Programme Information pour tous (PIPT)

Le Programme Information pour tous (PIPT) est un programme intergouvernemental unique de l’UNESCO créé en 2001. Dans ce cadre, les États membres et les partenaires s’engagent à tirer profit des nouvelles possibilités qu’offre l’ère de l’information pour créer des sociétés équitables grâce à un meilleur accès à cette dernière. La décennie écoulée a été marquée par un développement technologique d’une ampleur et d’une rapidité sans précédent dans l’histoire de l’humanité. L’un des principaux défis que le monde doit relever aujourd’hui est d’assurer un accès équitable à tous les peuples, et de saisir ces nouvelles possibilités et d’en tirer pleinement parti. Le PIPT est la réponse de l’UNESCO aux attentes de ses États membres pour ce qui est de la construction de sociétés du savoir inclusives et durables.

Le Programme est guidé, dans sa planification et sa mise en œuvre, par un Conseil intergouvernemental composé de 26 États membres de l’UNESCO élus par la Conférence générale de l’Organisation. Le fonctionnement du Conseil est financé par le budget ordinaire de l’UNESCO. Le Conseil guide la planification et la mise en œuvre du Programme en examinant les propositions, en recommandant de grandes lignes d’action, en évaluant les résultats obtenus, en encourageant la participation des États membres et en appuyant les activités de mobilisation de fonds. Le Conseil intergouvernemental élit un Bureau composé de huit membres : un président, trois vice-présidents, trois membres et un rapporteur.

 

Afin d’exécuter le mandat du PIPT, le Conseil intergouvernemental a décidé d’orienter l’action du Programme sur les six objectifs programmatiques stratégiques qui ont donc été définis en fonction de ces priorités.

  • Intégrer les politiques relatives aux sociétés du savoir aux plans nationaux de développement en vue du développement durable

  • Promouvoir les sociétés maîtrisant l’information

  • Promouvoir et élargir l'accès au savoir et à l'information du domaine public par l'organisation, la numérisation et la préservation des contenus et des données

  • Sensibiliser aux questions éthiques liées à l’information

  • Accroître les chances des communautés défavorisées en leur donnant accès à l’information et au savoir 

  • Renforcer la promotion et l’usage du multilinguisme dans le cyberespace

Le PIPT a pour mission d’aider les Etats membres de l’UNESCO à définir et à mettre en œuvre des cadres nationaux d’orientation des politiques de l’information et des stratégies du savoir dans un monde reposant de plus en plus sur les technologies de l’information et de la communication (TIC). Pour atteindre cet objectif, le PIPT axe son action autour des six domaines prioritaires listés ci-dessous :

 

L’information au service du développement mise sur la valeur de l’information pour résoudre les problèmes de développement.

L’un des défis que doit relever le PIPT consiste à faire comprendre aux gouvernements et aux communautés la valeur de l’information pour résoudre les problèmes de développement. Selon la Déclaration du Millénaire des Nations Unies, la réalisation des objectifs de développement et d’élimination de la pauvreté passe par la bonne gouvernance et la transparence.

Les coûts de la mauvaise tenue des dossiers dans les organisations sont très largement sous-estimés. Il est nécessaire de reconnaître les bénéfices qui résultent d’une bonne gestion en matière d’efficacité et de transparence. 

D’après une étude de l’UNESCO, il existe une forte corrélation entre une presse libre et un bon niveau de développement. La réduction de la pauvreté, l’accès aux biens de première nécessité et l’amélioration de la nutrition vont de pair avec la liberté de la presse. Une presse libre a également une influence positive sur l’environnement médical. Elle contribue à montrer au gouvernement quelles sont ses véritables responsabilités. La presse est un instrument de développement aussi efficace que l’éducation ou les investissements. C’est déjà aussi le cas des médias numériques dont nous disposons grâce aux nouvelles technologies et leur poids va continuer de croître. 

En favorisant la transparence (publication des prévisions budgétaires de l’Etat, procédures d’appel d’offres transparentes et concurrentielles, responsabilisation accrue des instances gouvernementales, etc.), l’information au service du développement devient un outil d’autonomisation. Elle permet également un accroissement des chances et une amélioration de la sécurité des moyens d’existence. La question centrale sous-jacente porte sur la nécessité de faire comprendre l’importance de l’accès à l’information, mais aussi l’utilité de l’information. 

