Trois ans après sa libération, Mossoul est en plein essor

20/07/2020

La température était élevée mais pas inhabituelle, autour de 45 degrés. Les vents étaient légers, à peine quelques kilomètres à l'heure, mais dans ces brises sèches et chaudes qui balayaient doucement Mossoul ce 21 juillet 2017, il y avait le parfum de quelque chose qui semblait oublié depuis longtemps : c'était la liberté.

En ce jour, il y a trois ans, cette ville irakienne emblématique a été libérée des chaînes de l'extrémisme violent, mettant fin à 36 mois de destruction, de peur et de mort.

Au début de l'année suivante, l'UNESCO s'est engagée sur la voie de la reconstruction et de la réconciliation pour redonner à cette ville riche et diversifiée, dont l'histoire pluraliste se situe au carrefour des cultures et des religions du Moyen-Orient, sa gloire d'antan. En février 2018, lors de la Conférence internationale du Koweït pour la reconstruction de l'Irak, la Directrice générale de l'UNESCO, Audrey Azoulay, a annoncé le lancement de l'initiative phare de l'Organisation, « Faire revivre l'esprit de Mossoul ».  

Message de la Directrice générale de l'UNESCO à l'occasion du troisième anniversaire de la libération de Mossoul

C’est par l’éducation et la culture que les Iraquiens, hommes et femmes à égalité, pourront reprendre leur destin en main et devenir les acteurs du renouveau de leur pays.

Audrey Azoulay, Directrice générale de l'UNESCO

Un an plus tard, l'UNESCO a obtenu l'accès à ce qui allait devenir au printemps 2019 des sites de construction, et depuis lors l’Organisations a fait des progrès dans la sécurisation et la stabilisation des structures clés qui sont maintenant en phase de reconstruction.

Au début, les habitants ne savaient que faire de toute cette agitation. Cependant, à l'automne 2019, lorsque la poussière a commencé à se retirer du site de la mosquée Al Nouri presque détruite et de son minaret Al Hadba, il est devenu évident que l'UNESCO avait mobilisé la communauté internationale non seulement pour célébrer cette ville, mais aussi pour montrer au monde qu'un peuple inextricablement lié à plus de 2000 ans d'histoire ne peut jamais être vaincu.

© UNESCO

«La mosquée Al-Nouri représente une motivation morale et c'est un repère archéologique. Chaque fois que je passe devant, je me sens triste de voir l'un des jalons de la ville détruit. Depuis que nous avons appris que l'UNESCO allait reconstruire cet édifice religieux, nous avons été ravis d'espérer qu'il sera bientôt terminé et que le minaret d'Al-Hadba sera de nouveau debout comme avant.

Mahmoud Ahmad, un Mossouliote

Que signifie « Faire revivre l’esprit de Mossoul » ?

Si vous posez la question à deux ou trois Mossouliotes, vous obtiendrez probablement deux ou trois réponses différentes. Au sujet de cette ville située sur la rive ouest du Tigre et carrefour de l'humanité depuis des millénaires, les opinions abondent.

« La vieille ville et les bâtiments qu'elle abrite sont très importants pour nous en tant que communauté. Les dommages causés par Daesh à nos terres et à nos propriétés ont été considérables et aujourd'hui, vous pouvez voir toutes sortes d'éléments architecturaux historiques importants jonchant les rues et empilés comme des gravats », a déclaré un homme âgé, mossouliote de longue date. « Il est bon de savoir que l'UNESCO enregistrera, enlèvera et entreposera en toute sécurité les objets historiques qui subsistent dans le cadre de ses nouveaux programmes de restauration de la vieille ville ».

« La vieille ville a beaucoup souffert ces dernières années, en particulier le quartier historique où ma famille et moi vivons à Al Khatonia et les quartiers de nos voisins », a déclaré un autre homme, résident de la ville de longue date. 

Nous avons un besoin urgent de reconstruire nos écoles, nos mosquées et nos maisons. Nous sommes très heureux que l'UNESCO et ONU-Habitat nous aident dans cette tâche énorme au cours des prochaines années.

Résident de Mossoul de longue date

En réalité, « Faire revivre l’esprit de Mossoul » est la réponse de l'UNESCO pour rebâtir Mossoul en donnant à la population les moyens d'être des agents de changement impliqués dans le processus de reconstruction de leur ville à travers trois axes principaux : le patrimoine, l'éducation et la vie culturelle. Cette initiative est née avec un message fort d'espoir et de résistance adressé à l'Irak et au monde, un message selon lequel une société inclusive, cohésive et équitable est l'avenir que les Irakiens méritent.

