L’UNESCO et l’ONU-Habitat appuient le plaidoyer pour la culture en faveur des villes durables au Forum Urbain Mondial

13 Février 2018

À mesure que les villes grandissent, et l’urbanisation de présenter de nouveaux défis, la culture a un rôle stratégique pour innover les politiques urbaines en faveur de méthodes qui soient davantage axées sur les populations. Pour ce faire, l’UNESCO et l’ONU-Habitat organisaient ensemble une session spéciale intitulée « La diversité et la culture, leviers pour façonner des villes pour tous » le 9 février 2018, dans le cadre de la Neuvième Session du Forum Urbain Mondial qui s’est tenue à Kuala Lumpur en Malaisie.

Ensemble, plusieurs experts ont appuyé le plaidoyer en faveur du rôle essentiel de la culture pour construire des villes durables, inclusives et résilientes. L’impact transversal de la culture s’illustre en effet à travers différents objectifs et cibles contribuant à la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030, et au Nouveau Programmes pour les villes adopté lors de conférence Habitat III en 2016. 

« La diversité culturelle doit être vue dans ses formes multiples, par lesquelles les cultures des groupes et des sociétés trouvent leur expression » a déclaré Jyoti Hosagrahar, directrice de la division pour la créativité à l’UNESCO. Elle a souligné que la culture devait être comprise dans son sens le plus large. La culture englobe le patrimoine bâti et le patrimoine immatériel, ainsi que les industries culturelles et créatives. Elle mobilise également des cadres normatifs par le biais des Conventions de l’UNESCO dans le domaine de la culture et d’autres programmes, ainsi que les réseaux de villes de l’UNESCO, tel quel le Réseau des villes créatives de l’UNESCO.

« La culture est un élément clef pour humaniser les villes » a exprimé Christine Musisi, directrice des relations internationales à l’ONU-Habitat. La culture « incarne le visage humain du développement urbain » a ajouté Christophe Lalande, directeur du département du logement à l’ONU-Habitat. Le panel a mis l’accent sur le fait que la culture devait être reconnue comme un processus dynamique d’hybridation et de réinvention, plutôt que la percevoir comme une image statique dont l’intégrité doit être protégée.

Une série d’exemples est venue illustrer des manières dont les stratégies motivées par la culture contribuent à des modèles de gouvernance axées sur les populations à travers une démarche ascendante (dite bottom-up) et une planification participative. Virginio Merola, maire de Bologne en Italie – Ville créative de musique de l’UNESCO – a souligné que la principale responsabilité des maires et des pouvoirs locaux est de renforcer des « urbanités communes » et de construire des conditions favorables pour que les personnes de milieux social, culturel et générationnel différents puissent, pacifiquement, vivre ensemble. C’est en s’appuyant sur une large reconnaissance de la diversité culturelle que les citoyens de Bologne ont, clefs en main, la gestion de jardins publics ou d’immeubles, et peuvent offrir des services sociaux, avec un soutien de la municipalité. Afin de décloisonner certains quartiers, et ainsi faciliter une participation à la vie urbaine et renforcer le dialogue entre les différents citadins, les projets de coopérative d’habitation de Bologne réunissent ensemble bolonais et autres communautés culturelles récemment arrivées en ville.

L’accent a également été mis sur la culture en tant que fondement essentiel pour la résilience, particulièrement dans des situations de post-conflit ou de post-catastrophe. « Sans la culture, les populations ne peuvent pas se rétablir de catastrophes » a déclaré Lazare Eloundou Assomo, directeur adjoint du Centre du patrimoine mondial de l’UNESCO. Ce dernier a décrit les efforts déployés par l’UNESCO pour soutenir les communautés à Tombouctou, au Mali, qui appelaient à retrouver leur patrimoine culturel après la période de conflit qui engendré la destruction et les dommages subis par de nombreux mausolées de la ville. S’appuyer sur la connaissance culturelle des populations qu’elles ont de l’environnement ou des méthodes de construction peut également représenter un levier important pour encourager la préparation aux risques, tel qu’illustré par le projet CRAterre à Bam en Iran.

Le rôle des expressions culturelles en devenir a également été souligné, car elles agissent comme de véritables incubateurs de talents, en ouvrant non seulement un accès aux contenus culturels, mais également en soutenant le développement des compétences et le renforcement des capacités des acteurs locaux. « Nous avons besoin d’un lieu où vivre, mais aussi de quelque chose qui nous pousse à vivre » a affirmé Shaine Shapiro, directeur général de Sound Diplomacy, se référant aux projets de proximité conduits dans le monde entier pour cartographier l’industrie de la musique afin de soutenir les communautés à appuyer leur secteur créatif.  

Pour ce faire, la culture doit être intégrée aux premières étapes de l’aménagement du territoire, afin de répondre aux besoins des citadins dans une démarche prospective, mais également d’élaborer des espaces publics de qualité pour que les communautés soient plus à même de participer au secteur créatif.

Les panélistes et participants ont ensemble appelé à davantage appuyer le plaidoyer en faveur de la culture, particulièrement auprès des maires et des pouvoirs locaux. Dans cette perspective, l’importance de mesurer l’actuelle contribution de la culture aux processus de développement urbain a été souligné, s’appuyant non seulement sur sa valeur économique, mais également sur son impact sur l’éducation, le bien-être des populations, la résilience et l’inclusion sociale.