La valeur du développement humain et de l’accès à l’information et au savoir pour le développement est reconnue, mais il faut redoubler d’efforts pour expliquer et montrer les bénéfices que l’on peut retirer à investir dans ces ressources.

La formation à la maîtrise de l’information permet aux gens, quelle que soit leur activité, de chercher, d’évaluer, d’utiliser et de créer de l’information de manière efficace pour leur développement personnel, social, professionnel et éducatif.

La formation à la maîtrise de l'information et l'apprentissage tout au long de la vie ont été décrits comme "les phares de la société de l'information, éclairant les chemins vers le développement, la prospérité et la liberté. La maîtrise de l'information permet aux gens quelle que soit l'activité qu'ils exercent, de chercher, d'évaluer, d'utiliser et de créer l'information pour des objectifs personnels, sociaux, professionnels et éducatifs. C'est un droit humain de base dans un monde numérique qui promeut l'intégration sociale de tous les peuples.

La formation à la maîtrise de l'information permet aux gens d'émettre des interprétations et des opinions éclairées sur les sources d'information qu'ils utilisent, mais aussi de produire eux-mêmes l'information. Les personnes qui maîtrisent l'information sont en mesure d'accéder à des données relatives à leur santé, leur environnement, leur éducation et leur travail, ce qui leur permet de prendre des décisions cruciales concernant leur propre existence, par exemple celle de se responsabiliser davantage vis-à-vis de leur santé et de leur éducation. 

Dans un monde numérique, la maîtrise de l'information suppose que les intéressés possèdent les compétences requises pour utiliser les TIC et leurs applications afin d'accéder à l'information et de créer de l'information. Ainsi, pour pouvoir naviguer dans le cyberespace et se servir des documents multimédias disponibles par lien hypertexte, il faut posséder les compétences techniques nécessaires pour utiliser l'Internet et celles requises pour interpréter l'information. 

Le PIPT mène une action de sensibilisation à l'importance de la formation de tous à la maîtrise de l'information et apporte un appui aux projets visant à améliorer les compétences de base en information.

La préservation de l’information passe en premier lieu par le renforcement des principes sous-jacents au programme Mémoire du monde, parallèlement à l’établissement de ses registres qui jouent un rôle de catalyseurs pour alerter les décideurs et l’opinion en général.

L'accès universel à l'information est une composante essentielle des sociétés du savoir. Mais l'accès physique ne suffit pas - encore faut-il que l'information soit "accessible". Tout au long de l'histoire, les bibliothèques et les archives ont été les dépositaires du patrimoine documentaire de l'humanité. Si pendant des siècles, les matériels utilisés pour écrire n'ont que très peu évolué, on assiste depuis deux cents ans à un renouvellement constant des médias, de la photographie au numérique.

Cependant, l'accès à l'information et la diffusion de l'information sont tributaires de la stabilité des documents et de l'accessibilité de leur contenu. Paradoxalement, les progrès techniques ont souvent pour corollaire une plus grande instabilité et une durée de vie réduite des documents. 

A titre d'exemple, les tablettes d'argile de Mésopotamie seront sans doute encore lisibles dans mille ou deux mille ans, mais les documents audiovisuels ne survivront que quelques décennies, et la durée de vie des objets numériques ne dépasse pas dix ans en moyenne. En outre, les catastrophes naturelles et les guerres sont souvent responsables de la destruction totale de bibliothèques et de fonds d'archives. La préservation des savoirs accumulés par l'humanité est indispensable pour garantir l'accès universel, et l'avenir des sociétés du savoir en dépend dans une large mesure. 

Le PIPT joue un rôle essentiel dans la sensibilisation de l'opinion à l'importance de préserver l'information. Il peut aider en encourageant l'élaboration de normes de préservation et d'outils de gestion et en renforçant le rôle des bibliothèques et des archives ainsi que le personnel de ces institutions. L'accent est mis en particulier sur les normes de préservation des documents d'origine numérique ; une Charte sur la conservation du patrimoine numérique a été adoptée par les Etats membres de l'UNESCO en 2003.

