Construire la paix dans l’esprit
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Foire aux questions

En quoi cette méthode se distingue-t-elle des autres ? Les cercles d'histoires sont un outil à la fois structuré et adaptable qui permet aux participants d'exercer concrètement leurs compétences interculturelles et de nouer des liens émotionnels qui ne se produiraient sans doute pas dans le cadre d'une formation interculturelle plus classique. Du fait de ces liens émotionnels entre les participants, cette méthode tend à être plus transformatrice qu'une formation classique.

Quelle différence y a-t-il entre les cercles d'histoires et la pratique du récit ? Les cercles d'histoires sont un processus réfléchi, réunissant un groupe de personnes assises en cercle, qui se confient mutuellement des expériences personnelles, généralement à des fins de médiation, de justice restaurative, ou, dans le cas de la méthode mise au point par l'UNESCO, de développement de compétences interculturelles. La narration ou le récit sont des activités culturelles et sociales qui s'adressent généralement à une plus large audience à des fins de divertissement, d'éducation, de formation morale ou de préservation culturelle.

Qui peut devenir facilitateur de cercles d'histoires ? L'encadrement d'un cercle d'histoires peut et doit être assuré par des enseignants ou des formateurs expérimentés, ayant un bon contact avec les personnes de tous horizons. Les facilitateurs doivent être capables de modéliser une partie des compétences interculturelles visées, comme la capacité d'écouter pour comprendre, avoir une bonne connaissance du contexte dans lequel s'inscrira le cercle d'histoires, et être en adéquation avec ce contexte.

De combien de personnes doivent se composer les petits groupes, et quel est le nombre minimal et le nombre maximal de participants ? Idéalement, un petit groupe se compose de cinq personnes, pas moins de quatre, pas plus de six. Il n'y a réellement pas de nombre maximal de participants du moment que l'espace disponible peut les contenir et que les facilitateurs peuvent les répartir en groupes divers de cinq. Disons qu'il faut un minimum de huit à dix participants, de façon à pouvoir former deux petits groupes.

À quels âges s'adressent les cercles d'histoires ? Les cercles d'histoires ont été expérimentés avec succès avec des participants âgés de 12 à 70 ans ou plus, ils sont donc conçus pour un large éventail d'âges.

Quelle est la durée d'une séance de cercle d'histoires ? Une séance de cercle d'histoires dure habituellement un minimum de 90 minutes, même s'il vaut mieux prévoir deux heures pour avoir assez de temps pour le débriefing final (ou davantage si les cercles d'histoires s'inscrivent dans le cadre d'une plus large manifestation).

Peut-on sauter l'étape finale de débriefing ou de discussion ? L'étape de débriefing ou de discussion qui réunit l'ensemble des participants à la fin de l'exercice est un élément clé de la méthode, qui prévoit un temps de réflexion, ainsi qu'une discussion des enseignements tirés au cours de l'expérience et des prochaines étapes de développement des compétences interculturelles. Il est donc crucial de lui allouer suffisamment de temps. Les petits groupes peuvent l'occuper à partager leurs résultats avec le groupe entier, au moyen, par exemple, d'une présentation visuelle (affiche) ou d'un chant, d'une danse ou d'un poème.

Pourquoi les récits personnels ont-ils une durée strictement encadrée ? Si des paramètres temporels sont fixés, c'est pour que chacun dispose d'un temps égal au sein du groupe et que personne ne prenne le pas sur les autres. Il est important que chaque petit groupe s'entende sur un signal non verbal indiquant à l'orateur que son temps de parole est épuisé, et que chacun s'engage à respecter ces contraintes. Il est également important d'établir une rotation entre ceux qui sont chargés de chronométrer les temps de parole, pour que personne ne soit perçu comme disposant d'un pouvoir à cet égard. Mais il est tout aussi important de ne pas se laisser obnubiler par le temps, et de continuer à s'appliquer à écouter pour comprendre.

Peut-on obliger quelqu'un à participer ? Idéalement non. La participation au cercle d'histoires ne doit pas être obligatoire, car il faut que les participants aient un réel désir de s'y joindre, qu'ils comprennent que leur objectif en participant est d'acquérir des compétences interculturelles, et qu'ils soient intéressés et motivés à y prendre part à cause de cet objectif.

Peut-il y avoir des observateurs ? Idéalement, il vaut mieux qu'il n'y ait pas d'observateurs, car ils ne pourront pas participer aux petits groupes, ni écouter ce qui s'y dit, car ce qui est partagé au sein des groupes doit rester confidentiel.

Que faire si les participants ne sont pas assez divers ? Selon le contexte, le grand groupe peut fixer des critères de diversité pour la répartition en petits groupes. Ou les facilitateurs peuvent former ces petits groupes en s'appuyant sur les différences de sexe, de génération, de religion ou de résidence urbaine/rurale, ou sur tout autre critère pertinent qui assurera une diversité de points de vue au sein des petits groupes.

