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Prix UNESCO Carlos J. Finlay pour la microbiologie

En reconnaissant l’importance de la microbiologie pour la santé et le développement humains, le Gouvernement de Cuba et l’UNESCO ont institué un prix en honneur de l’un des microbiologistes les plus importants de l’histoire : Carlos J. Finlay (Camagüey, 3 décembre 1833 – La Havana, 20 août 1915). Ses recherches innovantes sur les maladies infectieuses et notamment sur découvertes à propos de la fièvre jaune ont bénéficié énormément à l’humanité entière.

Le Prix UNESCO Carlos J. Finlay pour la microbiologie se veut une récompense à un individu, une institution, une organisation non gouvernementale ou toute autre entité, qui, par le biais de ses recherches et de ses acquis, a apporté une contribution majeure à la discipline de la microbiologie et à ses applications. Ce faisant, le Gouvernement de Cuba et l’UNESCO souhaitent encourager la recherche et le développement de la microbiologie.

Lauréats

2020

Kenya Honda
Département de microbiologie et d’immunologie de l’Ecole de médecine de l’Université Keio (Tokyo), chef d'équipe du Laboratoire d'homéostasie intestinale du Centre Riken pour les sciences médicales intégratives (Yokohama), Japon.
Le prix récompense la contribution exceptionnelle du Professeur Keyan Honda au domaine de la microbiologie, plus particulièrement pour ses recherches sur le microbiote et son impact sur le système immunitaire dans diverses maladies. Il lui a été remis le 15 novembre 2021 pendant la 41e session de la Conférence générale de l'UNESCO.

2017

Shahida Hasnain and Samir Saha

La Pr. Shahida Hasnain (Pakistan) et le Dr. Samir Saha (Bangladesh) sont les deux lauréats de l’édition 2017 du Prix UNESCO Carlos J. Finlay pour la microbiologie. La remise du Prix a eu lieu le 6 novembre 2017 dans le cadre de la 39e session de la Conférence générale de l’UNESCO, qui réunit les 195 Etats membres de l’Organisation.

2015

Yoshihiro Kawaoka

Directeur du Centre international pour les maladies infectieuses de l’Université de Tokyo (Japon) et Professeur à l’Université du Wisconsin-Madison (États-Unis), le Pr. Yoshihiro Kawaoka jouit d’une renommée internationale en tant qu’expert du virus de la grippe et du virus Ebola. Le Prix lui a été décerné pour l’ensemble de ses travaux.

A propos du Prix

La microbiologie est la science qui étudie les microorganismes : les organismes vivants microscopiques tels que les bactéries, les virus, les fungi et les protozoaires. Ils sont tellement petits qu’ils sont invisibles à l’œil nu. Et pourtant, ces êtres ont un rôle fondamental pour la vie de notre planète. Ils sont à la fois les plus répandus, les plus populeux et les plus anciens êtres sur notre planète.

Les microorganismes ont un impact majeur sur tous les aspects de notre existence. Parmi quelques exemples, ils sont utilisés pour fabriquer solvants, médicaments, antibiotiques, conservateurs, et ils sont essentiels aux processus de fermentation produisant le fromage et le pain entre autres.

Cependant, certains microorganismes peuvent être pathogènes. VIH/SIDA, paludisme, tuberculeuse, la maladie à virus Ebola ne sont que quelques exemples parmi beaucoup d’autres maladies qu’ils peuvent provoquer. Les maladies infectieuses sont une cause majeure de mort dans le monde entier, particulièrement dans les pays à bas revenu et parmi les enfants.

Néanmoins, de nos jours nous ne connaissons que très peu à propos du fonctionnement des microorganismes et des modalités à travers lesquelles ils déclenchent des maladies. Le développement de vaccins et antibiotiques est une branche de la microbiologie qui a permis de contrer de nombreuses maladies, améliorant considérablement le bien-être des gens, diminuant drastiquement la mortalité humaine et augmentant massivement la productivité agricole et de l’élevage.

Carlos J. Finlay

Né le 3 décembre 1833 à Puerto Príncipe (aujourd’hui Camagüey) dans une famille franco-écossaise, Carlos J. Finlay fit ses études dans plusieurs écoles et instituts parmi les plus prestigieux au monde. Après avoir reçu une instruction primaire à la maison, il fut envoyé en France, où il pourrait bénéficier d’une formation formelle de haute qualité. Son parcours lui permit de suivre les traces de son père, physicien et médecin renommé à Cuba. Néanmoins, les maladies dont il dut faire face et les troubles politiques qui à l’époque secouaient le continent européen le contraignirent à rentrer à plusieurs reprises dans son pays, puis finalement à abandonner définitivement la France pour poursuivre sa formation en Allemagne et au Royaume-Uni d’abord, puis aux Etats-Unis. C’est en effet au Jefferson Medical College de Philadelphia qu’il obtint, le 10 mars 1855, son diplôme de docteur en médecine.

