L'UNESCO et la Banque mondiale placent la culture au cœur des processus de reconstruction et de redressement des villes durant le 9ème Forum urbain mondial en Malaisie

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© UNESCO
13 Février 2018
Le 10 février, à Kuala Lumpur, en Malaisie, l'UNESCO et la Banque mondiale ont organisé un événement conjoint intitulé « Culture, redressement et reconstruction ». L'événement a réuni des Maires, des praticiens au niveau des villes, des représentants d'organisations internationales, des experts internationaux et des représentants de la société civile pour discuter des principes directeurs d'un cadre de reconstruction et de redressement des villes fondé sur la culture. Le débat visait à informer le public du projet de Livre blanc que l'UNESCO et la Banque mondiale élaborent pour intégrer la culture en tant que facilitateur et moteur de la reconstruction et du redressement des villes en situation de post-conflit et de post-catastrophe.
M. Lazare Eloundou Assomo, Directeur adjoint du Centre du patrimoine mondial de l'UNESCO et Ahmed Eiweida, Responsable du patrimoine culturel et du tourisme durable de la Banque mondiale, ont rappelé qu’aujourd’hui 66 millions de personnes sont déplacées, parmi lesquelles un tiers vit dans des villes. Ce nombre devrait augmenter considérablement en raison de la fréquence accrue des catastrophes naturelles et de la poursuite des conflits. Leur introduction conjointe au Livre blanc, a souligné que « la culture, grâce au patrimoine et à la créativité, incarne les identités et le sentiment d'appartenance des communautés et peut être une ressource clé pour la reconstruction et le redressement des villes ». 
M. Sameh Wahba, Directeur des Pratiques mondiales sociales, urbaines, rurales et de résilience de la Banque mondiale, a présenté le cadre novateur proposé conjointement par la Banque mondiale et l'UNESCO et a expliqué que «la culture devrait être placée au cœur des processus de reconstruction et de redressement par l’intégration du patrimoine naturel, du patrimoine immatériel et de la créativité, dans des stratégies reposant sur des approches à la fois centrées sur les personnes et sur les lieux ». S’appuyant sur l'approche des «3-P» du Rapport mondial de l'UNESCO «Culture : Futur urbain», la réponse aux défis auxquels sont confrontées les villes doit reposer sur la culture en tant que ressource, atout et outil clé.
Mme Jennifer Semakula-Musisi, Directrice exécutive de la ville de Kampala, a souligné l'importance de la culture pour le redressement post-conflit en Ouganda, pays qui comprend non seulement une population très diverse culturellement, mais qui accueille également 1,4 million de réfugiés en provenance des sous-régions. Jennifer Semakula-Musisi a présenté l'expérience de Kampala, tout en soulignant la nécessité d'impliquer les communautés dans le processus de redressement, pour permettre sa durabilité, et a ajouté que « la culture est essentielle pour reconstruire l'esprit des personnes ». Des initiatives sont ainsi organisées à Kampala dans ce sens, par exemple à travers l'organisation du Festival de Kampala, mais aussi à travers la construction de monuments symboliques clés : « la culture est un point de ralliement, un outil essentiel pour se sentir chez soi et faire partie de la société dans son ensemble ». La culture est donc essentielle pour promouvoir une compréhension partagée, l'inclusion sociale, la réconciliation, l'engagement de tous les citoyens et notamment les jeunes.
La transformation urbaine de Santa Fe en Argentine, a été exposée par son Maire, M. José Manuel Corral, qui a présenté les éléments clés de la régénération des principaux éléments de la ville, y compris son port. Le Maire a souligné l'importance stratégique du rôle de la culture en tant que symbole et référence clé de la mémoire collective des citoyens, qui doivent non seulement guérir du traumatisme des catastrophes mais aussi adopter des stratégies de relance prospectives pour qu’un patrimoine nouveau puisse être créé et de nouvelles institutions établies. José Manuel Corral a souligné que « la culture est un atout fondamental pour le redressement des populations, en particulier des groupes marginalisés les plus vulnérables à la suite de catastrophes ».
M. Eric Huybrechts, architecte et urbaniste, Directeur des affaires internationales de l'Institut d'Aménagement et d'Urbanisme d'Île-de-France, France, a mis en avant le fait que la culture a apporté des solutions aux chocs urbains et à la détresse de nombreuses villes dans le monde, y compris Beyrouth, Phnom Penh et Rio de Janeiro. Ainsi, la composante culture des stratégies de régénération urbaine peut en effet renforcer le sentiment d'appropriation et d'appartenance dans des zones qui n'avaient pas pu auparavant bénéficier d'espaces publics et de services culturels de qualité. Eric Huybrechts a par ailleurs reconnu que le « Livre blanc est un pas en avant important car il reflète un changement institutionnel dont l’objectif est d'intégrer une approche centrée sur les personnes et des stratégies basées sur les lieux ».
 
Mme Catherine Cullen, Conseillère spéciale pour la culture et les villes durables des Cités et Gouvernements Locaux Unis (CGLU) et ancienne Adjointe pour la culture de la Maire de Lille, France, a souligné le rôle fondamental de la culture en tant que quatrième pilier du développement durable, et a rappelé les principes clés de l'Agenda 21 pour la culture. Catherine Cullen a souligné également les dimensions économiques, sociales et environnementales de l'impact du patrimoine culturel et de la créativité.
Mme Mizuko Ugo, professeur dans le domaine de la conservation du patrimoine culturel au Tokyo Gakushuin Women's College, a présenté l'étude de cas de Tokyo, qui constituera un chapitre du Livre blanc, comme l’illustration d'un effort de redressement important, après la Seconde Guerre mondiale.
En conclusion, Lazare Eloundou Assomo a remercié les participants pour leurs contributions au Livre blanc. Les discussions échangées au cours de l’événement ont montré qu'une nouvelle approche intégrée de la reconstruction et du redressement des villes est nécessaire. Celle-ci doit inclure la protection du patrimoine culturel et la promotion de la créativité par le biais d'une approche axée sur les personnes et les lieux, pour que les villes de demain soient inclusives, résilientes et compétitives.