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Les universités s'attaquent à l'impact du COVID-19 sur les étudiant.e.s défavorisé.e.s

07/05/2020
03 - Good Health & Well Being
04 - Quality Education
16 - Peace, Justice and Strong Institutions

La coopération entre l'UNESCO et ses Chaires traitant des droits humains et des questions d'inclusion sociale découle de la nécessité de mieux comprendre l'impact social du COVID-19 sur les segments les plus vulnérables de la population et les mesures d'atténuation adoptées jusqu'à présent. 

Avec la fermeture des établissements scolaires à tous les niveaux dans 191 pays, l'apprentissage se poursuit à distance et notamment grâce aux solutions numériques. Pourtant, pour de nombreux étudiant.e.s de l'enseignement supérieur, l'apprentissage en ligne n'est pas une option.

Surmonter la fracture numérique et économique

Le premier obstacle est la fracture numérique. Selon l'Union internationale des télécommunications des Nations Unies, avant l'épidémie de COVID-19, seuls 47% de la population des pays en développement utilisaient l'Internet - contre 86% de la population des pays développés. Comme le souligne la Chaire sur la culture de la paix et l'éducation de l’université technique privée de Loja (Équateur), « au moins 60% de la population étudiante a été touchée par la pandémie, car beaucoup n'ont pas les moyens ou les outils pour accéder à l'enseignement en ligne. Étant donné que le COVID-19 a un impact considérable sur les étudiant.e.s, des réponses rapides sont nécessaires ».

Bien que les élèves du primaire et du secondaire semblent être les plus touché.e.s, la fracture numérique peut également être observée au niveau universitaire, même dans les pays développés. Selon la Chaire de philosophie pour la paix de l'université Jaume I (Espagne), « quand il s’agit de l’éducation, le COVID-19 met en évidence la grande fracture numérique qui existe encore aujourd'hui, au XXIe siècle. À l'université Jaume I, selon les étudiant.e.s, il y a des gens qui souffrent de cette situation ».

En ce qui concerne la fracture numérique, « la situation socio-économique des étudiant.e.s et de leurs familles est un facteur aggravant », observe la Chaire sur la citoyenneté démocratique et la liberté culturelle de l'université de La Rioja (Espagne). En effet, les étudiant.e.s en situation de détresse économique sont plus susceptibles d'avoir un accès à Internet médiocre ou inexistant - parce qu'ils ne peuvent pas se permettre le coût d'un ordinateur portable ou d’une connexion Internet, ou parce qu'ils vivent dans des zones blanches. Par exemple, selon la Chaire en population, migrations et développement de l'université Sapienza de Rome, en Italie, environ 25 % des familles ne disposent pas d'une connexion à haut débit et parmi elles, 20,6% se trouvent dans le Trentin - au nord - et 35,7% en Calabre - au sud de l'Italie. Ces fractures numérique et économique, combinées à un confinement prolongé, auront pour conséquence d’exacerber le décalage des étudiant.e.s concerné.e.s. 

Consciente de la fracture numérique existante, l'université de La Rioja en a tenu compte dans ses instructions pour l'adaptation des activités d'enseignement à distance de l'année académique 2019-2020. Selon la Chaire, « d'une part, il a été précisé que les nouvelles modalités d’enseignement devraient prendre en considération la capacité technologique disponible au domicile des étudiant.e.s [...] D'autre part, si les étudiant.e.s rencontrent des problèmes de nature technologique, il est recommandé qu'ils informent le corps enseignant ou la direction des études de leur diplôme ».

Les Chaires UNESCO de l'université de Cordoue (Espagne) et de l'université Jaume I (Espagne) rapportent que leurs universités d'accueil ont offert aux étudiant.e.s en difficulté économique la possibilité d'emprunter des ordinateurs portables et des clés USB 4G, dans le but de leur permettre d'accéder à l'enseignement en ligne.

 


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Inclure les étudiant.e.s en situation de handicap

Les étudiant.e.s en situation de handicap sont parmi les plus touché.e.s car ils ont besoin d'un soutien spécifique et d'outils pédagogiques qui ne sont pas toujours disponibles avec l'enseignement à distance. Les Chaires UNESCO de l'université de Zagreb (Croatie) et de l'université de Padoue (Italie) font état des actions spécifiques menées par leurs institutions d'accueil.