L’éthique de l’information englobe les aspects éthiques, juridiques et sociétaux des applications des TIC et s’inspire de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

L’une des questions éthiques les plus épineuses est celle de l’inégalité d’accès à ces technologies suivant les pays, et entre les communautés urbaines et rurales au sein d’un même pays. Les effets positifs d’un monde connecté vont de pair avec les dangers d’une utilisation abusive et à mauvais escient. Certains pays mettent déjà sur pied des mécanismes pour protéger leurs citoyens contre ces risques, et assurer par exemple la sécurité des enfants sur l’Internet, mais de gros efforts seront à l’évidence encore nécessaires pour faire face aux incidences éthiques de la société de l’information. En collaboration avec ses institutions partenaires, c’est ce à quoi s’emploie le PIPT.

En 2015, dans le cadre du PIPT, l’UNESCO a organisé la première conférence internationale sur le thème « Les jeunes et l’Internet : Combattre la radicalisation et l’extrémisme ». L’événement a rassemblé des experts et des décideurs en vue d’échanger leurs expériences sur les interventions, projets et processus visant à lutter contre l’utilisation de l’Internet comme instrument d’incitation des jeunes à des idéologies extrémistes et à la radicalisation. La conférence a sensibilisé les États membres et les partenaires aux dangers liés à cette menace, les alertant sur la nécessité urgente d’une attention soutenue de la part de la communauté internationale et d’une action mondiale à l’appui des États membres. Elle a également été l’occasion pour l’UNESCO de lancer son initiative intersectorielle intitulée Cadre d'action intégré Engager la jeunesse pour une paix durable : Jeunesse 2.0 Développement des compétences, consolidation de la paix.

La conférence internationale suivante, organisée conjointement par l’UNESCO, le PIPT et le Gouvernement du Québec avec le soutien du Gouvernement canadien en 2016, a porté sur le thème « Internet et la radicalisation des jeunes : prévenir, agir et vivre ensemble ». Elle a débouché sur « L’Appel de Québec », dans lequel les participants exhortent la communauté internationale à engager une démarche multidimensionnelle pour combattre l’extrémisme violent. À ce titre, le Canada a apporté son soutien au projet intersectoriel de l’UNESCO pour la « Prévention de l’extrémisme violent par l’autonomisation des jeunes en Jordanie, en Libye, au Maroc et en Tunisie ».

Dans le cadre des efforts déployés en continu pour faire face à ce problème, la conférence internationale sur « La jeunesse et les technologies de l’Information et de la communication : prévenir l’extrémisme violent dans le cyberespace » a été organisée par l’UNESCO, le PIPT et les autorités libanaises en mai 2017 à Beyrouth. La déclaration finale de la conférence appelle à prendre des mesures efficaces pour prévenir et combattre la propagation en ligne de la violence, ainsi qu’à utiliser Internet pour promouvoir une culture de la paix.

Les nouveaux défis sociétaux, juridiques, technologiques et éthiques du DarkNet ont fait l’objet d’une réunion d’experts qui s’est tenue à Paris le 14 septembre 2017. Organisée par le PIPT, cette réunion a donné l’occasion aux représentants des délégations permanentes de l’UNESCO, ainsi qu’à des participants extérieurs, de discuter des défis liés aux cybermenaces ainsi que des moyens d’améliorer les stratégies nationales pour y faire face par le biais de solutions innovantes et globales.

L’accès à l’information englobe toutes les questions concernant la disponibilité et l’accessibilité de l’information, ainsi que les besoins spécifiques des personnes handicapées.

L’accès à l’information englobe toutes les questions concernant la disponibilité et l’accessibilité de l’information, telles que le multilinguisme, les métadonnées, l’interopérabilité, les logiciels libres, le contenu libre, les licences Creative Commons, ainsi que les besoins spécifiques des personnes handicapées.

