Construire la paix dans l’esprit
des hommes et des femmes

Programme L'Oréal-UNESCO Pour les femmes et la science

Jeunes Talents Internationaux

Les jeunes femmes scientifiques qui sont l'avenir de la science

Le programme L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science valorise également les réalisations de jeunes femmes à l’orée de leur carrière scientifique.

Chaque année depuis 2000, le programme des Jeunes Talents Internationaux sélectionne les 15 chercheuses les plus prometteuses parmi les 275 boursières nationales et régionales du programme L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science. Ces jeunes femmes sont l’avenir de la science et cette reconnaissance les aidera à concrétiser leur potentiel.

Jeunes talents internationaux 2019 | Jeunes talents internationaux 2018 | Éditions précedentes

Jeunes Talents Internationaux 2019

Ces scientifiques prometteuses ont été honorées lors de la 21e édition du Prix International L’Oréal-UNESCO pour les Femmes et la science, le 14 mars 2019.

 

AFRIQUE ET ÉTATS ARABES 

Dr. Saba Al Heialy

Bourse Régionale  L’ORÉAL- UNESCO - Émirats Arabes Unis
Université de médecine et des sciences de la santé Mohammed bin Rashid
Sciences de La Santé

L’asthme et l’obésité se développent de plus en plus dans le monde, car la mauvaise qualité de l’air et les modes de vie sédentaires, caractérisés par des régimes alimentaires malsains et le manque d’activité physique, font des ravages...

La Dr. Saba Al Heialy mène des recherches sur les mécanismes encore relativement méconnus qui sous- tendent ce phénomène afin d’aider à  d’identifier  de nouveaux traitements pour les patients. Depuis peu, les adipocytes se sont révélés être des cellules pro-inflammatoires capables de sécréter des cytokines et des hormones, là où le tissu adipeux se trouve infiltré par de grandes quantités de lymphocytes T. Ce rôle immunomodulateur potentiel des adipocytes l’a amenée à explorer les implications de la réaction croisée entre les lymphocytes T et les adipocytes dans la production de phénomènes d’hyporéactivité aux stéroïdes chez les asthmatiques obèses. « À terme, l’objectif de mon travail est de contribuer à l’avancée de la recherche sur l’asthme », déclare-t-elle.

La Dr. Al Heialy a dû travailler dur pour surmonter les discriminations liées à l’âge et au genre tout au long de sa carrière. Selon elle, pour que les femmes puissent évoluer dans le monde scientifique, il est nécessaire de réfuter l’idée selon laquelle leur travail est inférieur    à celui des hommes.

« Les femmes pourraient facilement s’épanouir à des postes scientifiques de direction. Elles doivent être jugées sur leurs qualités et pouvoir accéder aux mêmes opportunités professionnelles que les hommes », dit-elle.
« J’espère que mon histoire motivera beaucoup de filles et de jeunes femmes au Moyen-Orient à poursuivre leurs objectifs scientifiques et à réaliser pleinement leur potentiel », conclut-elle.

 

Dr. Zohra Dhouafli

Bourse Régionale  L’ORÉAL- UNESCO - Tunisie
Centre de Biotechnologie de Borj Cédria (CBBC)
Neurosciences / Biochimie

La maladie d’Alzheimer est considérée comme la forme la plus fréquente de démence dans le monde, mais il n’existe actuellement aucun remède. La Dr. Zohra Dhouafli est convaincue que le mauvais repliement, l’agrégation et le dépôt dans le cerveau de la protéine amyloïde-bêta sont les facteurs déclencheurs de la maladie...

Dans le cadre de son prochain projet de recherche, elle utilisera l’une des approches les plus prometteuses qui soient – un antioxydant naturel extrait des feuilles de henné pour inhiber, interférer et contrer le processus d’agrégation. Elle cherchera à préserver la stabilité ainsi que la bioactivité de la molécule, et à optimiser son passage à travers la barrière hémato- encéphalique. La Dr. Zohra Dhouafli vise ainsi à catalyser le développement de composés plus puissants destinés à la prévention et au traitement de la maladie d’Alzheimer.

« Mon rêve est de trouver un traitement efficace contre la maladie d’Alzheimer et d’améliorer la qualité de vie des patients et de leurs proches », dit-elle.
« Les femmes devraient jouer un rôle tout aussi important que les hommes dans la promotion du développement humain que les hommes », déclare-t-elle. « Leurs actions doivent aller de pair », ajoute-t-elle. Elle considère que les femmes scientifiques ont une approche complémentaire à celle de leurs homologues masculins, plus fondée sur l’empathie, la patience et un sentiment de responsabilité sociale.

La Dr. Zohra Dhouafli admet que de talentueux mentors sont en mesure d’inspirer de plus en plus de jeunes scientifiques de la gente féminine, confortés par une plus grande reconnaissance publique des réalisations des femmes scientifiques. « Un équilibre plus juste entre les femmes et les hommes améliorerait grandement  la qualité de la recherche scientifique », conclut-elle.

 

Dr. Menattallah Elserafy

Bourse Régionale  L’ORÉAL- UNESCO - Égypte
Cité de la science et de la technologie de Zewail
Biologie Moléculaire / Génétique

L’ADN est la base de la vie cellulaire. Les précieuses informations qu’il contient décident du sort de tous les organismes. La Dr. Menattallah Elserafy effectue des recherches sur les mécanismes de réparation de l’ADN afin de mieux comprendre les processus fondamentaux à l’œuvre dans les cellules de mammifères...

Elle a pu identifier de nouveaux acteurs qui protègent l’ADN au sein des cellules. Elle a également découvert qu’une protéine présente dans les cellules de levure est impliquée dans la prévention d'un type spécifique de dommages causés à l’ADN. Ainsi, les mutations au niveau de cette protéine humaine pourraient être associées à des maladies, des troubles neurologiques et des cancers. Ses conclusions pourraient permettre d’identifier de nouvelles mutations pathogènes, faciliter le diagnostic et ouvrir la voie à des thérapies personnalisées en fonction du bagage génétique du patient.

La Dr. Menattallah Elserafy s’est passionnée très tôt pour la biologie moléculaire et la génétique. « Je voulais que mon travail aie un impact positif sur la société», se souvient-elle. Aujourd’hui, elle est convaincue que le fait de relever les normes de recherche en Égypte pourrait « faire revenir son pays sur l’échiquier de la recherche scientifique» et, chose importante, jouer un rôle essentiel dans la résolution des défis urgents en matière d’eau, d’environnement et d’énergie.

Elle-même contribue à l’éducation des futures générations de femmes scientifiques en soutenant les jeunes chercheuses au sein de son laboratoire: « Je crois que la bourse des Jeunes Talents Prometteurs Internationaux de L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science me donnera plus d’opportunités encore pour parler aux jeunes femmes scientifiques et les inspirer pour faire évoluer les choses», déclare-t-elle.

 

Dr. Priscilla Kolibea Mante

Bourse Régionale  L’ORÉAL- UNESCO - Ghana
Université des sciences et technologies Kwame Nkrumah
Neurosciences

L’élargissement de l’accès à des soins médicaux de haute qualité à un prix abordable en Afrique est une préoccupation essentielle du développement durable. Spécialisée en neuropharmacologie et en neurosciences, la Dr. Priscilla Kolibea Mante effectue des recherches sur des alternatives thérapeutiques à base de plantes pour gérer l’épilepsie pharmacorésistante et la neurocysticercose, une maladie tropicale négligée...

Elle explore actuellement les propriétés anticonvulsives de la cryptolépine, un alcaloïde végétal, et de ses nanoparticules lipidiques solides dans la prise en charge de l’épilepsie provoquée par la neurocysticercose. En identifiant un moyen d’aider la cryptolépine à pénétrer plus efficacement dans le système nerveux central, le risque de convulsion devrait être réduit, permettant aux patients de gérer leur état de manière aussi efficace que possible.

« Il est très gratifiant de savoir que mes recherches pourraient modifier de manière significative des structures aussi complexes que le cerveau et avoir un effet positif sur la vie des gens », déclare-t-elle.