Les participants peuvent-ils prendre des notes pour mieux se rappeler les flashbacks ? Si les participants craignent de ne pas se souvenir de l'élément marquant de chacune des histoires racontées au sein de leur groupe, ils peuvent en prendre brièvement note. Mais ils ne doivent pas tout noter, car cela pourrait faire croire qu'ils ne se consacrent pas pleinement à écouter pour comprendre, et ce serait aussi une violation de la règle de confidentialité.

Qu'entend-on par « écouter pour comprendre » ? Écouter pour comprendre signifie que l'on concentre 100 % de son attention sur l'orateur : à ce qui est dit, à la manière dont c'est dit, aux gestes non verbaux possibles ainsi qu'aux non-dits. Cela signifie qu'on ne l'interrompt pas, qu'on ne lui pose aucune question et qu'on ne fait aucun commentaire, car cela signifierait que l'accent est mis davantage sur l'auditeur.

Pourquoi ne pas simplement organiser un débat ? Pourquoi s'astreindre à ce processus ? Un débat est un processus très différent de celui du cercle d'histoires et n'atteindra pas les mêmes objectifs en matière de développement des compétences interculturelles. Il est très important de suivre le processus décrit dans ce manuel pour pouvoir les atteindre. Il a en outre été expérimenté avec succès dans l'ensemble des cinq régions de l'UNESCO à travers le monde, et donne de bons résultats quant à la réalisation des objectifs de développement des compétences interculturelles.

S'agit-il d'un exercice ponctuel, ou peut-il être répété ? Si le même groupe de participants peut se réunir de nouveau, il est possible de réitérer l'expérience (c'est d'ailleurs ce que font certains enseignants, qui organisent un cercle d'histoires par semaine, en modifiant les questions incitatives).

Peut-on passer son tour au sein du petit groupe et ne pas partager d'histoire personnelle ? On peut passer son tour au début, mais chacun doit raconter un événement personnel, même s'il ne le fait que de manière superficielle : le but est d'avoir des échanges mutuels entre tous les participants.

Que faire si quelqu'un ne souhaite pas s'exposer en racontant son histoire ? Les participants sont libres de décider jusqu'à quel point ils souhaitent s'exposer en décidant eux-mêmes du degré d'intimité de leur récit personnel. Par exemple, ils peuvent opter pour un épisode marquant de leur vie, ou pour une expérience plus superficielle, celle-ci les plaçant moins en situation de vulnérabilité.

Que faire si quelqu'un semble dominer ou diriger au sein du petit groupe ? Le caractère structuré du processus doit normalement contrecarrer la tendance éventuelle d'un membre du petit groupe à dominer les autres. Il est important que tous ses membres s'engagent dès le départ à respecter les consignes et à les faire respecter avec la courtoisie nécessaire. Si l'on craint une domination, le bâton de parole trouve alors toute son utilité, car il signifie que seule la personne qui le détient a le droit de s'exprimer.

Y a-t-il un risque de blessure émotionnelle ? Même s'il est toujours possible que l'échange aille trop loin dans l'émotionnel, il revient aux facilitateurs de choisir leurs questions incitatives de façon à ce qu'il reste au niveau souhaité. Il est important que les membres des groupes s'engagent à se respecter les uns les autres et à respecter les consignes. Si l'on craint que quelqu'un déborde, il faudra faire appel dans chaque groupe à un facilitateur (également appelé « gardien du cercle ») formé pour ce faire : on formera au besoin un groupe plus grand si des craintes existent concernant le niveau des échanges.

Les cercles d'histoires développent-ils les compétences interculturelles ? Le développement de compétences interculturelles étant un processus qui se poursuit tout au long de la vie, la participation à un cercle d'histoires n'est qu'une étape de ce cheminement. Les cercles permettent aux participants d'exercer certaines compétences interculturelles clés (comme la capacité d'écouter pour comprendre) et d'en perfectionner certains aspects.

Comment évaluer les résultats obtenus dans le cadre des cercles d'histoires ? Si le contexte le permet, on pourra distribuer à la fin de l'exercice une fiche d'évaluation, et si possible, organiser avec les participants une séance de suivi six à huit semaines plus tard. Dans un cas comme dans l'autre, l'accent doit être mis sur les changements qu'ils apporteront dans leurs interactions avec les personnes différentes d'eux. On peut aussi, s'ils ont été préparés, assurer un suivi des plans d'action. Une séance de réflexion guidée peut aussi être un moyen d'évaluer l'impact, y compris au moyen d'« exposés » des enseignements tirés, présentés collectivement en grand groupe (sous la forme d'une affiche, ou d'un poème, etc.). Pour évaluer les résultats, il est important que ceux-ci aient été clairement définis au début de l'exercice, puis de recueillir des preuves de leur obtention par les participants.

