Rencontre avec Angel et Fatma, émancipées grâce à l’éducation en Tanzanie

22/01/2021

« Si une femme est sans instruction, sans travail, si elle doute d’elle-même et ne peut pas tenir debout sur ses deux jambes, la vie peut être cruelle pour elle » déclare Asela Mataba, la mère d’Angel. Angel, 17 ans, fait ses études à l’école secondaire Ngweli de Sengerema, en Tanzanie.

Avec ses 32 %, la Tanzanie présente l’un des plus faibles taux de scolarisation dans l’enseignement secondaire d’Afrique et elle est confrontée à des défis concernant le passage de l’école primaire au secondaire. C’est tout particulièrement le cas pour les filles.

Alors que des progrès ont été accomplis pour mettre un terme au mariage des enfants et accroître l’accès à l’éducation pour les filles et les garçons, la crise de la COVID-19 a exacerbé les défis auxquels les filles sont confrontées. Il s’agit notamment des normes et des pratiques socioculturelles profondément ancrées, institutionnalisées dans la société et dans le système éducatif, qui limitent de ce fait les possibilités pour les filles d’accéder à l’école, de ne pas décrocher et d’aller jusqu’au bout de leurs études.

  

Angel apprend à croire en elle-même

Les préjugés fondés sur le genre empêchent souvent les filles d’étudier les matières scientifiques, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques (STEM), ce qui se traduit par une faible représentation féminine dans ces carrières. En Tanzanie, de mauvaises pratiques pédagogiques ont entraîné ces dernières années une discrimination et des performances plus faibles chez les filles que chez les garçons aux examens nationaux, dans les disciplines des mathématiques et des sciences.

Pour combattre les stéréotypes et les préjugés socioculturels qui renforcent l’idée que les matières scientifiques sont réservées aux garçons et difficiles pour les filles, les enseignants de l’école d’Angel ont reçu une formation à la pédagogie sensible au genre qui leur a appris à enseigner en tenant compte des besoins d’apprentissage spécifiques des filles et des garçons. Après avoir suivi cette formation, les enseignants ont encouragé davantage de filles à participer aux activités scientifiques.

Grâce au soutien de son professeur, les résultats scolaires d’Angel se sont améliorés, comme elle le dit elle-même : « Angel, tu ne n’échouera pas ». Elle a cru en elle-même et au fait que les filles peuvent réussir aussi bien que les garçons dans les matières STEM. « J’ai été première en physique ce trimestre » dit Angel.

Angel participe également aux activités d’un club de jeunes où les élèves font entendre leur voix sur les questions qui concernent leur éducation et leur vie. Les membres du club acquièrent aussi de nouvelles compétences, reçoivent des formations en éducation complète à la sexualité et en entrepreneuriat et ont accès à des possibilités de mentorat. Angel aide à gérer la cantine scolaire avec les 62 autres membres du club de jeunes, appliquant ainsi les compétences acquises dans le domaine de l’entrepreneuriat.

Une deuxième chance pour Fatma

« Les adolescentes et les jeunes mères qui abandonnent l’école sont souvent découragées de poursuivre leurs études » explique Mkasi Ally, animatrice d’apprentissage de Fatma. Fatma, 24 ans, avait abandonné les études, et comme beaucoup de filles et de jeunes femmes qui ont cessé leurs études, elle pensait que c’était la fin de tous ses rêves.

Pour les jeunes filles tanzaniennes sans instruction, sans connaissances ou compétences utiles pour l’emploi, les perspectives sont limitées. L’absence de possibilités de développement des compétences entrepreneuriales et professionnelles au niveau local entrave encore davantage la possibilité pour ces jeunes femmes de s’engager dans un emploi ou un travail indépendant significatif après avoir abandonné l’école.