La Dr. Priscilla Kolibea Mante croit que le plus grand défi à relever pour les femmes scientifiques est de gérer les perceptions négatives quant à leurs ambitions professionnelles et de dépasser les stéréotypes liés au genre. Ayant foi en l’avenir, elle est convaincue que sa génération a eu la chance de bénéficier d’un soutien important, et elle pense que les femmes peuvent s’en servir pour continuer à faire évoluer leurs perspectives de carrière. « Plus il y aura de femmes se présentant à des postes de direction, plus il sera difficile de les ignorer. »

 

ASIE-PACIFIQUE

Dr. Sherry Aw

Bourse REgionale L’ORÉAL- UNESCO - Singapour
Institut de biologie cellulaire et moléculaire, Agence pour la Science, la Technologie et la Recherche (A*STAR)
Neurosciences

La neurodégénérescence est un problème croissant dans le monde face à une population globale vieillissante. La Dr. Sherry Aw mène des expériences génétiques sur des mouches drosophiles pour comprendre les causes à l’origine des maladies neurodégénératives et contribuer au développement de nouveaux traitements...

En explorant en particulier la façon dont certaines cellules sont touchées ainsi que les résultats fonctionnels de leur dégénérescence, elle et son équipe ont été en mesure d’identifier les dysfonctionnements moteurs qui ressemblent aux symptômes de la maladie de Parkinson et de l’ataxie spinocérébelleuse de type 3 chez les humains. Son objectif actuel est de comprendre comment les tremblements et les autres troubles moteurs éprouvés par les personnes atteintes de ces maladies sont générés au niveau moléculaire, cellulaire et physiologique. « Pour que nous puissions commencer à développer des traitements rationnels pour ces symptômes invalidants, et finalement guérir ces maladies», déclare-t-elle.

En tant que femme de sciences, la Dr. Sherry Aw déclare: « En général, la société juge les femmes plus sévèrement que les hommes, et je pense que c’est là un obstacle majeur qui empêche les femmes d’atteindre leur plein potentiel maximum. Les femmes sont soumises à beaucoup de pression de la part des autres, et y compris d’elles-mêmes.»

Pour former la nouvelle génération de femmes scientifiques, il faut de bons mentors et modèles, et une plus grande exposition des femmes scientifiques dans les médias, notamment à travers des initiatives telles que le programme L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science. «Ce n’est qu’alors que nous attirerons les esprits les plus brillants et les plus talentueux, hommes et femmes confondus, pour résoudre les problèmes scientifiques les plus sérieux de l’humanité», conclut-elle.

 

Dr. Mika Nomoto

Bourse Régionale L’ORÉAL- UNESCO - Japon
Université de Nagoya
Biologie Moléculaire / Plant Pathology

Lorsque les plantes sont infectées par des agents pathogènes biotrophes (des champignons se nourrissant des cellules vivantes de leurs hôtes), les protéines de résistance de l’hôte déclenchent une réponse immunitaire aiguë, qui peut aller jusqu’à la mort éventuelle de la cellule affectée...

Les tissus infectés émettent également des signaux qui provoquent l’accumulation d’acide salicylique, une hormone immunitaire, et mobilisent les gènes antimicrobiens liés à la pathogenèse antimicrobienne au sein des feuilles distales non infectées. Cette immunité spécifique aux végétaux est connue sous le nom de « résistance systémique acquise » (RSA). Celle-ci annihile la réponse de résistance de la plante aux herbivores, ayant pour effet de l’exposer aux dommages causés par les organismes nuisibles. La recherche de la Dr. Mika Nomoto a pour objet de découvrir comment la RSA est régulée au niveau moléculaire afin de mieux comprendre son interaction antagoniste avec la résistance aux herbivores et d’aider à promouvoir des stratégies de lutte antiparasitaire durables. « J’ai réalisé qu’en élucidant le mécanisme moléculaire de l’immunité végétale, je serais en mesure de contribuer à la sécurité alimentaire de la population mondiale », se souvient-elle.

La Dr. Mika Nomoto reconnaît que la recherche scientifique manque cruellement de personnel féminin. « Je pense que la diversité est essentielle à la science, et que les femmes sont la clef du progrès scientifique» affirme-t-elle, avant d’ajouter : « Il est primordial que nous transformions de manière probante la perception du rôle des femmes dans la société par le biais des médias et des politiques. »

En ayant elle-même bénéficié, la Dr. Mika Nomoto a la conviction que le mentorat est précieux. « Plus tard, je serais très heureuse d’être le mentor de jeunes chercheurs, que ce soient des hommes ou des femmes », conclut-elle.

 

Dr. Jacquiline Romero

Bourse Régionale  L’ORÉAL- UNESCO - Australie
Université du Queensland
Physique Quantique

La Dr. Jacquiline Romero est une physicienne spécialisée dans le domaine de la physique quantique. Elle explique la nature et le comportement de la matière et de l’énergie au niveau atomique et subatomique...

Elle étudie notamment comment un nombre infini de formes de photons possibles – des particules de lumière – peuvent être utilisées pour encoder davantage d’informations. À terme, cela pourrait mener à des communications plus fiables et plus sécurisées, aider à préserver la confidentialité des données et à se prémunir contre le risque croissant de cyberattaques, et permettre des calculs plus puissants.

Faisant partie des rares femmes à occuper un poste de responsabilité en physique quantique, la Dr. Jacquiline Romero pense que l’amélioration de la représentation féminine dans le domaine des sciences nécessite un changement culturel fondamental, et ceci dès l’école, où l’émerveillement et la curiosité des filles et des garçons devraient être éveillés de la même façon. Selon elle, l’inclusion et la diversité des genres devraient s’inscrire dans le contexte de la productivité, grâce à des dirigeants créant un milieu favorable qui permettrait aux femmes scientifiques de retrouver leur plein potentiel professionnel après avoir eu un enfant.

« Le fait d’avoir remporté une Bourse L’Oréal-UNESCO Pour les femmes et la Science m’a offert une plateforme nationale pour montrer que les femmes, et en particulier les mères, peuvent réussir dans le domaine scientifique », conclut-elle. « Les gens sont inspirés par des histoires, et je pense que mon parcours peut servir à encourager de nombreuses jeunes filles et jeunes femmes à se lancer dans une carrière scientifique. »

Si les sciences pouvaient accomplir quelque chose de spécifique, la Dr. Jacquiline Romero souhaiterait voir la recherche scientifique contribuer à résoudre les principales inégalités sociales qui existent dans le monde.

 

 

EUROPE

Dr. Laura Elo

Bourse Régionale  L’ORÉAL- UNESCO - Finlande
Université de Turku et Université Åbo Akademi
Bioinformatique Médicale

La Dr. Laura Elo dirige une équipe multidisciplinaire de 30 scientifiques au sein du Centre de Bioinformatique Médicale de Turku en Finlande. Ensemble, ils développent des outils d’analyse de données informatiques et des méthodes de modélisation mathématique permettant d’identifier des indicateurs précoces de l’évolution de maladies complexes telles que le diabète de type 1 et le cancer, mais également d’anticiper l’apparition  de maladies et les résultats des traitements...

Son objectif ultime est d’aider à améliorer les diagnostics et les pronostics de maladies, ainsi que de mettre au point de nouvelles stratégies de traitements à fort potentiel.
« J’espère que nos recherches aideront les futurs patients à obtenir les meilleurs traitements les mieux adaptés à leur cas », confie-t-elle. Et d’ajouter : « Si nos travaux peuvent améliorer la vie ne serait-ce que d’un seul patient, alors l’effort en vaut la peine. »

Parmi les défis auxquels se confrontent les chercheurs, elle est convaincue que la concurrence importante en matière d’obtention des financements peut s’avérer à la fois malsaine pour la recherche scientifique et poser des obstacles au progrès. « Au sein de mon équipe, j’encourage l’enthousiasme à faire de nouvelles découvertes en prônant l’ouverture et la communication», explique-t-elle. La Dr. Laura Elo reconnaît les avantages précieux que la diversité apporte au sein d’une équipe, car selon elle, « un bon mélange de personnes ayant des expériences et des méthodes de travail différentes est la clef d’une recherche innovante et ouverte ».