À Philadelphia il se lia d’une étroite amitié avec ses professeurs et menteurs John Kearsly Mitchell et le fils de celui-ci, Silas Weir Mitchell, tous les deux académiciens reconnus et fervents partisans de la théorie microbienne des maladies. Celle-ci, qui a nos jours constitue l’un des fondements de la médecine moderne et de la microbiologie clinique mais qui à l’époque était encore au stade expérimental, postule que de nombreuses maladies résultent de la contamination du corps par des micro-organismes extérieurs.

Mitchell souhaitait fortement voir son brillant élève entamer sa carrière médicale aux États-Unis, mais Finlay ne désirait que de rentrer dans son île natale et travailler à côté de son père. Après huit ans de voyages et cours de spécialisation à l’étranger, en 1864 il commença finalement à exercer en tant que médecin à La Havane.

Ici, sa profession le confronta aux épidémies qui ravageaient périodiquement son pays, comme le paludisme, la fièvre jaune, le choléra et d’autres encore. Ces fléaux étaient d’autant plus impitoyables que la science médicale ne possédait encore de réponses quant à leurs origines et à leur propagation. Finlay se détermina alors à investiguer ces maladies, dans l’objectif de combler le vide scientifique autour d’elles.

Dans un premier temps, il développa une nouvelle théorie relative au choléra : ses recherches l’amenèrent en effet à postuler la transmission hydrique de la maladie. Cependant, ces conclusions restèrent malheureusement inécoutées au sein de la communauté scientifique. Ensuite, il s’intéressa plutôt à la fièvre jaune, source d’immenses pertes humaines et économiques dans le continent américain et à Cuba en particulier.

Le 14 août 1881, Finlay présenta à la Royale académie des sciences médicales, physiques et naturelles de La Havane son article “The Mosquito Hypothetically Considered as the Transmitting Agent of Yellow Fever”. Dans celui-ci, il avançait en premier l’hypothèse que le moustique Culex fasciatus, de nos jours appelé Aedes aegypti, était l’agent de la transmission de la fièvre jaune. Toutefois, cette théorie aussi se heurta à la défiance des académiciens. L’originalité révolutionnaire des affirmations paraissait en effet fantaisiste au sein de la communauté scientifique. En effet, l’idée même qu’un insecte pouvait être le vecteur de propagation d’une maladie était à l’époque avant-gardiste.

Dès 1881, Finlay accomplit de centaines d’expérimentations sur des sujets humains qui se prêtèrent volontairement à être piqués par les Aedes aegypti infectes. Cependant, bien que l’intuition de Finlay fût correcte, ses méthodes expérimentales n’étaient malheureusement pas adaptées. Ainsi, le nombre exigu de résultats positifs de ses essais ne faisait que renforcer les opinions rejetant, voire ridiculisant ses thèses.

Finalement, ce fut une équipe de médecins de l’armée des États-Unis dirigé par le docteur Walter Reed qui réussit à prouver le bien-fondé de la théorie de Finlay. Ces derniers avaient été envoyés à Cuba pour étudier la fièvre jaune, qui pendant le conflit hispano-américain avait tué plus de soldats que la guerre en elle-même. Au début sceptiques vis-à-vis de la théorie de Finlay, ils firent ensuite appel à l’aide de Finlay pour trouver un remède à la maladie. Ce dernier fit alors preuve d’un grand esprit de solidarité scientifique et leur fournit ses exemplaires d’Aedes aegypti ainsi que son soutien. Cette collaboration permit d’accomplir un bond en avant majeur dans la recherche scientifique, outre que de sauver des millions de vies.

Reed a été à tort considéré durant longtemps le découvreur du mode de propagation de la fièvre jaune. Toutefois, le médecin américain a toujours attribué ce mérite à Finlay. À sa mort, Carlos J. Finlay jouait de la plus haute considération au sein de la communauté scientifique aussi bien qu’auprès des autorités publiques de Cuba. Pionnier de la lutte contre la fièvre jaune et initiateur de la théorie des vecteurs biologiques, il apporta bien d’autres contributions précieuses à la science médicale et il occupa durant sa vie plusieurs postes de haute responsabilité au sein de la santé publique de son pays.

Au long de sa carrière, il reçut de nombreux prix et distinctions de la part d’institutions scientifiques du monde entier. Il a été à maintes reprises proposé en tant que candidat au Prix Nobel, malheureusement en vain. Néanmoins, plusieurs instituts, rues et places lui ont été dédiés autour du monde et, après sa mort, l’Organisation panaméricaine de la santé (Pan American Health Organization) a proclamé le 3 décembre, jour de l’anniversaire de Finlay, en tant que Jour de la médecine en Amérique Latine.

Image: The Conquest of Yellow Fever. Author: Robert Thom. Source: Collection of the University of Michigan Health System, UMHS.37