Depuis l'annonce du Recteur sur l'enseignement à distance, le Centre d'apprentissage en ligne du centre informatique de l'université de Zagreb suit et soutient les professeur.e.s dans la mise en œuvre de l'enseignement en ligne. Afin de garantir un enseignement à distance inclusif, les enseignant.e.s sont appelé.e.s à appliquer des instructions et des recommandations spécifiques, telles que les lignes directrices élaborées par le Bureau des étudiant.e.s en situation de handicap. Le Bureau a été créé en 2007 dans le but de donner des chances égales aux étudiant.e.s qui, en raison d'une maladie, d'une déficience ou d'un handicap, ont des difficultés à remplir leurs obligations académiques quotidiennes.

Le Bureau de l'inclusion de l'université de Padoue a sensibilisé tous les professeur.e.s proposant des cours en ligne aux besoins des étudiant.e.s malentendant.e.s, qui bénéficient normalement de services de sténotypie. En outre, il a publié sur son site web des lignes directrices spécifiques sur la manière de rendre les outils pédagogiques, tels que les vidéos et les présentations PowerPoint, accessibles aux étudiant.e.s qui vivent avec des handicaps auditifs et visuels.

Atténuer la perte des moyens de subsistance

Une autre vulnérabilité causée par la crise susceptible d’avoir un impact indirect sur l'apprentissage est la détresse économique accrue des étudiant.e.s en raison de la perte de revenus. Par exemple, la Chaire de l'université de Maastricht (Pays-Bas) rapporte que « de nombreux étudiant.e.s étranger.e.s et hors campus, qui dépendent habituellement d'emplois à temps partiel pour couvrir les frais de scolarité, ont perdu leurs revenus en raison de la fermeture d'activités économiques non essentielles ». En réponse, l'université a lancé une campagne de financement participatif et offre aux étudiant.e.s la possibilité d'obtenir un prêt sans intérêt pendant quelques mois. En Espagne, la Chaire de l'université Jaume I rapporte la décision de cette dernière de reporter le paiement des frais de scolarité du mois d'avril pour plus de 5 200 étudiant.e.s en licence et en master afin d'atténuer l'impact économique du COVID-19.

Les réponses de l'UNESCO

L'UNESCO a été en première ligne pour relever les défis liés à l'adoption de l'enseignement en ligne depuis le début de la pandémie.

En plus de surveiller les fermetures d'écoles et leur impact sur les apprenant.e.s dans le monde entier, l'Organisation se concentre sur le renforcement des capacités des systèmes d'enseignement à distance afin de surmonter la fracture numérique grâce à des ressources fournissant un soutien aux enseignant.e.s, aux parents et aux soignants ; une liste de solutions de gestion de l'enseignement à distance et un répertoire évolutif des réponses nationales recueillies auprès des pays.

Parallèlement, l'Organisation renforce sa coopération avec la communauté des REL (ressources éducatives ouvertes) pour : soutenir les matériels d'enseignement et d'apprentissage sous licence libre dans le cadre de la recommandation de l'UNESCO sur les REL de 2019 ; identifier les MOOC et les REL qui peuvent fournir des cours en ligne et des contenus d'apprentissage autodidactique par le biais de plateformes mobiles et de bureau ; soutenir, par le biais de l'initiative OER4Covid, la transition vers un apprentissage en ligne utilisant les REL pendant la pandémie de COVID-19.

Cet article a été préparé avec les contributions de : la Chaire UNESCO sur la résolution des conflits de l'université de Cordoue (Espagne) ; la Chaire UNESCO de philosophie pour la paix de l'université Jaume I (Espagne) ; la Chaire UNESCO sur la citoyenneté démocratique et la liberté culturelle de l'université de La Rioja (Espagne) ; la Chaire UNESCO sur les droits de l'homme et la paix de l'université de Maastricht (Pays-Bas) ; la Chaire UNESCO sur les droits de l'homme, la démocratie et la paix de l'université de Padoue (Italie) ; la Chaire UNESCO sur la libre circulation des personnes, les migrations et le dialogue interculturel de l'université de Zagreb (Croatie).

Compte tenu de la pénurie de données fiables disponibles, l'UNESCO a envoyé aux Chaires un bref questionnaire pour recueillir des informations et renforcer la base de preuves. Sur la base de leurs réponses, des articles seront publiés en ligne. Le partage d'informations et d'expériences sera poursuivi et ce dialogue pourrait déboucher sur des initiatives coordonnées dans la phase post-pandémique afin de renforcer la solidarité et de réduire la vulnérabilité face à de futures situations d'urgence inattendues et prolongées.