Construire la paix dans l’esprit
des hommes et des femmes

La résilience des jeunes grâce au pouvoir des médias !

12 Août 2019

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© UNESCO-UNOCT

J'ai grandi dans la ville de Ma’an, en Jordanie. Enfant, j'admirais déjà le fait que ma région était unique : on dit que c'est l'une des régions qui reçoit le plus de soleil au monde. Cela me fascinait, et m’a amené à étudier l'ingénierie électrique, avec l’objectif de travailler sur des initiatives d'énergies renouvelables et solaires. Je n’avais malheureusement pas anticipé ce que j’aurais à affronter une fois mon diplôme en poche. « Désolé, cette opportunité n'est ouverte qu'aux hommes », c'est la réponse que je recevais à chaque fois que je postulais à un emploi dans le domaine. J'étais abasourdie d'entendre que « le travail de terrain et les infrastructures ne conviennent pas aux femmes ».

Un jour, j’ai remarqué que l’ONG Al Qantara Center, basée à Ma’an, avait ouvert un nouveau Conseil de la jeunesse et qu’elle cherchait de nouveaux membres. Je l’ai vu comme un signe du destin: si je ne trouvais pas d’emploi comme ingénieur en tant que femme, je pouvais au moins faire entendre ma voix en tant que citoyenne et agir pour remédier au manque d’opportunités dont souffrent les femmes de ma ville. J'ai pris mon courage à deux main et j’ai déposé ma candidature pour les élections du conseil. Quelques semaines plus tard, j’étais non seulement élue pour représenter les jeunes du quartier au conseil municipal de la jeunesse, mais également pour exercer le rôle de vice-présidente du conseil. Les gens m'avaient fait confiance et ils avaient choisi de voter pour une femme! Depuis 2017, je travaille également en tant que coordinatrice de projet au sein d’Al Qantara Center.

Grâce à cette ONG, je rencontre chaque jour des personnes incroyables, qui m’inspirent à développer davantage l’engagement civique des jeunes de Ma’an. J'ai réalisé à quel point la résilience pouvait avoir un impact positif sur une communauté et éloigner les jeunes de toute forme de violence. A travers les actions de l’Al Qantara Center, nous facilitons l’intégration, le dialogue et la diversité culturelle au sein des communautés. Nous défendons les droits des jeunes, et plus particulièrement leur liberté d’expression et leur accès à l’information. C’est dans ce contexte que j’ai eu la chance de participer à une « formation pour formateurs » sur l’éducation aux médias et à l’information (MIL), organisée par le projet conjoint UNESCO-UNOCT « Prévention de l'extrémisme violent par l'autonomisation des jeunes en Jordanie, en Libye, au Maroc et en Tunisie », cofinancé par le Canada, et le projet « Support to Media », financé par l’Union Européenne.

L’éducation aux médias et à l’information permet de comprendre le rôle primordial que jouent l’information et les médias dans notre vie quotidienne, de lire l’actualité et ses sources avec un esprit critique et de considérer les questions éthiques relatives à l’accès et à l’utilisation de l’information. Grâce à l’appui de l’UNESCO et de l’UNOCT, je suis devenue mentor et formatrice en éducation aux médias et à l’information pour des professeurs d’écoles et de clubs de jeunes. Cela m’a également aidé à me perfectionner en tant qu’animatrice et rédactrice en chef au sein de la première radio locale de Ma’an, radio « SAWT AL JANOUB », ce qui me permet de diffuser des messages positifs à destination de la communauté locale chaque matin.

L’éducation aux médias et à l’information est cruciale pour les jeunes Jordaniens, car elle nous permet d’identifier les stéréotypes ou messages négatifs qui sont diffusés dans les médias, et elle nous aide à penser de manière critique dans notre vie quotidienne. Les étudiants qui rejoignent mes formations interactives apprennent à accéder aux informations, à les analyser et à les utiliser judicieusement. Cela les aide également à découvrir de nouvelles plateformes numériques et à s’exprimer sur les médias sociaux. J'essaie de leur apprendre qu'ils peuvent jouer un rôle clé dans la lutte contre les discours haineux et promouvoir des discours positifs grâce à des solutions créatives telles que la production de contenus multimédias. À l'aide de podcasts radio, de vidéos ou d'images, ces reportages sensibilisent les communautés aux problèmes auxquels les jeunes font face et véhiculent des récits positifs sur l'acceptation et la tolérance.

L'UNESCO m'a récemment sélectionné pour participer à un panel sur la consolidation de la paix par les jeunes lors du 5e Forum de Bakou sur le dialogue interculturel, en Azerbaïdjan. Je n’aurais jamais imaginé qu'un événement international de haut niveau, avec des jeunes du monde entier, serait la cause de mon tout premier voyage à l'étranger. Les récits des autres participants m'ont vraiment inspiré. Malgré la diversité, nous sommes tous confrontés aux mêmes problèmes en tant que jeunes et nous travaillons tous à réduire les discours de haine, la discrimination et les stéréotypes dans nos communautés.

Pendant le forum, j'ai été interviewée par la chaîne de TV des Nations Unies. C’était une sensation incroyable de voir qu’une jeune fille comme moi, originaire d’une petite ville du sud de la Jordanie, avait l’occasion de faire entendre sa voix devant le monde entier et de partager son expérience de militante. C'était également formidable pour les bénévoles de mon organisation de voir que leur travail va au-delà de leurs communautés immédiates et que leur initiative inspire d'autres jeunes.

Je suis heureuse de me lever chaque matin pour m'engager avec et pour les jeunes. Je ne pense pas que je serai ingénieur un jour, car je me suis rendue compte que je préfère aider ma communauté. Cependant, je ne regretterai jamais mon choix d'études, car cela m'a appris à penser différemment, à résoudre des problèmes. C’est comme si mon destin avait été écrit dès le début, et qu’il fallait que je traverse ces obstacles pour trouver ma vocation. Je ne travaillerai surement jamais sur les systèmes d’énergie solaire, mais je m’engagerai toujours à ce que la jeunesse de Ma’an continue de rayonner, et de s’engager pour un avenir meilleur.

Haneen Thabetengagée dans les projets « Prévention de l'extrémisme violent par l'autonomisation de la jeunesse en Jordanie, en Libye, au Maroc et en Tunisie » et «Soutien aux médias en Jordanie», et bénévole comme animatrice et rédactrice en chef à la radio « SAWT AL JANOUB ».