Saniye Gülser Corat, Directrice, Division pour l’égalité des genres
En désignant l’égalité des genres comme l’une de ses deux priorités mondiales en 2008, l’UNESCO en a fait un cheval de bataille dans tout le système ONU. Le processus de Transformation stratégique de l’Organisation est l’occasion unique de lever les obstacles qui nous empêchent d’être à la pointe dans ce domaine.
Trois problèmes extérieurs émergents sont susceptibles de mettre à mal nos efforts en matière d’égalité des genres :
- Les idéologies extrêmes gagnent du terrain partout dans le monde, portées par des groupes religieux fondamentalistes, des groupes armés et des gouvernements populistes qui cherchent à faire reculer les acquis et à endiguer tout progrès dans ce domaine.[1] L’UNESCO doit profiter de sa position unique pour mener un dialogue à l’échelle mondiale sur les dangers des idéologies extrêmes pour l’égalité des sexes, dans ses zones de compétences.
- Une tendance croissante à dénigrer le rôle de l’éducation dans le processus de libération des femmes et jeunes filles et d’égalité des genres. Par exemple, une récente étude montre que l’augmentation du taux de scolarisation chez les filles ne permet pas de résorber le fossé entre les sexes sur les plans économique et politique[2]. Une interprétation simpliste de ce message peut mettre à mal les efforts (et les appels à financement) de l’UNESCO en matière d’éducation. Nous devons y répondre par des études concrètes et des arguments montrant la corrélation entre une éducation de qualité et d’autres indicateurs de bien-être, et s’assurer que les facteurs d’égalité des genres ne se limitent pas au taux de scolarisation, mais concernent l’ensemble du processus pédagogique.
- Le rôle des hommes et les garçons dans la promotion de l’égalité des genres doit être soigneusement pris en considération, notamment par une réflexion sur les stéréotypes masculins. De même, la compréhension des identités de genre et leur prise en compte dans la démarche de parité de l’UNESCO doivent faire l’objet d’une étude large et approfondie[3].
En interne, les défis à relever sont les suivants :
- Tendance à rechercher la parité aux dépens d’une égalité de fait, ce qui peut freiner nos efforts visant à transformer la culture et les méthodes de l’UNESCO. Par exemple, nous indexons le sexe des candidats lors de nos processus de recrutement et de promotion, sans leur demander de démontrer leur compréhension de l’égalité des genres et leur engagement. Cela affecte fortement la force et l’efficacité de nos efforts de plaidoyer.
- Absence d’un système garantissant la responsabilisation du personnel et pénalisant les projets [ou les responsables desdits projets] qui ne respectent pas les exigences de la dimension de genre. Actuellement, les fonds des projets non conformes n’ont pas été bloqués et il n’y a pas de conséquences pour les personnes responsables.
- Le développement d’un outil de suivi de budget devant contrôler les allocations à l’égalité des genres - demandé par les États membres et par le programme « ONU-SWAP[4] » - a été retardé, et aucune solution n’est à l’horizon.
- Nécessité d’aller au-delà des réponses de « première urgence » au harcèlement sexuel, par exemple en mettant à jour et en complétant les politiques et les systèmes existants. Le Secrétariat de l’Unesco doit lancer un processus de consultation inclusif qui traite des inégalités de pouvoir dans la culture d’entreprise de l’Organisation.
L’égalité des genres doit faire partie intégrante du processus de Transformation stratégique de l’UNESCO. Le personnel rompu aux questions d’égalité des sexes doivent participer activement à ce processus. Si nous voulons opérer un changement durable dans l’éthos et les pratiques de l’Organisation, ces questions doivent être placées au cœur de nos réflexions et de nos projets d’action.
[1] Outre le cas bien connu du fondamentalisme islamique, l’Amérique du Sud, l’Amérique Centrale, l’Europe de l’Ouest et de l’Est connaissent un recul important sur ces questions, en raison de groupes conservateurs qui combattent ce qu’ils appellent la « théorie du genre ».[2] Le Rapport mondial sur la parité hommes-femmes de 2017 du Forum économique mondial a révélé que l’écart de participation à l’économie mondiale entre les hommes et les femmes s’était accentué pour la première fois depuis la création de l’indice en 2008, alors que l’écart dans l’engagement politique était stable.
[3] De nombreux organismes (notamment au sein des Nations Unies) prônent l’importance des rôles et des stéréotypes masculins dans les travaux sur la parité. Cette approche mérite une évaluation critique, ciblée sur les contributions et les risques potentiels.
[4] Plan d’action des Nations unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes.
Les vues et opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique ou la position officielle de l'UNESCO.