Lors de la remise de la Bourse Régionale L’Oréal- UNESCO Pour les Femmes et la Science, elle a déclaré : « C’est un immense honneur. Je tiens particulièrement à remercier mon groupe de recherche plein d’enthousiasme et de talent, nos collaborateurs ainsi que toutes les personnes qui nous soutiennent. »

 

Dr. Biola María Javierre Martínez

Bourse Régionale L’ORÉAL- UNESCO – Espagne
Institut de recherche sur la leucémie Josep Carrera
Biologie Moléculaire

La majorité des interactions entre les éléments régulateurs d’un génome et le gène régulé correspondant est inexplorée, un chaînon manquant majeur dans la compréhension du contrôle du génome...

La Dr. Biola Maria Javierre Martínez effectue des recherches sur les interactions de la chromatine (essentielles à la santé cellulaire) afin de contribuer à l’amélioration des connaissances sur les processus tumoraux et de fournir de nouvelles possibilités de diagnostic et de traitement. Elle explore également les interactions physiques entre les gènes et les éléments régulateurs afin d’établir un lien entre les modifications génétiques liées au cancer du sang et les présumés gènes cibles. Cela pourrait aider à prioriser de nouveaux gènes potentiellement responsables et de nouvelles voies d’entrée de la maladie, ce qui permettrait de mieux comprendre les mécanismes de régulation génomique qui sous-tendent les cancers. Cela permettra également de mieux prédire les résultats pour les patients et de concevoir des traitements améliorés et plus personnalisés. Aujourd’hui, elle rêve de pouvoir découvrir des traitements plus efficaces et moins agressifs pour le cancer, en particulier pour les enfants. Aujourd’hui, elle rêve de pouvoir découvrir des traitements plus efficaces et moins agressifs pour le cancer, en particulier pour les enfants.

Selon la Dr. Biola María Javierre Martínez, le rôle des mentors est crucial pour aider les femmes à percer dans les sciences. C’est pourquoi elle participe au programme LIBRA Career Developmental Compass au sein de l’Union Européenne, lequel vise à développer la carrière professionnelle des femmes en permettant aux post- doctorantes de devenir les leaders de demain.

Saluant l’initiative du programme L’Oréal-UNESCO Pour les femmes et la Science, elle juge qu’« il est essentiel d’aider les femmes qui rêvent d’être scientifiques à réussir et de lever les obstacles se présentant sur leur parcours. Nous sommes à la fois des femmes, des mères et des scientifiques, et tout cela doit pouvoir être compatible».

 

Dr. Kirsten Jensen

Bourse Régionale  L’ORÉAL- UNESCO - Danemark
Université de Copenhague
Chimie Des Matériaux, Analyse Structurelle

La chimie des matériaux a joué un rôle déterminant dans le développement des technologies utilisées pour convertir et stocker l’énergie, comme les batteries, les cellules solaires et les catalyseurs. Sa force réside dans la compréhension de la relation entre la synthèse des matériaux, et la structure et les propriétés de ces derniers...

La Dr. Kirsten Jensen explore le potentiel de l’adaptation des nanomatériaux afin d’optimiser l’efficacité des technologies énergétiques. Cela commence par la détermination de leur structure atomique à l’échelle nanométrique. Avec son groupe de recherche de l’Université de Copenhague, elle poursuit cet objectif en utilisant les derniers outils de diffusion de rayons X et de neutrons à haute énergie, contribuant à la fois au développement des énergies renouvelables et à celui du domaine des nanosciences lui-même. « La chimie est partout», déclare-t-elle. « Je trouve fascinant qu’en considérant la matière au niveau atomique, nous puissions comprendre les propriétés de tout ce qui nous entoure et concevoir des molécules ou des structures cristallines pour de nouvelles applications. »

La Dr. Kirsten Jensen reconnaît avoir la chance de travailler en Scandinavie, où l’égalité des chances entre les femmes et les hommes est relativement bien établie. Pour parvenir à un meilleur équilibre entre les sexes, il faudra repenser le système, promouvoir le réseautage inclusif et cultiver de solides mentors (hommes ou femmes) qui inspirent et encouragent les jeunes femmes scientifiques talentueuses.

Femme scientifique qui n’a jamais  considéré ses opportunités comme inférieures à celles de ses homologues masculins, la Dr. Kirsten Jensen conclut : « Je ne veux pas que l’on me voie comme une “femme scientifique”, mais seulement comme une “scientifique”.»

 

Dr. Urte Neniskyte

Bourse Régionale  L’ORÉAL- UNESCO - Lituanie
Université de Vilnius
Neurosciences

La complexité du cerveau humain n’est pas encore comprise dans son intégralité. La Dr. Urte Neniskyte effectue des recherches sur la façon dont nos cerveaux se développent au cours de la petite enfance, en particulier en ce qui concerne les anomalies susceptibles de conduire à une maladie mentale grave...

Elle explore actuellement les raisons pour lesquelles il reste parfois des synapses excessives qui ne sont pas retirées ou « élaguées » en vue d’une efficacité optimale. Les défauts dans ce processus d’« élagage synaptique» peuvent entraîner des troubles du développement neurologique, tels que l’autisme, la schizophrénie et l’épilepsie. La Dr. Urte Neniskyte vise à découvrir ce qui détermine les synapses qui devraient être conservées et celles qui devraient être éliminées, ainsi que la façon dont le processus pourrait être modifié pour corriger toute erreur avant qu’une maladie ne puisse se développer. « Il existe une question philosophique qui consiste à se demander si un système, tel que le cerveau humain, est en mesure de comprendre son propre fonctionnement », déclare-t- elle. « Il se pourrait que nous ne soyons pas en mesure de tout saisir, mais je souhaite m’en approcher autant que possible, et je suis heureuse de pouvoir contribuer à cette initiative. »

En tant que mère d’une petite fille et neuroscientifique, la Dr. Urte Neniskyte est parfaitement consciente de l’importance du développement pendant la petite enfance. « Nous devons élever nos fils et nos filles pour qu’ils se partagent équitablement les responsabilités à la maison et accordent de l’importance aux carrières à la fois des femmes et des hommes », précise-t-elle. Pour elle, les femmes scientifiques doivent gagner la reconnaissance publique qu’elles méritent pour leurs découvertes. Elle est sans équivoque: « Nous devons arrêter de vivre dans un monde en “rose et bleu” et reconnaître que les divisions fondées sur le genre découlent de traditions sociétales plutôt que de la manière dont le cerveau fonctionne. »

 

Dr. Nurcan Tuncbag

Bourse Régionale L’ORÉAL- UNESCO - Turquie
Université technique du Moyen-Orient
Bioinformatique

D’après l’Organisation mondiale de la santé, le cancer est la deuxième principale cause de mortalité dans le monde d’après l’Organisation mondiale de la santé*, et sa prévalence est en forte hausse. Ce pour quoi il est crucial de développer des stratégies thérapeutiques personnalisées...

La Dr. Nurcan Tuncbag dirige un projet de recherche interdisciplinaire visant à mettre en place une approche fondée sur la « médecine de précision» en exploitant une analyse computationnelle sophistiquée visant à interpréter les volumes croissants de données obtenues à l’aide de technologies à haut débit. L’analyse de ces «big data» pourrait aider à identifier des synergies potentielles, et révéler comment les voies biologiques sont organisées et altérées au niveau moléculaire lors d’un cancer, ainsi que la manière dont ces réseaux peuvent être ciblés en vue de perturber les signaux anormaux à traiter.

«J’ai eu la chance d’avoir des mentors qui soutiennent tous l’égalité des genres en sciences », se souvient-elle. Toutefois, en tant que femme, elle rencontre encore des obstacles au sein de la communauté scientifique, se sentant parfois obligée de devoir faire les preuves de son expertise à ses homologues masculins.

Pour permettre d’atteindre la diversité nécessaire à l’avancée des sciences de l’ingénierie, la Dr. Nurcan Tuncbag croit qu’il faudrait mettre plus fortement l’accent sur les sciences, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques dès l’enseignement primaire. « Tout au long de l’histoire, les femmes ont influencé la société et contribué à changer le monde grâce à leurs découvertes scientifiques», conclut-elle. «En renforçant la visibilité des femmes scientifiques, le programme L’Oréal- UNESCO Pour les Femmes et la Science permettra à un nombre croissant de femmes de contribuer aux importantes découvertes faites dans le monde».