« Lorsqu’elles quittent l’école, la plupart des filles n’ont d’autre choix que se marier » explique Mohamed Khamis, le père de Fatma. « Quand ce programme a été lancé, cela m’a donné l’espoir que Fatma ait une possibilité de continuer à apprendre. »

Fatma a rejoint un centre communautaire pour les jeunes où l’on enseigne les compétences de base en alphabétisation, numératie et l’utilisation du numérique. « Avant de rejoindre le programme, je ne savais pas lire une phrase complète » dit Fatma. « Maintenant, je sais lire et écrire et je peux aider les autres à apprendre à lire. Elle a également acquis des compétences numériques telles que l’utilisation de tablettes pour accéder à d’autres supports d’apprentissage, ainsi que des compétences d’entrepreneuriat et professionnelles.

Fatma a bénéficié d’une deuxième chance de poursuivre son rêve. « J’ai l’intention d’ouvrir un magasin pour vendre mes produits et apprendre à d’autres jeunes femmes à coudre » dit-elle.

L’apprentissage en période de COVID-19

Pour limiter la propagation du virus, les écoles de Tanzanie ont été fermées pendant quatre mois, de mars à juin 2020. Les études d’Angel et de Fatma ont été interrompues pendant cette période.

« La COVID-19 a perturbé notre apprentissage » ont déclaré Angel et ses pairs. « Nous n’avons pas pu obtenir d’aide de la part de nos pairs ou de nos enseignants, sauf par la communication mobile. Beaucoup d’entre nous n’ont pas accès à des appareils mobiles personnels. » Lorsque les écoles ont rouvert, Angel a été heureuse de retourner à l’école. Cependant, elle et ses pairs ont perdu des heures d’enseignement pendant la fermeture des écoles et elles ont dû étudier en dehors des horaires scolaires pour rattraper le retard du programme d’enseignement.

Les cours de Fatma au centre communautaire pour jeunes ont également été suspendus, mais elle a continué à pratiquer la couture depuis chez elle. Quelques-unes de ses paires sont venues au centre et ont fabriqué des masques destinés à la vente.

Au plus fort de la pandémie, l’UNESCO estime que plus de 13 millions d’apprenants de Tanzanie n’ont pas été scolarisés, dont près de 7 millions de filles et de jeunes femmes. La Tanzanie a été le premier pays d’Afrique de l’Est à rouvrir ses écoles en juin 2020, et le Programme conjoint continue de travailler avec les communautés pour faire en sorte que les filles poursuivent leurs études.

Les communautés contribuent à promouvoir l’éducation des filles

Neema Zakaria, enseignante d’Angel et championne de l’éducation des filles, a mis l’accent sur l’appui aux parents comme clé du soutien à l’éducation des filles. « Nous travaillons en étroite collaboration avec les parents et les tuteurs. Nous discutons des questions qui concernent les adolescentes et leur éducation, par exemple de la violence basée sur le genre à l’école et à la maison. »

L’apprentissage est essentiel pour l’avenir de filles comme Angel et Fatma. « L’éducation est importante pour les emplois et la vie que nous souhaitons. Aujourd’hui, même pour être un bon agriculteur, il faut posséder des connaissances et des compétences dans l’utilisation des engrais pour produire davantage » ont déclaré les membres de la communauté du district de Sengerema.

Les membres de la communauté sont également engagés à créer des cadres d’apprentissage plus sûrs et adaptés aux filles pour les jeunes comme Angel et Fatma. Les paroles de la mère d’Angel résonnent de pair avec les efforts déployés pour aider les filles à poursuivre leur éducation : « Lorsque vous rendez les filles et les femmes autonomes, vous rendez également autonomes les garçons et les hommes, les enfants et tous ceux qui les entourent. »

Le Programme conjoint de l’UNESCO, du FNUAP et d’ONU Femmes applique une approche holistique et multisectorielle destinée à émanciper les filles et les jeunes femmes par une éducation de qualité. Quelque 700 filles et jeunes femmes non scolarisées ont eu accès à des formations dans 20 centres de jeunes de 4 districts, plus de 4 000 filles ont participé à des clubs scolaires de jeunes, et les parents, les enseignants et les communautés se sont engagés à soutenir l’éducation des filles.

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