Dans le processus de récupération de Mossoul mis en place par l’UNESCO et financé par les Emirats arabes unis, la première étape a consisté à réhabiliter la mosquée Al-Nouri et son célèbre minaret penché, ainsi que églises Al-Tahera et Al-Saa'a. Au-delà de la réhabilitation des monuments architecturaux, l'initiative inclut la formation sur le terrain de jeunes professionnels, le renforcement des capacités des artisans, des possibilités de création d'emplois et un enseignement technique et professionnel.

© UNESCO

« Faire revivre l’esprit de Mossoul » vise également à garantir un environnement d'apprentissage sûr pour chaque enfant. Dans le cadre du projet « Voix d’enfants de la vielle ville de Mossoul », financé par le Gouvernement du Japon, l’UNESCO travaille à la reconstruction des écoles et à l’autonomisation des enseignants. 

J’étais très jeune quand j’allais à l’école Al Ekhlas et pourtant je ne peux pas oublier toutes ces journées passées à jouer, à dessiner et à apprendre ensemble. Quand les extrémistes violents ont occupé Mossoul, nous ne pouvions plus aller à l’école car ils nous apprenaient à tuer.

Ahmed Mohammed Ali, 12 ans de Mossoul

© UNESCO

En ramenant la musique à Mossoul nous essayons de ramener la vie dans notre ville. La musique c’est la vie.

Akram Al Habib, un violoniste de 39 ans originaire de Mossoul

Avec le Forum du livre de Mossoul, l'UNESCO s’emploie à faire renaître la vie culturelle de Mossoul, en faisant la promotion d’une culture de paix et de réconciliation. En organisant des festivals culturels tels que Culture from Ashes, les Mossouliotes disposent à nouveau d'une plateforme pour les expressions culturelles et créatives. Producteur, écrivain et réalisateur, Bayat a été ravi de voir le cinéma revenir dans les rues de Mossoul pendant le festival. « Cette activité a franchi une étape importante dans le processus de renaissance de l'esprit de Mossoul. Je suis très heureux que nous ayons pu nous réunir et participer à cet événement ».

© UNESCO

Avec le Forum du livre de Mossoul, l'UNESCO s’emploie à faire renaître la vie culturelle de Mossoul, en faisant la promotion d’une culture de paix et de réconciliation. En organisant des festivals culturels tels que Culture from Ashes, les Mossouliotes disposent à nouveau d'une plateforme pour les expressions culturelles et créatives. Producteur, écrivain et réalisateur, Bayat a été ravi de voir le cinéma revenir dans les rues de Mossoul pendant le festival. « Cette activité a franchi une étape importante dans le processus de renaissance de l'esprit de Mossoul. Je suis très heureux que nous ayons pu nous réunir et participer à cet événement ».

Reconstruire les monuments et les infrastructures est une chose, mais il faut songer à la reconstruction des esprits et des mentalités.

Harith Yaseen Abdulqader, co-fondateur du Forum du Livre de Mossoul.

Quelle est la prochaine étape ?

L'UNESCO lancera un concours international d'architecture pour la reconstruction de la mosquée Al-Nouri. Le concours prendra en compte les contributions des habitants de la ville qui seront invités à participer à une consultation à grande échelle concernant les principales options de reconstruction du minaret et de la mosquée. 

L'UNESCO a également commencé à travailler sur la réhabilitation de la mosquée Al-Aghawat, financée par l'Allemagne, et sur la réhabilitation des anciennes maisons de la vieille ville, financée par l'Union européenne. Avec son Fonds d'urgence pour le patrimoine, l'UNESCO a appuyé la cartographie du patrimoine urbain de Mossoul par le biais d’une étude globale du tissu urbain historique de la ville.

 

© UNESCO

Dans le cadre d'un projet financé par le Japon, l'UNESCO encourage la création d'emplois durables pour les jeunes grâce à une formation technique et professionnelle (TVET) de qualité pour les ouvriers qualifiés du bâtiment. Toujours avec le Japon et Educate a Child (Qatar), l'UNESCO poursuivra son travail afin d’assurer une éducation de qualité à tous les enfants.

Le calendrier de ces activités dépendra de la réponse de Mossoul à l’épidémie de COVID-19. 

À travers tous ses projets, l'UNESCO travaille main dans la main avec l'Irak pour atteindre les mêmes objectifs : protéger, reconstruire et éduquer. En effet, dans la lutte contre l’extrémisme violent et pour instaurer la paix et la réconciliation, la culture et l’éducation sont les seules réponses de long terme.

Cette initiative est rendue possible grâce à la généreuse contribution et au soutien des Émirats arabes unis, du gouvernement allemand, du gouvernement japonais, du gouvernement du Qatar, du gouvernement canadien, du Royaume des Pays-Bas, de l'Union européenne et du gouvernement flamand.

Ensemble, nous allons faire renaître la gloire remarquable de l'une des plus anciennes villes du monde.