 

AMÉRIQUE LATINE

Dr. Maria Molina
Bourse Régionale  L’ORÉAL- UNESCO - Argentine
Université nationale de Rio Cuarto
Chemistry / Molecular Biology

Les antibiotiques chimiques ont révolutionné la médecine au 20e siècle et ont depuis sauvé de nombreuses vies humaines en faisant diminuer de manière conséquente les taux de mortalité associés aux maladies infectieuses courantes. Néanmoins, la surutilisation de ces médicaments autrefois puissants a entraîné une augmentation de la résistance bactérienne en créant un nouveau risque de mortalité liée à des infections courantes ou des blessures bénignes...

Certains scientifiques, dont la Dr. Maria Molina, développent des thérapies antimicrobiennes comme traitement alternatif contre les infections bactériennes. La Dr. Maria Molina combine notamment des nanomédicaments avec la thérapie photothermique. Ses travaux portent sur le développement de nano-gels multifonctionnels capables de libérer des antibiotiques contre les bactéries en réponse à un effet thermique généré par un rayonnement électromagnétique. Animée par la recherche de solutions visant à améliorer la qualité de vie des populations, la Dr. Maria Molina rêve que des scientifiques découvrent des solutions à d’autres problèmes urgents, tels que l’amélioration de l’accès à l’eau potable et aux médicaments dans les pays en voie de développement.

La Dr. Maria Molina constate que les femmes scientifiques sont confrontées à une difficulté majeure : pour réussir dans leur travail tout en assumant une part disproportionnée des responsabilités ménagères, elles doivent être plus efficaces que les hommes et aptes à gérer plusieurs tâches en même temps. Ce qui pose un problème dans les échelons supérieurs de la science, où les emplois du temps sont très serrés et peu flexibles.

« La contribution des femmes scientifiques apporte un regard différent qui est indispensable pour relever les grands défis auxquels fait face l’humanité », déclare-t-elle. Selon elle, «les jeunes femmes devraient être encouragées à privilégier leurs intérêts plutôt qu’à se conformer aux attentes des gens ». Et des modèles féminins forts sont primordiaux, tout comme les initiatives qui promeuvent l’accès des femmes à des carrières scientifiques telles que le programme L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science.

 

Dr. Ana Sofia Varela

Bourse Régionale L’ORÉAL- UNESCO - Mexique
Institut de Chimie, Université Nationale Autonome de Mexico (UNAM)
Électrocatalyse

La capture du carbone joue un rôle important dans la lutte contre le changement climatique. La Dr. Ana Sofia Varela utilise l’électrocatalyse pour convertir le dioxyde de carbone en produits utiles, dans le cadre d’un procédé connu sous le nom d’électroréduction du CO2...

Ainsi, elle utilise l’électricité comme force motrice et explore diverses possibilités d’amélioration de la qualité de l’air, en mettant particulièrement l’accent sur de nouveaux types de catalyseurs bon marché composés (carbone, azote et métaux de transition). Le prix abordable de ces produits est au cœur de la viabilité économique et technologique du processus. À terme, l’électroréduction du CO2 permettra d’utiliser l’électricité renouvelable et les déchets de CO2 pour concevoir des produits chimiques à base de carbone. « Mon rêve est d’aider à éviter les changements climatiques et ses conséquences », déclare-t-elle.

Au Mexique, la Dr. Ana Sofia Varela se retrouve confrontée au défi d’avoir à travailler avec des moyens et des budgets très limités. Elle a cependant réussi à constituer son propre groupe de recherche et à équiper son laboratoire, un effort significativement mis en avant pour l’obtention de sa Bourse Régionale L’Oréal-UNESCO Pour les femmes et la Science. Selon elle, « les femmes doivent prouver leur valeur, tandis que celle des hommes est considérée comme acquise. Elles doivent faire attention à ne pas dépasser la limite entre l’affirmation de soi et l’agressivité, en particulier quand il s’agit de prétendre à un poste de direction». Elle ajoute que « cela doit changer, car une plus grande diversité dans la science nous permettra d’élaborer des approches multiples à même de répondre aux défis auxquels l’humanité est confrontée. »

 

AMÉRIQUE DU NORD

Dr. Jacquelyn Cragg

Bourse Régionale  L’ORÉAL- UNESCO - Canada
Université de la Colombie-Britannique et International Collaboration on Repair Discoveries
Sciences De La Santé

Avec le développement et le vieillissement de la population mondiale, le poids des maladies neurologiques s’est considérablement accru au cours des 25 dernières années*. La Dr. Jacquelyn Cragg utilise des algorithmes statistiques pour mieux comprendre la progression de ce type de maladies, notamment la maladie de Parkinson, la sclérose latérale amyotrophique (SLA) et les lésions médullaires...

Elle exploite des «big Data» cliniques et démographiques ainsi que l’apprentissage assisté par ordinateur afin d’identifier de nouveaux indicateurs fiables de l’évolution des maladies et de comprendre comment divers facteurs interagissent afin de prédire des résultats à long terme. Elle souhaite aujourd’hui aider à découvrir des stratégies et des thérapies de traitement innovantes pour les personnes souffrant de maladies neurologiques. Encouragée par ses enseignants, la Dr. Jacquelyn Cragg a développé des connaissances approfondies en mathématiques, en statistiques et en sciences, se forgeant ainsi une base solide pour sa future carrière.

La Dr. Jacquelyn Cragg constate que les femmes sont confrontées à des défis majeurs dans le monde scientifique. Même si les femmes et les hommes ont à priori les mêmes aptitudes scientifiques inhérentes, elle considère qu’il existe des différences évidentes dans la façon dont ces aptitudes brutes sont cultivées au fil du temps, avec divers préjugés sexistes tendant à s’installer dans les mentalités. « Surmonter les stéréotypes liés au genre et encourager les filles à développer leur intérêt pour les sciences devraient commencer dès le plus jeune âge», conclut-elle. «Les filles et les garçons doivent savoir que tout le monde est capable de faire les mêmes choses.»

 

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Jeunes Talents Internationaux 2018

Le travail de ces chercheuses a été mis en lumière le 21 mars 2018, pour clore la conférence scientifique qui marqua le 20e anniversaire du partenariat UNESCO- L'Oréal pour les Femmes et la Science. Cette conférence était suivie de la cérémonie de remise des prix L'Oréal-UNESCO pour les Femmes et la Science le 22 mars 2018.

 

AFRIQUE ET ÉTATS ARABES

Dr. Areej Abuhammad

Boursière régionale L’Oréal-UNESCO -  Levant et Egypte
École de pharmacie, Université de Jordanie
Médecine fondamentale

La maladie veineuse chronique touche 57 % d’hommes et 77 % de femmes1. Elle résulte d’une anomalie de fonctionnement du système veineux superficiel ou profond des jambes, et peut conduire à la formation de varices, de modifications cutanées et d’ulcères veineux. Le traitement chirurgical des varices superficielles s’avère efficace mais aussi coûteux, sans compter qu’il est susceptible d’entraîner des complications, comme par exemple des infections. L’objectif du Dr Areej Abuhammad est de mettre au point un traitement médicamenteux contre la maladie veineuse chronique. « Nombre de traitements des maladies reposent sur le ciblage et l’inhibition de protéines actives spécifiques appelées enzymes, explique-t-elle. Nous y parvenons en concevant de petites molécules chimiques structurellement compatibles avec les enzymes. Cela implique toutefois de comprendre au préalable la structure de l’enzyme que nous souhaitons cibler. »

Elle travaille à la conception d’un inhibiteur sélectif de la « métalloprotéase matricielle-9 » (MMP9), impliquée dans la dégradation tissulaire entraînant la formation de varices. Il convient dans un premier temps de déterminer sa structure lorsqu’elle est associée à de petits fragments chimiques grâce à la cristallographie, technique permettant l’étude de la structure moléculaire des substances cristallines. Areej Abuhammad décrit son initiation à cette technique comme un tournant dans sa carrière. « Le domaine nouveau de la cristallographie des protéines a contribué à élucider la forme et la structure d’importantes protéines. Avant le progrès des connaissances dans ce domaine, on en savait très peu sur la structure physique d’aussi petits composants de la cellule. » Le Dr Abuhammad a lancé le premier laboratoire de cristallographie des protéines consacré à la découverte de traitements en Jordanie. Elle ambitionne de mettre au point de nouveaux traitements pour la maladie veineuse chronique et d’autres maladies non transmissibles comme le cancer et l’obésité, ainsi que pour des maladies infectieuses comme la tuberculose, la grippe aviaire ou encore le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS).

