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Renforcer la voix des communautés autochtones pendant la crise et au-delà

06/08/2020

Une démocratie saine doit reposer sur une communication ouverte. L’indépendance et le pluralisme des médias sont indispensables dans une société où les idées et l’information circulent librement – des citoyens aux décisionnaires, des décisionnaires aux citoyens et entre citoyens – et où l’accès à l’information et aux connaissances est ouvert à tous sans discrimination. Au Mexique, pays qui abrite le plus grand nombre et la plus grande diversité de populations autochtones d’Amérique latine[1], les médias autochtones et communautaires jouent un rôle essentiel en faveur de l’égalité parmi ses différents peuples : ils constituent un média accessible et permettent aux membres des populations locales de s’exprimer et de faire entendre leur voix dans les processus décisionnels. Ces médias contribuent également de manière décisive à stimuler les secteurs de la culture et de la création en donnant accès à des contenus variés, provenant souvent de savoirs ancestraux, dans différentes langues.

Le projet « Concevoir des politiques publiques visant à soutenir les radios autochtones et communautaires au Mexique et à incorporer des contenus autochtones dans les médias publics et commerciaux », mené par l’UNESCO avec le soutien de l’Union européenne, découle de ces convictions. Environ 50 experts, concessionnaires et fonctionnaires d'institutions liées aux médias communautaires et autochtones du Mexique et à leurs problématiques participent à ce projet, qui a pour objectif de concevoir des politiques et des mécanismes pour renforcer ces médias, en faveur de leur durabilité et du développement des capacités des personnes qui y travaillent. Ce projet a aussi comme objectif que les médias communautaires et autochtones produisent et diffusent des contenus non seulement pour leurs propres publics, zones de diffusion, stations et plates-formes de même type, mais également pour les médias d'information commerciaux, publics et de portée nationale, afin que la valeur des différentes expressions culturelles des peuples autochtones et autres groupes communautaires soit mieux perçue et appréciée dans tout le pays.

La crise sanitaire actuelle a encore davantage mis en évidence la nécessité de disposer de médias autochtones et communautaires pour un avenir plus durable, plus résilient et plus démocratique. La pandémie de COVID-19 a déclenché une crise de l’information, lors de laquelle les citoyens ont éprouvé des difficultés à trouver des informations exactes, comprendre des données complexes et déterminer la validité des actualités. Dans un tel climat, les membres autochtones de la société peuvent être particulièrement vulnérables, car les médias « grand public » s’intéressent rarement au fait que ces communautés sont affectées différemment et possèdent d’autres ressources pour faire face à une urgence de cette ampleur.

Le nouveau coronavirus a également menacé la richesse et la diversité des expressions culturelles du Mexique, préservées par les membres des communautés autochtones et créées par des artistes autochtones de tout le pays. Alors que les mesures de confinement accélèrent la transition des contenus culturels vers le numérique, ces formes artistiques indépendantes et moins répandues risquent d’être marginalisées et laissées de côté, principalement en raison d’un accès limité aux technologies ou d’une moindre aptitude à utiliser les nouveaux outils numériques. Ces préoccupations font écho aux aspirations de la Déclaration de Los Pinos [Chapoltepek] adoptée en février dernier au Mexique, qui reconnaît la nécessité d’un soutien accru à la production et à la diffusion de contenus originaux par les médias autochtones. Elle appelle à renforcer la présence des populations autochtones dans les médias en général, notamment en augmentant la part des programmes en langues autochtones. La Déclaration sous-tendra la Décennie internationale des langues autochtones.

Les avantages des médias autochtones et communautaires n’ont jamais été aussi évidents qu’aujourd’hui : ils peuvent sauver des vies, permettre de participer activement à la vie publique, sauvegarder les expressions culturelles et contribuer à instaurer des sociétés plus démocratiques et plus durables. L’UNESCO, aux côtés de la Présidence du Mexique et de l’Union européenne, se fait le porte-voix des communautés autochtones pendant la crise et au-delà.

[1] Groupement pour les droits des minorités : https://minorityrights.org/minorities/indigenous-peoples-4/
 

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