WomEng en Afrique du Sud déchiffre le code pour encourager les filles à suivre des études d’ingénieur

03 Octobre 2017

Le manque de modèles féminins, les idées fausses sur les études et les carrières dans l’ingénierie et les préjugés et stéréotypes sexistes font partie des facteurs qui amènent les filles et les femmes à délaisser ce domaine. Pourquoi faut-il s’en préoccuper ?

« Seulement 11 % de tous les ingénieurs dans le monde sont des femmes », indique Naadiya Moosajee, cofondatrice de WomEng, une entreprise sociale sud-africaine aujourd’hui présente dans 13 pays. « Les ingénieurs conçoivent notre monde et notre société, et si les femmes ne participent pas à ce processus, nous excluons 50 % de la population ».

L’accès des filles et des femmes aux études d’ingénierie est extrêmement limité, observe un récent rapport de l’UNESCO intitulé « Cracking the code: Girls’ and women’s education in STEM » (Déchiffrer le code : l’éducation des filles et des femmes en STEM). Selon l’Institut de statistique de l’UNESCO, seulement 8 % de l’ensemble des étudiants en ingénierie, fabrication et construction à travers le monde sont de sexe féminin.

S'assurer que les filles et les femmes aient un accès égal aux carrières STEM est un impératif du point de vue des droits de l'homme, de la science et du développement. « Il ne s'agit pas seulement des ODD ou du développement social, mais aussi d’un impératif économique d'avoir plus de femmes dans l'ingénierie et la technologie », explique Naadiya. L'égalité entre les sexes dans les STEM permettra de faire en sorte que les garçons et les filles, et les hommes et les femmes, soient capables de contribuer à ces domaines et de tirer parti de façon égale des bénéfices et des avantages qui leur sont associés.

La prochaine génération de femmes ingénieures

WomEng s’emploie depuis 2006 à développer la prochaine génération d'ingénieurs et de leaders féminins. « Je suis ingénieure, comme ma cofondatrice, Hema. Pour nous, c'est profondément personnel. Nous avons lancé cette entreprise parce que dans nos cours, il n’y avait personne comme nous », explique Naadiya. « Nous avons décidé de faire quelque chose pour changer le statu quo ».

Au cours des 12 dernières années, WomEng a « allumé la flamme de l'ingénierie » auprès des étudiantes du secondaire par le biais du programme GirlEng qui met en relation les filles avec des mentors et des modèles et leur fait découvrir des carrières et des projets concrets dans le domaine de l’ingénierie. Après dix ans, « nous avions fait participer plus de 10 000 filles au programme et pu changer les mentalités autour de l'ingénierie et de la technologie », explique Naadiya. « En Afrique du Sud, nous avons vu des changements dans le nombre d'étudiants souhaitant suivre des études d’ingénieur. Nos classes sont passées de 10 % à 30-40 % [de femmes], selon le domaine d'ingénierie. Cela est dû en grande partie à notre programme GirlEng ».

L'élément signature de GirlEng est le casque rose. Dans les ateliers GirlEng, les participants transforment le casque, en partageant ce qu'ils espèrent apporter au secteur de l'ingénierie et au monde. « Toute la signification symbolique autour de ce casque rose est qu'il est universel – n’importe qui peut devenir ingénieur. Il fait le tour du monde ... nous donnons également des casques aux filles dans le cadre de cet exercice de développement personnel pour montrer que tout le monde est différent et que l'ingénierie a besoin de gens différents pour trouver des solutions innovantes pour atteindre les ODD », explique Naadiya.

L’UNESCO collabore avec WomEng dans le cadre de la campagne One Million Girls in STEM, lancée conjointement à la Commission de la condition de la femme des Nations Unies en mars dernier. La campagne a pour but de mobiliser un million de filles grâce à des initiatives de sensibilisation et d’éducation en STEM dans au moins 10 pays différents au cours des dix prochaines années. WomEng a également obtenu récemment la Mention spéciale UNESCO/Chine pour la promotion de l’éducation des filles et la priorité Afrique lors du Sommet des BRICS qui s’est tenu en Chine.

Lorsqu’on lui a demandé ce qu’elle dirait à une fille de six ans qui penserait à un futur dans l’ingénierie, Naadiya a conclu : « Je lui dirais vas-y et fais-le, car c’est là qu’est l’avenir et nous avons besoin de plus d’ingénieurs pour créer un monde meilleur…Je lui dirais lance-toi, le ciel n’est même pas la limite puisqu’en tant qu’ingénieure, tu peux construire des fusées ».