1 - Onida, S., and Davies, A. H. (2016), Phlebology 31, 74-79.

 

 

Danielle Twilley

Boursière nationale L’Oréal-UNESCO -  Afrique du Sud
Laboratoire de culture cellulaire botanique complexe, Université de Pretoria
Biologie

Les cancers de la peau comptent parmi les plus fréquents en Afrique du Sud. Parmi eux, le mélanome est le plus dangereux, avec environ 86 % des cas attribués à l’exposition au soleil.1 « Le mélanome, explique Danielle Twilley, se propage en envoyant des signaux qui stimulent la croissance de nouveaux vaisseaux sanguins, dénommée “angiogenèse”, alimentant le cancer en oxygène et en nutriments et lui fournissant un chemin d’accès à diverses parties du corps. » L’angiogenèse devient une piste intéressante pour le traitement du cancer, même si, d’après l’Institut National du Cancer, il n’existe actuellement aucun inhibiteur pour le traitement du mélanome2. Danielle Twilley cherche à déterminer si un composé isolé à partir d’une plante sud-africaine, dont l’importante cytotoxicité (propriété d’être toxique pour les cellules) envers les cellules du mélanome a été décelée dans de précédentes recherches, est capable d’inhiber à la fois l’angiogenèse et la croissance tumorale. Afin de minimiser les dommages causés aux cellules saines tout en administrant des doses puissantes dans l’environnement tumoral, elle est en train de développer l’agent antiangiogénique sous forme de nanoparticules d’or afin de cibler son administration dans la tumeur et son réseau vasculaire.

Danielle Twilley a étudié les connaissances autochtones des plantes médicinales appliquées au cancer de la peau pour trouver une plante traditionnellement utilisée avec une haute teneur en antioxydants qui augmente le « sun protection factor » (SPF) d’un écran solaire. Elle est très impliquée dans le développement de produits, dépose des brevets qui assurent des bénéfices aux communautés indigènes, planifie des essais cliniques et interagit avec les fabricants.

1 - Parkin DM, Mesher D, and Sasieni P. 2011. Cancers attributed to solar (ultraviolet) radiation exposure in the UK in 2010. British Journal of Cancer 105, S66-S69.
2 - NCI. 2011. Online. Angiogenesis inhibitors. Available at: https://www.cancer.gov/about-cancer/treatment/types/immunoth... angiogenesis-inhibitors-fact-sheet (29/07/2017).

 

 

Dr. Hanifa Taher Al Blooshi

Boursière nationale L’Oréal-UNESCO -  Émirats Arabes Unis
Département de génie chimique, Université Khalifa
Géni chimique

Les déversements d’hydrocarbures, fréquents dans l’exploration et le transport pétrolier, constituent un danger pour l’environnement. Plus de 45 déversements importants ont été répertoriés depuis 2010, dont quatre, survenus en 2016, ont libéré quelques 6 000 tonnes de pétrole dans les océans.1 Pour accélérer la dispersion des hydrocarbures et leur biodégradation dans l’eau, on utilise des dispersants chimiques, efficaces pour nettoyer jusqu’à 90 % de la pollution. La toxicité de ces agents soulève cependant des inquiétudes. Des études sont en cours pour trouver des dispersants biodégradables inoffensifs pour l’environnement. Les liquides ioniques, aussi appelés agents structurants, fabriqués à partir de déchets pourraient être utilisés à cette fin, une manière également de donner une nouvelle vie à des détritus.

Le Dr Taher Al Blooshi est en train de mettre au point un nouvel agent dispersant à partir de matériaux durables, notamment des déchets, disponibles dans les Émirats Arabes Unis. Elle s’apprête à formuler et produire de nouveaux agents, pour les comparer à ceux actuellement utilisés, sur différents types de pétrole et dans différentes conditions aquatiques. Les résultats de cette étude pourraient mener à une nouvelle formulation susceptible de remplacer les dispersants traditionnels utilisés en dépollution. Les progrès profiteraient à la fois aux secteurs de l’environnement et maritimes. Le Dr Al Blooshi poursuit cette recherche parallèlement à ses travaux sur le biodiesel automobile produit à partir d’huile extraite de composés riches en huiles. « La production de biodiesel et les technologies respectueuses de l’environnement sont des sujets de recherche en vogue dans le domaine du génie chimique, en particulier aux Émirats Arabes Unis », précise-t-elle. Ses travaux fourniront des solutions durables pour le nettoyage des déversements pétroliers et contribueront à la protection des écosystèmes.

1 - Oil tanker spill statistics 2016. 2017, The International Tankers Owners Pollution Federation Limited London.

 

 

Dr. Ibtissem Guefrachi

Boursière nationale L’Oréal-UNESCO -  Tunisie
Biodiversité et valorisation des bioressources en zones arides, Faculté des sciences de Gabès en collaboration avec l’Institut de biologie intégrative de la cellule
Microbiologie

Les bactéries multi-résistantes risquent d’anéantir les formidables progrès apportés par les antibiotiques pour lutter contre les infections. La recherche de nouveaux agents antimicrobiens est en cours au niveau international, et certains scientifiques focalisent tous leurs efforts sur les végétaux. Des essais en laboratoire montrent que des peptides antimicrobiens, que l’on retrouve dans certaines variétés de légumineuses, semblent avoir une puissante action antibactérienne. Les nodosités racinaires des légumineuses sont des organes symbiotiques abritant dans leurs cellules des milliers de bactéries Rhizobium fixatrices d’azote, appelées « bactéroïdes ». La cohabitation de ces bactéries avec les cellules des racines a amené ces plantes à s’adapter pour empêcher les cellules de succomber aux bactéries et empêcher les bactéries de succomber à la réaction immunitaire des cellules.

Le Dr Ibtissem Guefrachi a découvert que certaines espèces de légumineuses, comme la luzerne, les Arachis et Aeschynomenes (plantes tropicales), produisent des nodules peptidiques riches en cystéine (NCR) abritant les bactéroïdes. Elle a révélé les mécanismes déterminant la sensibilité ou la résistance des bactéries à ces peptides. Elle étudie désormais l’action potentielle de peptides NCR synthétisés chimiquement contre des pathogènes bactériens et fongiques fréquents chez l’homme, comme le « Candida albicans », responsable de mycoses génitales ou de candidose, et la « Chlamydia trachomatis », une infection sexuellement transmissible. Elle envisage aussi d’éventuelles applications dans l’industrie agroalimentaire et l’agriculture. Elle tient sa motivation tant d’une curiosité scientifique pour le développement symbiotique des plantes et des bactéries, que d’un désir d’aider à résoudre les problèmes actuels. « J’espère que cette recherche mènera à de nouvelles solutions pour la santé et l’agronomie. » Les mécanismes de fixation symbiotique de l’azote observés chez les légumes pourraient également permettre d’élaborer des moyens d’améliorer la fixation de l’azote dans les cultures non légumineuses, réduisant ainsi le recours aux engrais azotés, ayant une influence sur le changement climatique et la pollution des eaux de surface.

 

 

ASIE - PACIFIQUE

Dr. Weang Kee Ho

Boursière nationale L’Oréal-UNESCO -  Malaisie
Département de mathématiques appliquées, Université de Nottingham en Malaisie / Cancer Research Malaysia
Epidémiologie

En Asie, une augmentation de 50 % des cancers du sein est envisagée à horizon 2025, par rapport à 2012. Le diagnostic intervient souvent à un stade avancé, ce qui explique que le taux de survie à cinq ans dans certains pays asiatiques atteigne seulement 49 %, contre 89 % dans les pays occidentaux. 1 Augmenter le dépistage par mammographie et la détection précoce de la maladie notamment au sein des populations défavorisées constitue le principal défi dans les années à venir. Le Dr Weang Kee Ho est en train de mettre au point un outil permettant d’identifier les femmes les plus à risques, et de leur consacrer des programmes de dépistage. Il est urgent de développer un calculateur de risque fondé sur des analyses génétiques asiatiques, car les outils existants ont été conçus à partir d’études sur la population européenne.

