquer et de lutter contre ce problème.

C'est là qu'intervient le principe de solidarité. La solidarité, dans ce contexte, signifie que les pays concernés doivent reconnaître qu'ils partagent tous le monde dans lequel nous vivons et qu'ils ne peuvent pas renoncer à la possibilité de vivre sur terre pour leur propre bénéfice. Les efforts visant à protéger et à améliorer le monde devraient être faits de manière à refléter la solidarité et l'interdépendance entre les peuples d'origines différentes.

Ces deux exemples montrent clairement que le changement climatique est fondamentalement un problème éthique. Si l'absence d'action peut avoir des conséquences catastrophiques, les réponses qui ne sont pas élaborées avec soin et qui ne prennent pas en compte les implications éthiques, ont la capacité de détruire des communautés entières, de créer des nouveaux modèles d'inégalités de répartition, et de rendre des populations, déjà déracinées par d'autres conflits politiques et idéologiques, encore plus vulnérables.

Avec la publication récente du Rapport spécial du GIEC sur le réchauffement climatique de 1,5°C, la Déclaration est plus que jamais nécessaire. Les conclusions du rapport présentent les arguments les plus convaincants en faveur de la devise de l'UNESCO « Changer les esprits, pas le climat » : changer la façon dont nous mesurons la réussite économique, changer la façon dont nous élaborons les politiques publiques, prendre en compte les services économiques vitaux, changer notre façon d'éduquer les générations actuelles et futures. Les dimensions éthiques de nos choix de croissance et de développement sont au cœur de ce changement transformateur. Par conséquent, des questions telles que « quelles valeurs choisirons-nous pour guider nos choix économiques, politiques et individuels », « dans quel type de société voulons-nous vivre et quel type de monde voulons-nous transmettre aux générations futures » sont cruciales pour lutter contre le changement climatique et difficiles à aborder sans l'aide de la Déclaration de principes éthiques en rapport avec le changement climatique.

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