Press release

Le Secrétaire général de l’ONU craint une catastrophe éducative alors que l’UNESCO estime que 24 millions d’apprenants risquent d’abandonner l’école

06/08/2020

Le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a lancé aujourd'hui une note d'information intitulée « L'éducation à l'époque du Covid-19 et au-delà », dans laquelle l’ONU souligne que la pandémie a créé la perturbation la plus grave de l'histoire des systèmes éducatifs mondiaux et qu’elle menace une perte d'apprentissage qui pourrait affecter plus d'une génération d'élèves. Les fermetures d'écoles risquent également d'effacer des décennies de progrès, selon cette note qui s'appuie sur les données de l'UNESCO et présente des recommandations sur les moyens d'éviter une catastrophe imminente.

L'Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture a dirigé la rédaction de la note d'orientation du Secrétaire général qui contient des contributions de 15 organisations partenaires.

« Nous étions déjà confrontés à une crise d'apprentissage avant la pandémie », a déclaré M. Guterres, dans une déclaration vidéo pour le lancement de la note d'orientation. « Nous sommes maintenant confrontés à une catastrophe générationnelle qui pourrait gaspiller un potentiel humain incalculable, saper des décennies de progrès et exacerber des inégalités bien ancrées ».

La note appelle les autorités nationales et la communauté internationale à s'unir pour placer l'éducation au premier plan des programmes de relance et protéger les investissements dans l'éducation. Avec cet objectif, l'UNESCO convoquera une session spéciale de la Réunion mondiale sur l'éducation avant la fin de l'année. 

Les données de l'UNESCO montrent que près de 1,6 milliard d'apprenants dans plus de 190 pays, soit 94% de la population concernée, ont été touchés par la fermeture d'établissements d'enseignement au plus fort de la crise, un chiffre qui s'élève à un milliard aujourd'hui. Pas moins d’une centaine de pays n'ont encore annoncé de date de réouverture des établissements.

La note d'information rappelle les projections de l'UNESCO selon lesquelles 24 millions d'apprenants, de l'enseignement pré-primaire à l'enseignement supérieur, risquent de ne pas retrouver le chemin des études en 2020 suite aux fermetures induites par le Covid-19. La majorité des apprenants à risque, soit 5,9 millions, vivent en Asie du sud et de l'ouest ; 5,3 millions se trouvent en Afrique subsaharienne. Ces deux régions étaient déjà confrontées à de graves problèmes d'éducation avant même la pandémie, ce qui risque d'aggraver considérablement leur situation.

Selon l'UNESCO, l'enseignement supérieur connaîtra probablement le taux d'abandon le plus élevé avec une baisse prévue de 3,5% des inscriptions, ce qui se traduira par 7,9 millions d'étudiants en moins. L'enseignement pré-primaire est le deuxième niveau le plus touché, avec une baisse prévue de 2,8% des inscriptions, soit 5 millions d'enfants en moins. Selon ces projections, 0,27% des élèves du primaire et 1,48% des élèves du secondaire, soit 5,2 millions de filles et 5,7 millions de garçons des deux niveaux, risquent d'abandonner l'école.

« Ces résultats soulignent l'urgence d'assurer la continuité de l'apprentissage pour tous face à cette crise sans précédent, en particulier pour les plus vulnérables », souligne Audrey Azoulay, Directrice générale de l'UNESCO. « La note de synthèse appelle à protéger l'investissement dans l'éducation à tous les niveaux et avertit que, selon les estimations de l'UNESCO, la pandémie va accroître d'un tiers le déficit de financement nécessaire pour atteindre l'objectif de développement durable de l'éducation (ODD4), convenu au niveau international pour 2030, dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire inférieur, à partir du déficit déjà stupéfiant de 148 milliards de dollars ».

Les fermetures d'écoles ne nuisent pas seulement à l'éducation. Elles entravent également la fourniture de services essentiels aux enfants et aux communautés, notamment l'accès à une alimentation équilibrée et la capacité des parents à aller travailler. Elles augmentent également les risques de violence à l'égard des femmes et des filles.

Empêcher la crise de l'apprentissage de devenir une catastrophe générationnelle doit devenir une priorité absolue pour les dirigeants mondiaux et pour les parties prenantes de la communauté de l'éducation, indique le document, en soulignant le rôle de l'éducation comme moteur du progrès économique, du développement durable et facteur durable de paix.

La note de synthèse formule des recommandations dans quatre domaines afin d'atténuer les effets de la pandémie :

  1. Arrêter la transmission du virus et planifier minutieusement la réouverture des écoles. Cela implique des mesures de santé et de sécurité, l'attention portée aux besoins des enfants marginalisés, la planification conjointe et la consultation des enseignants, des parents et des populations. L’ONU a publié des orientations pour aider les gouvernements dans cette entreprise complexe.
  2. Protéger le financement de l'éducation et se coordonner pour un meilleur impact. Malgré les contraintes en matière de dépenses publiques, les autorités nationales doivent sanctuariser les budgets de l'éducation et inclure l'instruction dans les plans de relance post-Covid. La communauté internationale doit garantir l'aide publique au développement en faveur de l'éducation. L'allégement, le report et la restructuration de la dette des pays à faible et moyen revenu font partie de la solution pour aider les pays à investir dans l'éducation.
  3. Renforcer la résilience des systèmes éducatifs pour un développement équitable et durable. Le renforcement de la résilience exige de mettre l'accent sur l'équité et l'inclusion, avec des mesures visant à répondre aux besoins des apprenants les plus marginalisés et les plus vulnérables et à garantir que les contraintes économiques et les normes de genre n'empêchent pas les filles de retourner à l'école. Les capacités de gestion des risques doivent être renforcées à tous les niveaux.
  4. Réimaginer l'éducation et accélérer les changements positifs dans l'enseignement et l'apprentissage. L'ampleur des innovations réalisées en peu de temps pour assurer la continuité de l'apprentissage prouve que le changement peut se produire rapidement. Ces innovations ont préparé le terrain pour reconcevoir l'éducation et construire des systèmes plus tournés vers l'avenir, plus inclusifs, plus souples et plus résilients. Les solutions doivent porter sur les pertes d'apprentissage, la prévention des abandons, en particulier des plus marginalisés, et la garantie du bien-être social et émotionnel des apprenants, des enseignants et du personnel éducatif au sens large. Parmi les autres priorités figurent un meilleur soutien à la profession d'enseignant, la suppression des obstacles à la connectivité, l'investissement dans les technologies numériques et la flexibilité des parcours d'apprentissage.

La note d'orientation des Nations Unies est lancée parallèlement à #SaveOurFuture, une campagne menée par dix partenaires, dont l'UNESCO, afin de sensibiliser à l'urgence de l'éducation dans le monde et d'encourager l'augmentation des investissements pour construire des systèmes éducatifs de meilleure qualité, plus inclusifs et plus solides.

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Contact presse : Roni Amelan, r.amelan@unesco.org