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Questions-réponses : Promouvoir l’enseignement de l’Holocauste et des génocides en Indonésie

15/04/2021

Baskara T. Wardaya est Directeur du Centre pour les études sur la démocratie et les droits de l’homme (PUSDEMA) de l’Université Sanata Dharma de Yogyakarta, en Indonésie. En 2017, il a participé avec une équipe d’éducateurs indonésiens à la Conférence internationale sur l’Éducation et l’Holocauste, un programme de renforcement des capacités organisé par l’UNESCO et par le Musée Mémorial de l’Holocauste des États-Unis qui a pour but de faire progresser l’enseignement de l’Holocauste et des génocides à travers le monde. M. Baskara a continué à promouvoir l’enseignement de l’Holocauste et des génocides a Bahasa, en Indonésie et il a maintenant publié un livre intitulé « Memori Genosida » sur la mémoire et le génocide, destiné au public indonésien.

Q : Pouvez-vous expliquer pourquoi vous avez décidé de publier en indonésien un livre sur le génocide et la mémoire, insistant en particulier sur l’Holocauste ? Comment ce sujet résonne-t-il auprès du public indonésien ?

R : Tout d’abord, nous savons tous que l’Holocauste n’est pas un problème qui concerne seulement ses victimes et leurs familles. C’est un problème qui concerne l’humanité. C’est un problème qui nous concerne tous. Pour cette raison, tout le monde - y compris nous, les Indonésiens - a besoin d’en apprendre davantage sur ce sujet et d’en tirer des enseignements. Nous devons dégager le plus d’enseignements possibles de l’Holocauste. Comme il semble que de nombreux Indonésiens ne soient toujours pas tout à fait familiarisés avec l’Holocauste, nous voulons les aider à s’informer davantage sur ce sujet.

Q : Quel est le lien entre ce projet de livre et votre participation à la Conférence internationale sur l’Éducation et l’Holocauste (ICEH) 2017 organisée par l’UNESCO et le Musée Mémorial de l’Holocauste des États-Unis (USHMM) ?

R : Lorsqu’en 2017, j’ai assisté à l’ICEH à Washington DC, aux Etats-Unis, avec les autres membres de mon équipe, nous avons constaté que les sujets et les méthodes utilisées étaient très intéressants et utiles. Inspirés par la conférence, nous avons engagé une discussion sur la tenue d’un projet similaire, mais dans le contexte indonésien, en particulier dans le contexte historique indonésien. Nous avons ensuite soumis une proposition de projet au comité de l’ICEH. Après quelques révisions et discussions, la proposition a été acceptée. L’UNESCO et l’USHMM étaient prêts à nous aider par des conseils et des financements. Nous leur en sommes très reconnaissants. Une grande partie du contenu du livre provient de discussions que nous avons eues au cours du séminaire et de l’atelier organisés à l’intention des enseignants, des étudiants et des chercheurs en droits de l’homme indonésiens, qui font partie d’un projet de suivi de notre participation à l’ICEH. Certains participants sont devenus des contributeurs.

Q : Quels sont les thèmes que les contributeurs et vous-même mettez en avant et dont vous discutez dans le livre ? Quel est le rapport entre les thèmes du livre et le contexte indonésien ?

R : Le livre intitulé « Memori Genosida » [en anglais : « Genocide Memory » (Mémoire de génocide)], présente au lecteur de multiples perspectives sur l’Holocauste et les génocides, soulignant la complexité des développements historiques qui s’y rapportent. Tout d’abord, l’Holocauste n’est pas apparu subitement. Il s’est produit progressivement, surtout lorsque les gens ont commencé à considérer comme « autres » ceux qui étaient différents d’eux et se sont mis à faire de la discrimination à leur encontre. En outre, ceux qui ont participé aux violences pendant l’Holocauste n’étaient pas nécessairement des « monstres » ; ce pouvait être des gens ordinaires qui étaient témoins d’injustices autour d’eux, mais qui ne faisaient rien. Troisièmement, si c’est le cas, quelque chose de semblable à l’Holocauste pourrait se produire non seulement en Europe, mais aussi n’importe où dans le monde, y compris en Indonésie. Cela pourrait se produire non pas seulement dans les années 1930 ou 1940, mais aujourd’hui aussi.

En tant que nation-archipel, l’Indonésie est très diversifiée au plan ethnique, linguistique, religieux, etc. C’est pourquoi le pays présente un risque accru de conflits provoqués par ceux qui mettent en avant ces différences. Nous avons vu cela se produire dans le passé. Nous devons donc nous éduquer les uns les autres pour ne pas faire de discrimination à l’encontre des gens qui sont différents de nous sur le plan ethnique, linguistique ou religieux. Nous devons également prévenir les injustices autour de nous avant qu’il soit trop tard pour les arrêter.

Ce livre a été écrit spécialement à l’intention des jeunes indonésiens, tels que les lycéens et les étudiants, en étroite collaboration avec des enseignants du secondaire et des professeurs d’université. Mais des publics plus larges en bénéficieront aussi.

Étant donné que certains des contributeurs de ce livre travaillent sur l’impact des violations des droits de l’homme qui ont eu lieu en Indonésie pendant la purge anticommuniste de 1965, la lecture et la discussion de la littérature sur l’Holocauste nous aident à remettre la violence de la purge dans une perspective plus large.
Le livre a été présenté au public indonésien et international lors d’un lancement virtuel le 26 mars 2021. Des participants ont pris part à l’événement dans tout le pays, avec des présentations d’enseignants locaux, d’avocats et de spécialistes des droits de l’homme, y compris de la seule femme membre de la Commission nationale indonésienne pour les droits de l’homme.

L’UNESCO promeut l’enseignement de l’Holocauste et des génocides à travers le monde grâce au programme d’éducation à la citoyenneté mondiale de l’Organisation. Dans le cadre de la Conférence internationale sur l’Éducation et l’Holocauste, l’UNESCO et le Musée Mémorial de l’Holocauste des États-Unis soutiennent les acteurs de l’éducation à travers le monde dans l’élaboration et la mise en œuvre d’approches éducatives sensibles au contexte pour faire face aux passés violents et prévenir les génocides. Les deux programmes de formation de 2015 et 2017 ont abouti à la mise en place de 16 initiatives d’enseignement de l’Holocauste et des génocides dans 17 pays. Avec le financement du gouvernement canadien, l’UNESCO et le Musée Mémorial de l’Holocauste des États-Unis lancent maintenant un nouveau cycle de projet, qui sera mis en œuvre au cours des trois prochaines années. En savoir plus.