Le Dr Ho travaille sur des séries de données génétiques extraites à partir de plusieurs études majeures menées en Asie sur la maladie, afin d’identifier les marqueurs génétiques utiles à la prédiction du risque de cancer du sein. Elle ne ménage pas ses ambitions : « Les modèles de prédiction des risques incluant uniquement les mutations génétiques courantes, sans tenir compte des plus rares, ni d’autres facteurs de risques connus dans le cancer du sein, ne seraient pas complets ». Elle estime que son objectif, bien qu’ambitieux, est réalisable avec le concours précieux d’autres spécialistes de son équipe. La première passion du Dr Ho, statisticienne épidémiologique, était les mathématiques. « C’est pendant mon doctorat, se rappelle-t- elle, que j’ai pris conscience que mes compétences en mathématiques pourraient être un outil puissant pour répondre à nombre de questions scientifiques majeures. » Elle travaille sur l’épidémiologie et la génétique des accidents et maladies cardio-vasculaires, ainsi que du diabète, tout en poursuivant des collaborations internationales dans le cadre de ses récents travaux sur le cancer du sein.

 

 

Dr. Hiep Nguyen

Boursière nationale L’Oréal-UNESCO - Viet Nam
Orientation génie tissulaire et médecine régénérative, Département de génie biomédical, Université internationale du Vietnam, Université nationale - Hô-Chi-Minh-Ville
Géni medical

Un meilleur accès aux soins pour les populations issues de zones rurales et reculées contribuerait à améliorer leur qualité de vie, à freiner dans une certaine mesure l’exode rural, et à leur éviter la contrainte de déplacements en ville pour soigner leurs blessures. « Je concentre actuellement mes travaux sur les biomatériaux tels que la biocolle, le bioadhésif et la suture sans aiguille, pouvant être utilisés directement par les patients chez eux pour soigner leurs blessures », révèle le Dr Hiep Nguyen. Son dernier projet concerne la mise au point d’un gel intelligent principalement formé par réticulation d’acide hyaluronique (qui contribue sensiblement à la migration et à la prolifération cellulaire) et de chitosan (utile dans la régénération tissulaire). Il peut en outre associer d’autres ingrédients comme des nanoparticules d’argent et de curcumine pour différentes applications spécifiques. Son équipe teste actuellement le gel pour optimiser sa sécurité et sa performance. Le but ultime est de créer un produit immédiatement applicable sur différents types de plaies, qui aide à éliminer les bactéries et favorise une régénération tissulaire rapide. Lors de l’application, le gel va former une membrane pour arrêter le saignement, absorber le liquide de la plaie et empêcher les infections provoquées par des microorganismes.

« L’objectif de mes recherches, précise-t-elle, est d’étudier les nouvelles technologies des pays développés et de les rapporter au Vietnam. J’ambitionne aussi de lancer des biomatériaux et traitements originaires du Vietnam sur les marchés internationaux. » Elle vient tout juste de fonder une start-up afin de développer des biomatériaux viables sur le plan commercial, et est déterminée à améliorer les capacités de recherche de son pays. Au sein du département de génie biomédical, en collaboration avec la chaire et ses collègues, elle a renforcé l’orientation en génie tissulaire et médecine régénérative (TERM, « Tissue Engineering and Regenerative Medecine ») en concevant de nouveaux cours, en enseignant, en encadrant, en construisant des laboratoires et en aidant à organiser des conférences internationales. Le succès de l’orientation TERM a contribué à la réputation du programme de génie biomédical, classé numéro un au Vietnam et au deuxième rang de l’ensemble des programmes du réseau ASEAN (Association des nations du Sud-Est asiatique) d’universités de pointe.

 

Dr. Yukiko Ogawa

Boursière nationale L’Oréal-UNESCO - Japon
Groupe des matériaux métalliques légers, Centre de recherche sur les matériaux structurels, Institut national des sciences matérielles
Génie des matériaux

Les matériaux légers sont de plus en plus recherchés pour améliorer le rendement énergétique des véhicules, la portabilité des appareils électroniques et ouvrir de nouveaux horizons aux dispositifs médicaux. À ce titre, les alliages de magnésium constituent une solution intéressante en raison de leur légèreté, mais leur usage reste limité car ils sont difficiles à façonner. Le Dr Yukiko Ogawa est parvenu à contrôler la microstructure et les propriétés mécaniques du magnésium par traitement thermique, ce qui, auparavant, était considéré comme impossible. Elle a poursuivi ses expérimentations en ajoutant un autre élément à l’alliage, le scandium, pour obtenir une combinaison optimale de résistance et de ductilité (propriété pour un matériau d’être déformé sans se casser). Ce faisant, elle a découvert que le matériau présentait une mémoire de forme – il peut être plié et déformé, mais retrouve sa forme initiale lorsqu’il est exposé à la chaleur ou à l’électricité. Le Dr Ogawa s’intéresse désormais aux autres propriétés que pourrait avoir cet alliage : biodégradable et bien accepté par le corps humain, il permettrait de surmonter certaines des difficultés actuellement rencontrées avec les dispositifs implantables tels que les endoprothèses (prothèses inamovibles implantées dans le corps). Dans son enfance, le Dr Ogawa souhaitait devenir scientifique pour développer des innovations susceptibles d’aider les gens. « La science des matériaux est le fondement de notre société moderne, affirme-t-elle. L’élaboration de nouveaux matériaux et l’amélioration de leurs propriétés permettent une innovation radicale. » Son équipe de recherche s’efforce désormais d’ajuster la composition de l’alliage ainsi que le procédé employé pour induire la mémoire de forme, afin de permettre une production abordable et évolutive. Ses expériences ouvrent aussi de nouvelles voies à l’étude d’autres alliages légers qui pourraient être utilisés pour des systèmes de transport plus écologiques

 

 

 

EUROPE

Dr. Radha Boya

Boursière nationale L’Oréal-UNESCO -  Royaume Uni
Groupe de physique de la matière condensée, Université de Manchester
Physique

Les nanostructures sont omniprésentes dans la nature, pour assurer le passage des substances là où elles sont nécessaires et filtrer les impuretés. « Les canaux subnanométriques sont indispensables aux fonctions essentielles et vitales qui reposent sur le transport de petits ions à travers les membranes cellulaires », souligne le Dr Radha Boya qui s’est formée à la physique en Inde et mène actuellement ses recherches au Royaume-Uni. « Ce n’est qu’au cours de ces deux dernières décennies que nous avons commencé à découvrir l’importance des nanodimensions et la richesse scientifique qui s’y cache. » Reproduire ces structures naturelles peut potentiellement servir dans des domaines aussi variés que la filtration d’eau, la bioanalyse et l’administration de médicaments.

Le Dr Boya a trouvé un moyen de fabriquer des canaux, ou tubes, comme elle les appelle, 10 000 fois plus fins qu’un cheveu. L’utilisation du graphène lui a permis de repousser les limites engendrées par la rugosité d’autres molécules. Ses tubes sont réalisés par empreinte dans le graphène, sous une forme creuse utile au confinement d’une substance, ou en tunnel à des fins de transport. Ils peuvent servir à filtrer les molécules et les ions par taille. La technique de fabrication des tubes par nanolithographie, mise au point par le Dr Boya, est reproductible et flexible, ce qui constitue un outil important pour le développement ultérieur de nanocanaux artificiels aux propriétés spécifiques adaptées à différentes exigences. « Je rêve que mon travail puisse mener à une meilleure compréhension des canaux protéiques naturels de l’eau présents dans les membranes cellulaires », confie-t-elle. Ces travaux posent les bases de nouvelles méthodes de désalinisation et de filtration de l’eau, et de nouvelles techniques de séparation du gaz et du pétrole dans les raffineries.

 

 

Dr. Agnieszka Gajewicz

Boursière nationale L’Oréal-UNESCO -  Pologne
Faculty of Chemistry, University of GdanskFaculté de chimie, Université de Gdansk
Chimie

Grâce aux nanomatériaux, le panorama des produits industriels et de consommation évolue à toute vitesse, de la mémoire de stockage de nos ordinateurs aux cellules solaires générant de l’électricité, en passant par les systèmes d’administration de médicaments. Notre connaissance de la façon dont ces mini particules affectent l’environnement et la santé humaine reste cependant très incomplète. Une approche proactive est requise, compte-tenu des enseignements tirés des risques sanitaires graves posés par des produits chimiques autrefois considérés comme inoffensifs, à l’instar de l’impact de l’amiante (minéral souvent utilisé en isolation) sur les poumons, ou de l’insecticide DDT sur le poids à la naissance. Spécialiste en chimio-informatique, le Dr Agnieszka Gajewicz entend anticiper les dangers avant qu’ils ne se retrouvent dans notre environnement et nos organismes.

