La Mulâtresse Solitude

Solitude incarne toutes les femmes et les mères des Caraïbes qui se sont battues pour la liberté et l’égalité dans le contexte du système esclavagiste.

Dossier Pédagogique

L'esclavage en Guadeloupe

Populations et statuts

Introduction

Pendant environ trois siècles, l’économie des colonies françaises des Caraïbes a fonctionné sur un système esclavagiste.

Des liens sociaux se sont tissés, des hiérarchies se sont créées, et une grande variété de rapports entre dominants et dominés se sont instaurés.

A la veille de la Révolution française (1789), la population est répartie en fonction de trois statuts juridiques :
• le statut d’esclave ;
• le statut de libre de couleur ;
• et le statut de blanc.

Famille métisse.
Peinture de Le Masurier, 1775.

Outre ces trois statuts juridiques, le système esclavagiste a instauré une catégorisation complexe fondée sur la couleur de la peau, le degré de métissage, le sexe et le lieu de naissance.

Cadre légal : le « Code Noir »

Le cadre légal de l’esclavage a été fixé par un ensemble de textes juridiques coloniaux appelé le « Code Noir », dont il existe plusieurs éditions et versions. Le Code Noir inclut notamment l'ordonnance de mars 1685, signée par Louis XIV, qui fixe les règles de l'esclavage aux Antilles françaises.




Code noir signé par Louis XIV en 1685.
Ici réédition de 1743.

Enfants, femmes et hommes réduits en esclavage

En 1789, les esclaves composent 84 % de la population guadeloupéenne. Parmi eux, 26 % sont nés en Afrique et 74 % en Guadeloupe (créoles) (Régent, 2004). Leurs conditions de vie sont très difficiles (injustices, sévices, malnutrition, etc.) et le taux de mortalité est élevé.

Au niveau juridique, l’ordonnance de mars 1685 emploie les mots « nègre » et « esclave » pour désigner les personnes réduites en esclavage. Elle affirme également :
• que l’esclave est meuble ;
• qu’il peut être vendu, saisi, donné ou faire partie d’un héritage ;
• qu’il ne peut circuler sans autorisation écrite de son maître ;
• que tout enfant dont la mère est esclave devient esclave.

Esclave Samboé, déchirée de coups de fouet. Gravure de Tardieu l'aîné et John-Gabriel Stedman, 1798.

L’esclave peut être affranchi et devenir un « libre de couleur ». L’esclave est « meuble » par opposition à « immeuble », c'est à dire qu'il ne peut être ni hypothéqué, ni attaché à une terre.

Organisation du travail et hiérarchie sur une grande plantation

A l’intérieur des habitations (nom donné aux grands domaines agricoles aux Caraïbes), un système hiérarchique fondé sur la qualification, le sexe, la couleur de la peau et le lieu de naissance, assure le contrôle des esclaves par la population servile elle-même.

Au bas de l’échelle sociale, les « esclaves des champs » constituent la majorité des esclaves. Il s’agit de Noirs créoles (nés dans les colonies) ou africains qui travaillent aux champs, au moulin ou à la sucrerie. Ils sont surveillés par des commandeurs (esclaves noirs créoles, rarement africains), eux-mêmes sous les ordres d’un économe (blanc, libre de couleur, rarement esclave).

Petit moulin à sucre portatif.
Peinture de Jean-Baptiste Debret, dans Voyage pittoresque et historique au Brésil, 1835.

Les esclaves qualifiés (forgeron, menuisier, maçon, etc.) et les esclaves de la maison du maître (cuisinier, nourrice, blanchisseuse, etc.) sont mieux habillés, mieux logés et mieux nourris. Ils représentent le haut de l’échelle sociale de l’habitation.

Les libres de couleur

Les libres de couleur représentent 3% de la population guadeloupéenne en 1789 (Régent, 2004). Ils sont formés :
• des affranchis (esclaves noirs ou métis auxquels la liberté a été donnée) ;
• de leurs descendants ;
• et, en minorité, des Amérindiens présents en Guadeloupe avant l’arrivée des Européens.

Les libres de couleur n’ont pas le statut d’esclave mais ne jouissent pas non plus des mêmes privilèges (exemptions d'impôt, honneurs, etc.) que les gens reconnus par la loi comme étant des Blancs.

Scène de danse au 18e siècle (coll. Société d'histoire de la Guadeloupe)

Les libres de couleur sont par exemple victimes de ségrégation sociale, ne peuvent pas porter le nom de leur père lorsque celui-ci est blanc, ne peuvent pas exercer tous les métiers, paient plus d’impôts, sont régulièrement contrôlés lorsqu’ils circulent.

Esclaves et libres de couleur

Sur l’ensemble de l’île, en 1789, les libres de couleur possèdent 5 % du nombre total d’esclaves (Régent 2010), en majorité des femmes, probablement en raison de leur prix moins élevé à l’achat.

Il arrive que certains d’entre eux soient des membres de leur famille en attente d’affranchissement.

Sur le plan des relations sociales, les libres de couleur et les esclaves sont proches. Ils sont en contact sur les habitations et se rencontrent lors des festivités, souvent interdites, telles que les rassemblements, les bals ou les carnavals.

Moi libre aussi.
Gravure de Louis Darcis, d’après le dessin de Louis-Simon Boizot, 1794.

Les femmes libres sont quant à elles couturières, propriétaires, femmes de confiance de leurs anciens maîtres, accoucheuses, soigneuses, petites marchandes, etc.

Les Blancs : contrôle de la société esclavagiste

• Les Blancs constituent le groupe dominant de la société esclavagiste guadeloupéenne. En 1789, ils représentent 13 % de la population (Régent, 2004). Certains sont créoles, d’autres immigrés. Le nombre d’esclaves qu’ils possèdent varie en fonction de leur classe sociale :

• Les « Grands Blancs » sont les propriétaires des plus grandes habitations sucrières. Pour la plupart créoles, ils sont au sommet de la hiérarchie, contrôlent les institutions locales (Assemblée coloniale, Conseil souverain, etc.) et possèdent en moyenne une centaine d’esclaves.

• Les négociants contrôlent les ports de l’île, l’introduction des esclaves et des denrées européennes. Ils viennent pour la plupart de métropole et possèdent une vingtaine d’esclaves.

• La classe moyenne des Blancs est constituée de fonctionnaires, d’hommes de loi, de propriétaires de petites plantations (café, coton, etc), de petits commerçants. Ils possèdent chacun environ cinq esclaves. 

• Enfin, il y a les « Petits Blancs » : les commis, les boutiquiers, les ouvriers, souvent issus des populations pauvres des villes et ports français. Ils ne possèdent que peu ou pas d’esclaves. 

Habitation Clément, Martinique. Photographie de Cap21Photo, 2007.