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Les voix de la jeunesse et l’avenir de l’Intelligence Artificielle à la Conférence générale de l’UNESCO

20 Novembre 2019

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© UNESCO

Dans le cadre de l'engagement de l'UNESCO à faire participer les jeunes à la prise de décision pour l'avenir qu'ils souhaitent, le groupe de travail intersectoriel de l'UNESCO sur l'intelligence artificielle a organisé un événement parallèle sur « Les voix de la jeunesse et l'avenir de l'intelligence artificielle » dans le cadre de la 40e session de la Conférence générale.

L'événement parallèle a réuni des représentants de haut niveau, y compris de l'UNESCO, l'OCDE, l'Union africaine, l'ISESCO, l'IEEE ou encore du Groupe de haut niveau des Nations Unies sur la coopération numérique, pour engager un dialogue avec les jeunes sur l'élaboration de principes éthiques pour l'intelligence artificielle et les moyens nécessaires pour mettre en œuvre ces principes en vue de mettre l’IA au service du développement durable.

Le Sous-Directeur général pour la Communication et de l'information, Moez Chakchouk, a ouvert l'événement en réitérant le potentiel révolutionnaire de l’IA dans tous les aspects de notre vie, notant qu’en raison de la nature transformatrice de l'IA, il est impératif de relever les défis éthiques liés à son développement et son déploiement. 

Le premier panel s'est concentré sur le développement de principes pour l'intelligence artificielle. Le panel était animé par Delfina Belli, une jeune étudiante, qui a présenté le sujet en soulevant ses préoccupations au sujet de l'inégalité entre les genres et des biais liés à l'IA.  Dans son introduction, elle a souligné l'importance de créer des principes pour que l'IA soit utilisée comme un outil d'autonomisation des femmes. Tous les orateurs se sont accordés à reconnaître qu'il importait d'élaborer des principes éthiques pour l’IA, compte tenu du potentiel de l’IA pour atteindre les Objectifs de développement durable et des défis qu'elle peut poser dans le domaine des droits de l'homme.

Amani Abou-Zeid, Commissaire à l'infrastructure et à l'énergie de l'Union africaine (UA), et Salim M. Al-Malik, Directeur général de l'Organisation islamique pour l'éducation, les sciences et la culture (ISESCO), ont souligné l'importance de l'IA dans la région africaine et réaffirmé l'engagement de leurs organisations à mettre l'IA au service de l’Agenda 2063 de l'Union africaine.  Dr Abou-Zeid a souligné que « nous voulons nous assurer que nous avons des valeurs communes, que nous avons des principes communs et que nous travaillons ensemble sur tout le continent, mais aussi avec le reste du monde ».  Le Directeur général Al-Malik a en outre réaffirmé l'engagement de l'ISESCO à adopter des cadres éthiques pour l’IA dans les Etats membres de l'Organisation.

Angel Gurria, Secrétaire général de l'OCDE, et Marc-Antoine Dilhac, Directeur de la Déclaration de Montréal pour un développement responsable de l'IA, ont tous deux commenté et considéré positivement la prolifération des différents principes et cadres éthiques. Si M. Gurria a noté que les différentes entités qui élaborent des cadres pour l’IA pouvaient toutes apprendre les unes des autres, M. Dilhac a fait observer que les différents cadres étaient ancrés dans des domaines de compétence distincts et étaient donc complémentaires et nécessaires.  Du point de vue de la communauté technique, Clara Neppel, directrice de l'IEEE, a souligné que « la communauté de l'ingénierie a une responsabilité dans la façon dont nous concevons des systèmes pour la société ».

