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Un programme mauricien fait découvrir la mer aux élèves pour protéger les récifs coralliens

10 Décembre 2018

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© Reef Conservation

Cette année, la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP24), qui se tient à Katowice, en Pologne, appelle de nouveau à agir d’urgence après une année marquée par des catastrophes climatiques dévastatrices aux quatre coins du monde. Elle consacrera une journée, le 13 décembre 2018, au rôle central joué par l’éducation. L’île Maurice est un exemple concret de la façon dont les individus évoluent et font évoluer leurs modes de vie grâce à l’éducation pour atténuer les pires effets du changement climatique.

Lorsque les membres de Reef Conservation ont démarré en 2004 leurs activités visant à promouvoir l’utilisation durable de la biodiversité et des écosystèmes côtiers et marins à Maurice, ils ont rencontré un obstacle majeur : la plupart des populations locales ne savaient pas nager et n’avaient aucunes connaissances de base sur la vie sous-marine.

« Bien que nous soyons un petit État insulaire en développement entouré d’eau où la pêche artisanale est beaucoup pratiquée, peu de gens savent nager. Par conséquent, ils ne savent pas grand-chose de la vie sous la surface de l’eau ni des écosystèmes marins, or on ne peut protéger ce que l’on ne comprend pas », a expliqué la directrice du projet, Kathy Young.

Ainsi, avec une méthode un peu originale, les membres de Reef Conservation (un des candidats au Prix UNESCO-Japon d’éducation en vue du développement durable en 2018) ont décidé de faire découvrir la mer et sa biodiversité à la population. C’est ainsi qu’est né Bis Lamer (qu’on pourrait traduire par le « Bus de la mer ») en 2014, une unité d’éducation mobile qui offre un apprentissage interactif aux individus de tous les âges et de toutes les communautés sur le territoire de l’île.

L’ONG suit une approche fondée sur les partenariats et emploie des biologistes professionnels qualifiés ainsi qu’un personnel formé afin de mettre en œuvre des projets dans quatre domaines d’action : formation ; éducation et sensibilisation ; recherche et suivi ; communauté et conservation.

« Outre une certaine peur de l’eau parmi les Mauriciens, il existe très peu de programmes relatifs à la mer dans les écoles et les institutions et ce thème n’est pas vraiment traité dans les manuels scolaires », a dit le coordonnateur de l’éducation et de la formation, Sameer Kaudeer.

Enseignement et apprentissage pratiques

Cela est en train de changer, et Reef Conservation favorise et contribue à ce changement en offrant un enseignement et un apprentissage pratiques sur les thématiques côtières et marines, notamment la chaîne alimentaire et la croissance des coraux, le tout dans la perspective de montrer en quoi les changements climatiques peuvent affecter une île comme Maurice.

« Au cours d’une séance type, nous pouvons commencer par examiner le plancton au microscope ou utiliser des écrans tactiles interactifs pour naviguer à l’intérieur du récif de corail et voir les bébés coraux au premier stade de leur développement », a dit Sameer.

« Nous avons des jeux de pêche où les élèves apprennent les tailles minimales auxquelles les différents poissons peuvent être pêchés, et un jeu où une tortue doit éviter le plastique pour se nourrir de méduses. Ensuite, nous étudions comment le plastique affecte l’écosystème et les différentes espèces. Le fait de découvrir comment le plastique que nous jetons peut retrouver son chemin vers nos assiettes, ainsi que l’existence de microbilles dans la plupart des produits cosmétiques, semble toujours avoir beaucoup d’impact sur les personnes présentes. »

Exploiter les ressources naturelles de façon durable

Le programme collabore également avec les communautés côtières afin d’expliquer aux pêcheurs le cycle de vie des espèces marines et comment exploiter leurs ressources naturelles de façon plus durable.

L’île, qui a connu un développement très rapide en raison de l’industrie sucrière, fait désormais face à de nouveaux défis de développement liés au tourisme qui exerce une pression croissante sur ses ressources naturelles.

« Nous avons mis au point deux stages de formation délivrant des certificats approuvés par l’Autorité mauricienne des qualifications à l’intention des tour-opérateurs, des hôtels, des exploitants de bateaux d’excursion et de tous les acteurs du secteur touristique », a dit Kathy. 

« L’industrie touristique s’intéresse de plus en plus aux écosystèmes et davantage de compagnies veulent savoir ce qu’elles devraient dire à leurs clients. Nous travaillons avec les chaînes d’hôtels en leur fournissant des outils d’apprentissage et des matériels pédagogiques pour les clubs d’enfants, ainsi que des panneaux d’information pour les plages qui présentent les bonnes et les mauvaises pratiques », a-t-elle dit.

Depuis son lancement, Bis Lamer a atteint 32 021 personnes, dont 23 236 élèves et 8 785 adultes.

À l’avenir, ils voudraient mettre en place un deuxième bus pour élargir et approfondir leur méthode.

« Nous avons encore beaucoup de monde à sensibiliser, et nous voulons continuer de travailler avec les enfants tout au long de leur scolarité », a dit Kathy. « Nous voulons aussi élargir l’équipe et être capables de couvrir davantage de sujets et d’offrir une approche plus globale étant donné que tous nos écosystèmes sont liés. Bien que pour le moment, nous soyons axés sur les écosystèmes côtiers et marins, nous commençons également à nous pencher sur les ressources en eau douce qui sont liées à l’océan. »

Davantage d’attention sera portée aux efforts visant à intégrer le programme Bis Lamer dans les programmes de formation des enseignants dispensés par l’Institut mauricien d’éducation, ainsi qu’au renforcement du suivi et de l’évaluation du programme.

« Nous pouvons voir que le programme fonctionne car lorsque nous organisons des journées portes ouvertes, les enfants sont capables de répondre avec assurance aux questions qui leur sont posées au sujet des récifs coralliens. Nous pouvons constater que les informations ont été absorbées mais nous devons être en mesure de le prouver de façon systématique. Nous avons définitivement besoin d’un mécanisme pour évaluer l’effet du programme sur les changements de comportement », a dit Kathy.

Par ailleurs, Bis Lamer reçoit de nombreuses demandes d’écoles et d’institutions qui l’invitent à revenir année après année pour conduire des séances de sensibilisation.

Les participants ne cessent d’apprendre tout au long de leur vie grâce à un vivier de bénévoles engagés qui sont toujours prêts à aider l’équipe du Bis Lamer afin de promouvoir la conservation et les actions durables.

L’éducation est l’élément le plus puissant pour préparer les sociétés aux défis mondiaux posés par le changement climatique. Elle donne aux individus, aux communautés et au grand public les connaissances, les compétences et les attitudes nécessaires pour participer à la construction de sociétés vertes, à faibles émissions et résilientes face au changement climatique. L’UNESCO encourage l’éducation au changement climatique dans le cadre de son programme d’éducation en vue du développement durable (EDD). Lors de la Journée de l’éducation à la COP24 le 13 décembre 2018, l’UNESCO et ses partenaires organiseront une série de manifestations pour promouvoir l’éducation et en particulier l’EDD en tant que partie intégrante de toute stratégie visant à lutter contre les effets du changement climatique, mettre en pratique un accord mondial et atteindre les Objectifs de développement durable.