Étant donné le grand nombre de nouvelles nanoparticules commercialisées chaque jour, on ne peut s’attendre à ce que chacune fasse l’objet d’une évaluation complète des risques. C’est pourquoi le Dr Gajewicz est en train de mettre au point des méthodes computationnelles (compréhension des comportements humains par des programmes informatiques) efficaces pour prédire les propriétés et la toxicité des nanomatériaux et accélérer l’évaluation préclinique. Pour les autorités de réglementation, ces méthodes fournissent un moyen d’évaluer la sécurité à un stade précoce du développement de nouveaux nanomatériaux, en tenant compte de l’ensemble du cycle de vie du produit. « Par rapport aux travaux de laboratoire traditionnels, les méthodes computationnelles permettent de mettre au point des produits qui sont sûrs dès leur conception, en passant au crible des milliers de substances chimiques candidates », explique-t-elle. Les travaux du Dr Gajewicz ont attiré l’attention des autorités européennes de réglementation, en quête de moyens permettant d’assurer une évaluation efficace des risques liés aux nanomatériaux fabriqués. Le Dr Gajewicz voit de nombreux points communs entre sa passion scientifique pour la chimio-informatique et sa passion pour la course : « Courir un marathon demande beaucoup de préparation et d’organisation, de détermination, de persévérance et de discipline — tout comme une carrière dans les sciences. »

 

 

Dr. Anna Kudryavtseva

Boursière nationale L’Oréal-UNESCO - Fédération de Russie
Laboratoire d’études post-génomiques, Institut Engelhardt de biologie moléculaire, Académie des sciences russe
Biologie

En Europe, 22 % des cancers diagnostiqués sont des cancers dit « rares ». Pour ces derniers, il existe moins de traitements, et les taux de survie à cinq ans sont de 47 % contre 65 % pour les formes de cancer les plus courantes1. Le Dr Anna Kudryavtseva, fascinée par les problématiques scientifiques où les connaissances sont limitées, a décidé d’abandonner ses ambitions en chirurgie au profit de la biologie après un cours sur les organismes unicellulaires. « Il est plus intéressant de travailler sur quelque chose de complètement nouveau, qui n’a jamais fait l’objet de recherches appropriées », explique-t-elle. Pour les cancers rares appelés « paragangliomes », en particulier ceux de la tête et du cou, qui sont ses sujets d’étude, elle s’est efforcée de se fixer un objectif reflétant ses aspirations. Dans ces tumeurs rares, les mutations conductrices qui permettraient de mettre au point des traitements ciblés sont encore largement méconnues.

Ces tumeurs, pour la plupart bénignes et à croissance lente, sont susceptibles de devenir malignes et de métastaser chez 10 à 15 % des patients.2 Elles sont particulièrement dangereuses, car elles surviennent près de structures vitales comme l’artère ou la carotide, et résistent à la chimiothérapie et aux radiations. Ces cancers se caractérisent aussi par un dérèglement de l’aptitude cellulaire à produire et à utiliser de l’énergie, ce qui est une cause primaire de leur malignité, alors que pour la plupart des autres cancers, il ne s’agit que d’un phénomène secondaire. Cela donne un angle de travail idéal au Dr Kudryavtseva qui s’est préalablement penchée sur le métabolisme énergétique dans la progression des tumeurs. Elle effectue des analyses génétiques et épigénétiques d’échantillons de tumeurs, de sang et de ganglions lymphatiques, afin d’identifier ce qui différencie les trois formes les plus communes de paragangliomes de la tête et du cou. Ces modifications génétiques aideront à définir des marqueurs pronostiques de l’évolution maligne d’une maladie, afin que le traitement puisse être lancé et que de nouveaux médicaments puissent être mis au point. Une part importante de ces travaux consiste à corréler les modifications génétiques aux caractéristiques cliniques pour prendre en compte l’interaction entre les caractéristiques génétiques et les facteurs internes et externes.

1 - Gemma Gatta, Jan Maarten van der Zwan, Paolo G. Casali, Sabine Siesling, Angelo Paolo Dei Tos, Ian Kunkler, Renée Otter, Lisa Licitra, Sandra Mallone, Andrea Tavilla, Annalisa Trama, Riccardo Capocaccia, Rare cancers are not so rare: The rare cancer burden in Europe, European Journal of Cancer, 2011; 47(17):2493-2511.
2 - Zhikrivetskaya S.O., Snezhkina A.V., Zaretsky A.R., Alekseev B.Y., Pokrovsky A.V., Golovyuk A.V., Melnikova N.V., Stepanov O.A., Kalinin D.V., Moskalev A.A., Krasnov G.S., Dmitriev A.A., Kudryavtseva A.V., Molecular markers of paragangliomas and Pheochromocytomas. Oncotarget, 2017;8(15):25756-25782.

 

 

Associate Prof. Duygu Sag

Boursière nationale L’Oréal-UNESCO - Turquie
Centre de biomédecine et génome d’Izmir, Université Dokuz Eylul
Biologie

Notre système immunitaire nous défend contre de nombreuses maladies, mais s’avère moins efficace contre le cancer. Des progrès ont été réalisés récemment, permettant d’accroître la capacité du système immunitaire à identifier et éliminer les cellules cancéreuses. Cependant, un type de cellule immunitaire crucial dans l’environnement tumoral, appelé « macrophage », n’a pas encore été ciblé avec succès pour l’immunothérapie. Les macrophages peuvent être anti-inflammatoires et favoriser la prolifération des cellules tumorales, ou pro-inflammatoires et combattre la tumeur. Ce sont généralement les promoteurs de tumeur qui dominent dans l’environnement tumoral. Les mécanismes qui régissent le basculement d’un type de macrophage à l’autre sont encore mal élucidés.

« Nous avons récemment fait une découverte prometteuse au cours d’études précliniques : les macrophages présentant un déficit du transporteur de cholestérol ABCG1 deviennent de puissantes cellules antitumorales et inhibent la progression du cancer de la vessie », confie le Professeur Duygu Sag. Son équipe oeuvre maintenant à découvrir les mécanismes moléculaires qui provoquent ce basculement entre macrophage protumoral et antitumoral. « Cela pourrait déboucher sur la mise en oeuvre de nouvelles approches d’immunothérapie pour le traitement du cancer », avance-t-elle. Le goût du Professeur Sag pour la science remonte au lycée : « Les autres filles avaient des posters de célébrités dans leur chambre, moi, mes murs étaient recouverts de photos de biologistes célèbres et d’affiches scientifiques ! » Elle a bon espoir que la science aide à surmonter les problèmes sans précédent auxquels le monde est confronté : « Notre arsenal de connaissances scientifiques pour aborder ces problèmes est aujourd’hui aussi sans précédent. »

 

 

Dr. Ai Ing Lim

Boursière nationale L’Oréal-UNESCO - France
Section immunologie des muqueuses, Laboratoire des maladies parasitaires, Institut national des allergies et des maladies infectieuses, Instituts nationaux de santé, États-Unis
Médecine fondamentale

Notre organisme est doté d’une magnifique machinerie, de très haute précision. Afin de protéger notre corps, notre système immunitaire est en mesure de créer des réponses spécifiques pour cibler différents pathogènes. De nos jours, cependant, les cas d’asthme, de dermatites, d’allergies alimentaires et d’obésité, tous liés au système immunitaire, se multiplient. Cela suggère que nous sommes en proie à un certain degré de dysfonctionnement immunitaire. Si les causes demeurent un mystère, les études en laboratoire ont montré qu’une simple infection peut endommager à long terme l’équilibre du système immunitaire. Les bébés nés avec une microcéphalie à la suite de l’exposition de leur mère au virus Zika rappellent de manière alarmante des impacts à long terme des infections maternelles. La grossesse donne lieu à d’importants changements hormonaux, métaboliques et immunitaires, ainsi que du microbiote. Les femmes enceintes sont en outre plus sensibles à un certain nombre de maladies infectieuses, comme le virus de la grippe, la listeria et la toxoplasmose, par exemple.