Tous les orateurs ont souligné l'importance d’une approche multipartite et inclusive dans le développement de l'IA et des cadres éthiques pertinents. Le Secrétaire général Gurria a souligné que « l’adoption d’une approche multipartite n'est pas une option, c'est la seule option », tandis que le Commissaire Abou-Zeid a souligné qu’ « aucune organisation ne peut y parvenir seule ». Sur la nécessité d'impliquer activement la société civile dans l'élaboration de ces principes, Dilhac a souligné que les initiatives pourraient s'inspirer de l'expérience de l'élaboration de la Déclaration de Montréal, qui a pris en compte différentes perspectives en organisant des ateliers et en sollicitant des commentaires en ligne.

La deuxième table ronde, consacrée à l’application des principes de l'IA, a exploré le lien entre l'élaboration de lignes directrices en matière d'éthique et la mise en œuvre des politiques. La conférencière sur la politique et l'éthique des systèmes d'IA Imane Bello a introduit le sujet en soulignant certaines des limites techniques de l'IA qui conduisent à des biais algorithmiques, des erreurs de classification et même à la discrimination, notamment entre le Nord et le Sud.

Interrogés sur les mesures à prendre pour s'assurer que les cadres éthiques ont des répercussions concrètes, les intervenants ont exprimé des points de vue différents. Amandeep Singh Gill, ancien Directeur exécutif du Secrétariat du Groupe de haut niveau sur la coopération numérique, a déclaré que « la découverte de principes doit être guidée par la pratique ». Il a précisé que la plupart des organisations convenaient que l'IA devait être centrée sur l’humain et juste, mais qu'elles divergeaient dans la pratique sur les mesures à prendre pour atteindre ce type d'IA. Exprimant des sentiments similaires, Nicolas Miailhe, Président de la Future Society, a souligné qu’une rétroaction continue entre les principes et la pratique était nécessaire.  En plus d’une rétroaction continue, Adriana Eufrosina Bora, une jeune chercheuse en politiques d'IA à Global Data Commons, a souligné la nécessité d'investir dans le renforcement des capacités : "Il est crucial de donner aux jeunes les compétences qui leur permettront de faire face aux incertitudes que l'IA va engendrer dans la société et au marché du travail ", a-t-elle souligné.

Peter-Paul Verbeek, Président de la Commission d'éthique des connaissances scientifiques et des technologies (COMEST) de l'UNESCO, a souligné trois aspects qui doivent être abordés dans la mise en pratique des principes : veiller à ce que la conception de l'IA soit éthique, que les utilisateurs finaux de la technologie la comprennent et que les gouvernements fournissent des cadres pour son utilisation. Eva-Marie Muller-Stuler, chef des données scientifiques d'IBM MEA, a ensuite souligné l'importance d'impliquer le secteur privé dans les discussions sur l'éthique de l'IA dès le début, plutôt que de simplement élaborer des directives et exiger que l'industrie les applique.

En conclusion, l'UNESCO a souligné qu'à l'avenir, l'Organisation continuerait de mettre en place des plateformes multipartites de discussion sur les dimensions éthiques de l'IA, d'élaborer des outils de renforcement des capacités dans ce domaine et de fournir des conseils en matière d'élaboration de normes et de politiques pour faire en sorte que l'intelligence artificielle soit mise au service du développement durable.  Le cadre d'universalité de l'Internet et l'approche D.O.A.M., adoptés par la Conférence générale de l'UNESCO en 2015, ont été mis en avant en tant que cadre pour guider le travail dans le développement d'une intelligence artificielle éthique fondée sur les droits humains, l'ouverture, l'accessibilité et une approche multipartite.

Cet événement parallèle précède l'examen par les États membres, dans le cadre de la Conférence générale, le 21 novembre, de la possibilité d'engager un processus visant à élaborer un instrument normatif dans le domaine de l'éthique de l'intelligence artificielle.  Plus de 280 personnes ont participé à l'événement parallèle, dont plus de 10 000 personnes à distance via les médias sociaux de l'UNESCO.

Pour revoir les débats, cliquez ici : https://www.youtube.com/watch?v=Cq0XAlvDbDM&feature=youtu.be