Le nouvel environnement économique et technologique soulève des questions concernant l’érosion de l’accès à des informations et des connaissances qui étaient partagées librement par le passé, par exemple pour favoriser l’éducation et la recherche scientifique.

Parallèlement, les avancées technologiques telles qu’Internet offrent des possibilités inouïes pour partager l’information, promouvoir la diversité linguistique et sauvegarder des langues vouées à la disparition. Si des milliers de langues ne sont pas encore représentées sur Internet, l’accès universel à la connexion numérique devrait permettre à toutes les communautés de créer leur propre contenu dans leur langue. 

En 2003, l’UNESCO a adopté la Recommandation sur la promotion et l’usage du multilinguisme et l’accès universel au cyberespace, qui prône le multilinguisme et un juste équilibre entre les intérêts des titulaires de droits d’auteur et l’intérêt général. 

Depuis l’adoption de ce texte, l’UNESCO a soutenu des actions à l’échelle mondiale dans le domaine du logiciel libre et des ressources éducatives libres (REL), et entrepris plusieurs projets pour promouvoir le multilinguisme dans le cyberespace et l’utilisation des TIC pour un accès plus équitable à l’information, notamment pour les personnes handicapées.

Le multilinguisme : le langage reste le moyen privilégié de communiquer l'information et les connaissances, ainsi la capacité d'accéder au contenu sur l'Internet dans une langue que l'on peut utiliser est un facteur déterminant de la mesure dans laquelle on peut participer dans les sociétés du savoir.

Le PIPT, en tant que programme intergouvernemental, travaille principalement avec les gouvernements des États membres et plus particulièrement avec ceux de la Chine, de la Fédération de Russie, du Canada, de la Bulgarie, du Liban et de l’Égypte. Il a également créé des partenariats intergouvernementaux bilatéraux qui se sont révélés très utiles pour faire face aux problèmes de développement. Les partenariats entre pays en développement aboutissent parfois à de meilleurs résultats que le modèle plus traditionnel d’aide au développement Nord-Sud. Dans un monde numérique et connecté, les possibilités de stimuler et de renforcer les partenariats entre les gouvernements se sont multipliées.

Le PIPT reconnaît par ailleurs que la voie menant aux sociétés de l’information et du savoir doit nécessairement s’inscrire dans un environnement de collaboration multipartite. Le PIPT collabore donc étroitement avec la société civile depuis longtemps et, depuis peu, avec le secteur privé.

Les donateurs qui soutiennent le PIPT depuis la création du Programme

   Arabie Saoudite    Brésil    Bulgarie    Canada
   Chine    Egypte    Espagne    France
   Grèce    Grenade    Inde    Iran
   Japon    Lettonie    Lithuania    Oman
   Philippines    Fédération de
   Russie
   Tanzanie    Turkey

 

Aucun programme nouveau ne peut donner de bons résultats sans un appui financier adéquat. Le Programme Information pour tous aura besoin d'un financement complémentaire pour atteindre les objectifs qui ont été fixés. Il reste beaucoup à faire pour obtenir des ressources extrabudgétaires additionnelles.

Bien que les dépenses de fonctionnement du Conseil intergouvernemental du PIPT soient prises en charge par le budget ordinaire de l'UNESCO, toutes les activités du programme, y compris les projets pilotes, dépendent des contributions volontaires de pays donateurs.

Ces contributions sont versées au Compte spécial du PIPT qui est administré conformément aux dispositions du Règlement financier de l'UNESCO et dont le fonctionnement fait régulièrement l'objet d'un rapport du Directeur général.

Le PIPT administre également un dispositif de Fonds-en-dépôt qui permet aux donateurs de choisir les projets, les pays ou les régions spécifiques qu'ils souhaitent aider.

Un des objets essentiels des travaux du Conseil est de garantir le financement continu de ses programmes et projets.

Jusqu'à la fin de l'année 2005, le Conseil a pu financer quelque 37 projets pilotes. Ces derniers jouent un rôle capital dans la sensibilisation de l'opinion publique des pays aux bienfaits des sociétés du savoir.

Le Conseil encourage les gouvernements à accroître leur aide financière afin que le PIPT puisse continuer à soutenir cette activité extrêmement importante.