Quelles sont les étapes suivantes, après une expérience de cercle d'histoires ? Idéalement, on aura donné aux participants le temps d'élaborer un plan d'action (voir la figure 2.1 p. 59), et, selon le contexte, on recommande d'organiser si possible des sessions de suivi, pour que l'expérience ne reste pas isolée.

Comment les participants peuvent-ils utiliser les compétences exercées dans le cadre des cercles d'histoires ? On espère que les participants seront capables de faire un usage immédiat, dans leur vie de tous les jours, des compétences exercées dans le cadre des cercles d'histoires, par exemple, en s'engageant à consacrer davantage de temps à l'écoute et à utiliser leur capacité à écouter pour comprendre dans leurs conversations et leurs interactions quotidiennes avec les autres, car cette écoute attentive est un important facteur de rapprochement. Grâce à cette expérience, les participants aborderont leurs relations avec les autres dans un esprit plus ouvert, seront plus conscients de leurs préjugés et partis pris personnels, seront curieux de connaître le point de vue des autres, et y regarderont à deux fois avant de les juger. Ils consacreront du temps chaque jour à développer plus intentionnellement leurs compétences interculturelles. Ils comprendront que tous ceux qu'ils rencontrent au jour le jour ont une histoire à partager et que nous avons tous de nombreux points communs, même quand nous avons l'impression d'être totalement différents.

Pourquoi les facilitateurs ne doivent-ils pas participer au cercle ni écouter ce qu'il s'y dit ? Les facilitateurs des cercles d'histoires ne doivent pas participer à un cercle (contrairement à des processus plus classiques où il y a un « gardien du cercle »), car ils seraient perçus comme y exerçant un pouvoir. Il est important que les participants se considèrent comme égaux au sein du cercle. Les facilitateurs ne doivent pas non plus écouter ce qui s'y dit, car il est important de préserver la confidentialité au sein du groupe.

Que faire si quelqu'un arrive en retard, alors que les cercles d'histoires sont déjà commencés ? Vu l'importance d'instaurer la confiance au sein du groupe, il est très difficile de s'insérer à un cercle d'histoires lorsque les tours de parole ont commencé. Les facilitateurs devront faire preuve de créativité pour intégrer les retardataires sans déranger le groupe ni entamer la confiance déjà établie entre ses membres. Mais il vaut sans doute mieux informer les retardataires de ce qui se passe, sans les autoriser à participer aux cercles d'histoires.

Qu'en est-il du recours à la communication non verbale lorsqu'on écoute les expériences des autres ? S'il est interdit d'interrompre, de commenter une intervention ou de poser des questions pendant ou après le récit de chacun, une réaction non verbale est possible, à condition d'être adéquate et respectueuse. Les facilitateurs pourront mentionner cela lors du temps réservé à l'énoncé des consignes, en soulignant qu'il est important que ces réponses non verbales soient convenables compte tenu du contexte et qu'elles soient adéquates et respectueuses.

Peut-on faire une pause entre la fin des cercles d'histoires et le débriefing ? Non, il vaut mieux que l'étape de débriefing ou de discussion se tienne immédiatement après les cercles d'histoires, quand l'expérience est encore « fraîche » dans l'esprit des participants.

Peut-on adapter le processus des cercles d'histoires (en termes de durée, par exemple) ? Oui, le processus présenté dans ce manuel a été conçu pour donner une idée précise de la manière dont il permet de développer les compétences interculturelles, mais il peut et doit être adapté aux participants et à chaque contexte particulier ‒ à condition, toutefois, que ces adaptations ou ajustements respectent les consignes énoncées dans ce manuel, par exemple, le fait que tous les participants doivent bénéficier d'un temps de parole égal.

Que faire si le pouvoir ou le statut social sont perçus par les participants comme un obstacle ? Si des différences de pouvoir ou de statut (par exemple, un même cercle réunissant des enseignants et des élèves) peuvent faire obstacle à une participation authentique aux cercles d'histoires, il est sans doute préférable de former des cercles de groupes homogènes (par exemple, des groupes d'élèves et des groupes d'enseignants).

Que faire si les participants considèrent surtout le cercle comme un espace de représentation ? Il est important de souligner dès le début qu'il s'agit pour chacun de partager un point de vue/une expérience personnels en toute sincérité, non de raconter une histoire comme s'il s'agissait d'un spectacle. Se reporter à la première question ci-dessus sur la différence entre récit et cercle d'histoires.

Quelle sont les meilleures façons de conclure l'expérience des cercles d'histoires avec les participants ? Débriefer l'expérience en grand groupe est essentiel, et en plus des questions fournies à cet effet dans ce manuel, on peut suggérer plusieurs façons de conclure l'expérience, par exemple : inciter les participants à élaborer un plan d'action, demander à chaque groupe de présenter les principaux enseignements ou idées qu'ils en ont tiré (y compris de manière créative, comme une affiche ou une chanson), fournir un résumé de l'expérience et souligner à nouveau le but et les objectifs poursuivis, en concluant par une citation adéquate ou une chanson connue des participants.