La Mulâtresse Solitude

Solitude incarne toutes les femmes et les mères des Caraïbes qui se sont battues pour la liberté et l’égalité dans le contexte du système esclavagiste.

Dossier Pédagogique

Femmes en lutte

Guerrière, femme libre et emblème culturel

Introduction

Tout au long des deux siècles et demi du maintien du système esclavagiste en Guadeloupe, la population servile a cherché à échapper au travail forcé et à l'esclavage.

Le système hiérarchique de contrôle de la population servile par elle-même mis en place par les maîtres rendit difficile la révolte. Les formes de résistance furent pourtant nombreuses : lenteur au travail, sabotage, marronnage, etc.


Les femmes ont été les premières à être confrontées aux maîtres. C’était d’autant plus difficile que le système esclavagiste impliquait un abaissement supplémentaire de la femme par rapport à l’homme, notamment par la division sexuelle du travail.

Se réunir, survivre

La population servile est parvenue à contourner l’interdiction du droit de réunion. Des associations se sont formées en Guadeloupe. A l’origine, il s’agissait de regrouper les esclaves par langue ou par provenance africaine. D’autres étaient à vocation religieuse. Enfin, certaines, clandestines, avaient pour but d’aider les esclaves à s’échapper ou à renverser la société esclavagiste.

Ces associations sont soupçonnées par les maîtres d’encourager les esclaves et les libres à se soulever contre les Blancs.

Scène de danse au 18e siècle (coll. Société d'histoire de la Guadeloupe)

Fuir sa condition d’esclave : le marronnage

Certains esclaves choisissent la fuite (le marronnage) en solitaire ou en petits groupes. Les fugitifs sont appelés « Marrons » ou « Nègres marrons », du mot espagnol cimarrón, qui signifie « celui qui fuit son maître ». Les sévices qu’ils subissent lorsqu’ils sont rattrapés sont très violents : mutilation, marquage au fer rouge, masque de fer, etc.

Les Marrons vivent clandestinement :
• dans les ports ou les villes ;
• à l’extrémité des plantations ;
• en communauté, cachés dans des zones difficiles d’accès comme la montagne ou la forêt.

En Guadeloupe, après la défaite des insurgés contre le rétablissement de l’esclavage en 1802, le marronnage dans la forêt et la montagne se développe beaucoup.

Le marronnage chez les femmes

Les femmes fuient pour des raisons similaires à celles des hommes : échapper aux mauvais traitements, prendre en main sa propre vie et, dans certains cas, rejoindre l’être aimé, qu’il soit marron ou bien libre de couleur.

Les femmes en fuite se réfugient souvent dans les faubourgs des villes pour y chercher le soutien des Noirs libres qui y résident. D’autres travaillent clandestinement dans des lieux plus ou moins proches des grandes habitations. Les Noirs libres qui y vivent emploient souvent des salariés dont le statut ne les préoccupe guère (Gautier, 1985).

Elles travaillent clandestinement aussi pour des Petits Blancs qui n'ont pas les moyens de s'acheter un esclave. Certaines vivent de la prostitution.

Femme et mère, une condition plus difficile pour le marronnage

Le nombre de Marronnes a toujours été inférieur à celui de Marrons (Gautier, 1985). Les femmes n’ont pas, en effet, les mêmes possibilités d’évasion :

- Elles ont la charge des enfants et peuvent être enceintes. 
- Les travaux des hommes s’effectuent souvent à l’extérieur des plantations (gardiens, cabrouettiers ou postillons) ; ils ont par conséquent davantage de possibilités de fuite

que les femmes (couturières, servantes, blanchisseuses, etc.).
- Une fois en fuite, les qualifications des hommes leur permettent de trouver plus facilement des emplois clandestins dans les ports ou les villes.

La moindre proportion de femmes dans le marronnage n’est donc pas liée à un meilleur sort sur les plantations mais à leur condition de femmes et de mères, qui entrave leur mobilité et leurs possibilités de se défendre (Gautier, 1985).

Les révoltes serviles

Les armes et les outils au poing, les esclaves de Guadeloupe se sont soulevés à plusieurs reprises au cours de leur histoire (1656, 1738, 1793).

Les révoltes sont peu nombreuses mais les conspirations sont plus fréquentes. Paradoxalement, les dénonciateurs des complots serviles étaient souvent des esclaves. Les maîtres promettaient aux esclaves, en échange de leur loyauté, des gratifications telles que l’affranchissement. En effet, certains esclaves participent au contrôle de la masse des cultivateurs, ce qui a sans doute contribué à son maintien pendant plus de deux siècles en Guadeloupe (Régent, 2004).



Les révoltes serviles sont sévèrement réprimées, conduisant presque toujours à l’emprisonnement, aux sévices, ou à la mort.

Femmes dans les combats

Dès le début de l’insurrection, en 1802, les femmes ont participé aux combats. Elles y tenaient d’ailleurs des rôles clés : elles apprêtaient les armes, soignaient et réconfortaient les blessés, les transportaient sous le feu de l’ennemi. Par ailleurs, elles assuraient la liaison entre les troupes, prenant le risque de se faire capturer ou d’être prises pour cible.

Enfin, elles galvanisaient les troupes par leurs chants, formant des rondes, rythmant leurs danses du cri « vive la mort ! ».