Tout ceci suggère un lien possible entre l’environnement foetal et les troubles immunitaires que nous connaissons, notamment dans les pays riches. Le Dr Ai Ing Lim estime que l’interaction intra-utérine entre la mère et le foetus pourrait être déterminante pour comprendre la complexité des troubles immunitaires. Elle explore la manière dont l’exposition de la mère à des infections pendant sa grossesse a des conséquences sur le système immunitaire du bébé. Ses recherches impliquent des études en laboratoire sur l’impact d’infections couramment observées au cours de la grossesse, la grippe par exemple, sur le développement du système immunitaire et la sensibilité du bébé aux maladies inflammatoires. Elle s’appuie sur les précédentes découvertes faites sur un nouveau type de cellules immunitaires connues sous le nom de cellules lymphoïdes innées, jouant un rôle crucial dans les réactions immunitaires précoces pour lutter contre différentes maladies. « Au bout du compte, j’espère que la compréhension du fonctionnement de notre système immunitaire, en particulier dans le contexte de la mère et du foetus, nous conduira à solutionner de nombreuses maladies inflammatoires et infectieuses », confie-t-elle.

 

 

AMÉRIQUE LATINE

Dr. Selene Lizbeth Fernandez Valverde

Boursière nationale L’Oréal-UNESCO - Mexique
Unité de génomique avancée, Laboratoire national de génomique pour la biodiversité (UGA-LANGEBIO), Cinvestav
Biologie

Les protéines sont considérées comme les composantes fondamentales de la vie et font l’objet de beaucoup d’attention de la part de la communauté scientifique. Elles ne sont pourtant présentes que dans moins de 3 % de notre ADN. La majorité des ARN, molécules polymères essentielles à diverses fonctions biologiques comme le codage, le décodage, la régulation et l’expression des gènes, ne produisent pas de protéines. Ces ARNs, appelés « longs ARN non codants » (lncRNA) demeurent la « matière noire » relativement inexplorée du génome. Le Dr Fernandez Valverde entend comprendre la fonction et l’évolution de milliers d’lncRNA présents dans la plupart des formes de vie, dont certains ont un rôle dans le contrôle de l’expression des gènes et un lien avéré avec des maladies comme le cancer et le diabète. « C’est une époque des plus stimulantes pour les chercheurs en recherche biologique » s’enthousiasmet- elle. Grâce aux progrès technologiques, les scientifiques sont en mesure d’obtenir un séquençage complet de l’ADN et de l’ARN d’un organisme et « cette mine de renseignements nous permet d’utiliser la théorie de l’évolution pour identifier des molécules importantes dans différents organismes et contextes ».

Le Dr Fernandez Valverde élabore un cadre qui permettra d’étudier les IncRNA individuels pour identifier les motifs structurels, les groupes d’IncRNA aux caractéristiques communes, et d’établir la relation avec leurs fonctions. Elle utilise des méthodes computationnelles (compréhension des comportements humains par des programmes informatiques) pour identifier les séquences d’ARN qui sont en cours de sélection d’évolution. « Nous pouvons, par exemple, identifier des ARN dont l’expression augmente dans des environnements particuliers, comme en haute altitude ou sous une exposition intense au soleil, et déterminer comment ces changements sont associés à l’apparition et à la réaction à la maladie chez les humains, les animaux et les cultures. » Elle espère que les outils développés dans son laboratoire permettront aux scientifiques d’interpréter les effets de l’environnement sur la modification de l’expression génétique, en assignant rapidement des fonctions à de nouvelles molécules d’ARN non caractérisées.

 

 

Dr. Rafaela Salgado Ferreira

Boursière nationale L’Oréal-UNESCO - Brésil
Laboratoire de modélisation moléculaire et de conception de médicaments, Groupe de chimie computationnelle, Belo Horizonte
Chimie

Les maladies concernant principalement les pays les plus pauvres ne bénéficient pas toujours d’un engagement suffisant de la part des compagnies pharmaceutiques, qui laissent bien souvent aux universités publiques le soin de pallier ce manque. Le Dr Rafaela Salgado Ferreira dirige le Laboratoire de modélisation moléculaire et de conception de médicaments de Belo Horizonte, au Brésil, avec pour mission d’élaborer de nouveaux traitements pour les maladies négligées. « Notre approche est celle de la conception rationnelle de médicaments, précise-t-elle. Nous ciblons d’abord une protéine indispensable à l’agent pathogène, dont nous déterminons expérimentalement la structure, avant d’utiliser des techniques computationnelles (compréhension des comportements humains par des programmes informatiques) pour sélectionner les molécules les plus susceptibles d’agir contre elle. »

La sélection computationnelle permet à son équipe d’examiner des millions d’inhibiteurs potentiels et de n’en sélectionner que quelques dizaines à évaluer de manière expérimentale au laboratoire, afin de vérifier leur action contre l’agent pathogène. Il s’agit là des premières étapes du processus de mise au point de médicaments. Le Dr Salgado Ferreira concentre actuellement ses recherches sur la maladie de Chagas, une maladie parasitaire endémique au Brésil qui touche jusqu’à trois millions de personnes, et pour laquelle les traitements existants ont une efficacité limitée et de graves effets secondaires. Le Dr Salgado Ferreira a choisi de cibler la cruzaïne, l’agent pathogène responsable de la maladie, sur lequel elle teste plusieurs inhibiteurs identifiés par approche rationnelle. Son travail sur le virus Zika, qui a durement frappé le Brésil il y a deux ans, se concentre sur un inhibiteur de protéase empêchant la réplication virale. « Il est particulièrement complexe d’élaborer des médicaments, souligne-t-elle. Ma plus belle réussite et mon plus grand rêve, ce serait de contribuer à la mise sur le marché d’un nouveau traitement. »

 

 

AMÉRIQUE DU NORD

Dr. Anela Choy

Boursière nationale L’Oréal-UNESCO - United States
Institut d’océanographie Scripps de l’Université de Californie, San Diego
Oceanographie

L’être humain a affecté les écosystèmes océaniques, notamment en brûlant des combustibles fossiles et en consommant des produits de la mer. Comprendre l’interaction des créatures marines et comment cellesci se nourrissent les unes des autres est au coeur des recherches du Dr Anela Choy. Il est essentiel aujourd’hui de déterminer comment les multiples impacts de l’activité humaine affectent le réseau trophique océanique, afin de lui assurer une existence durable et saine. On estime, par exemple, que plus de dix millions de tonnes de plastique sont déversées chaque année dans l’océan.1 L’ingestion de ces plastiques par des animaux marins présente des risques physiques et chimiques méconnus. En plus de démêler la structure et le fonctionnement du réseau trophique, les travaux du Dr Anela Choy apportent un éclairage indispensable sur les impacts de la pollution plastique marine sur l’écosystème et vont permettre d’élaborer des stratégies de gestion et de préservation des écosystèmes océaniques.

Elle a découvert qu’un animal marin primitif, le larvacé géant, joue un rôle primordial dans le transport des plastiques de la surface vers les profondeurs de l’océan. Elle étudie les modes de distribution des polluants comme le méthylmercure et les plastiques chez les animaux marins, du bas de la chaîne alimentaire jusqu’au poisson consommé par l’homme. Le Dr Choy s’appuie sur des véhicules sous-marins ultramodernes à partir desquels elle peut observer et prélever directement les animaux des écosystèmes des eaux profondes, les plus grands espaces de vie sur Terre. Elle vient tout juste d’accepter un poste à l’Institut d’océanographie Scripps, l’un des plus importants au monde, et se prépare à mettre sur pied son propre laboratoire à l’Université de Californie, à San Diego, à l’automne 2018. L’un de ses premiers projets vise à examiner l’étendue chimique de la pollution plastique en eau profonde : les petits poissons, calamars et crustacés qui seront étudiés sont les piliers des réseaux trophiques océaniques et les principales sources de nourriture des poissons à valeur commerciale. « J’espère que mes travaux sensibiliseront sur les liens étroits entre les sociétés humaines et les profondeurs océaniques, en apparence sans rapport, mais desquelles nous dépendons tous au final. »

1 - Jambeck et al. 2015, Plastic waste inputs from land into the ocean.

 

 

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