Les femmes soldats du Dahomey

Troupes d’élite féminines, les femmes soldats du Dahomey, appelées aussi Agon’djié, qui signifie « Ote-toi de là ; fais-moi place » en langue fon, ont contribué à la puissance militaire du Royaume du Dahomey aux 18e et 19e siècles.

Dossier Pédagogique

Contexte historique

Traite des esclaves et rivalités politiques en Afrique de l’Ouest

Introduction

Différentes sources orales, confirmées par les archives historiques, attestent de l’émergence du Royaume du Dahomey au 17e siècle, puis de sa consolidation aux 18e et 19e siècles, parallèlement au développement de la traite des esclaves en Afrique de l’Ouest.

A partir du milieu du 16e siècle, les comptoirs commerciaux du littoral sont progressivement transformés en comptoirs négriers afin de répondre à la demande en main d’œuvre servile des colonies du continent américain et des îles des Caraïbes.

Le Dahomey et ses environs. R. Norris, 1793.

Introduction (suite)

Les souverains les plus puissants des royaumes africains de l’Afrique de l’Ouest commencent alors à échanger des captifs de guerre contre des biens rapportés par les Européens, pour en tirer prestige et pouvoir.

Ainsi la traite atlantique, qui atteint son apogée au 18e siècle, bouleverse-t-elle les paysages démographique, politique, culturel et économique de la région et du continent africain tout entier.



En l’espace de trois siècles, on estime qu’entre 12,5 millions et 14 millions d’Africains sont déportés vers le continent américain et les îles des Caraïbes.

La Côte des esclaves

A partir du milieu du 16e siècle, le golfe du Bénin devient la plaque tournante de la traite transatlantique.

Jusqu’au 19e siècle, cette région côtière de 300 kilomètres de long, qui va de l’embouchure du fleuve Volta dans l’actuel Ghana jusqu’au Canal de Lagos dans l’actuel Nigeria, est appelée « Côte des esclaves » par les Européens, tant la traite y est intense.

Afin de fournir en main d’œuvre servile les propriétaires des plantations des colonies du continent américain et des Caraïbes, les Portugais, Hollandais, Anglais, Français et Danois, embarquent des millions d’enfants, de femmes et d’hommes sur des navires, pour un voyage sans retour.

Extrait d’une carte de la « Côte des esclaves » dressé par le missionaire F. Borghero en 1865.

Rivalités entre royaumes africains 

Le développement de la traite des esclaves sur la Côte des esclaves attise les rivalités entre les royaumes africains de la région, notamment entre les Royaumes d’Allada, de Xweda et du Dahomey, qui se succèdent entre le 16e et le 18e siècle.

Les élites royales ont accru leur prestige et conforté leur pouvoir en s’assurant le monopole des flux de marchandises européennes en échange de captifs, le plus souvent razziés par leur armée chez leurs ennemis voisins (Monroe, 2011). Les biens étrangers (fusils, poudre, tissus et étoffes, cauris, eau de vie, tabac, pipes, etc.) obtenus en échanges des captifs permettent aux royaumes africains d’asseoir leur pouvoir politique.

Carte politique de la région du golfe du Bénin en 1724.

Ces biens sont exhibés et en partie distribués à Abomey lors de cérémonies publiques et renforcent les liens entre le pouvoir centralisé et les dignitaires, les chefs locaux et le peuple. Les armes à feu permettent quant à elles de renforcer le pouvoir militaire face aux royaumes rivaux et de faire de nouveaux captifs destinés à la traite.

Les Royaumes d’Oyo, d’Allada, de Xweda, et du Dahomey

En 1716, désireux de se lancer seul dans le commerce international et fort de son organisation politique et militaire centralisée, le Royaume du Dahomey se rebelle contre le puissant Royaume d’Allada, qui contrôle la côte et monopolise le commerce des esclaves avec les Européens.

Le Dahomey attaque et conquiert Allada en 1724, puis Savi (Xweda), vassal d’Allada, en 1727 ; il prend ainsi le contrôle de la principale route commerciale menant à la côte, érige la traite des esclaves en monopole royal et renforce son Etat centralisé à Abomey, la capitale du Royaume.

Expansion du royaume de Dahomey (1727-1890).

Au fil des décennies et jusqu’au 19e siècle, les richesses accumulées par le Royaume du Dahomey par le biais du commerce d’esclaves lui permettent d’imposer sa domination régionale et ce malgré des luttes de pouvoir intestines, les constantes menaces du puissant Royaume d’Oyo et les fluctuations du commerce transatlantique.

La Porte du Non-Retour

Entre 1670 et 1860, le port de Ouidah (appelé Gléwé ou Glehue dans le passé) était le plus gros port de déportation d’esclaves de la région et le second pour toute l’Afrique, après Luanda en Angola (Law, 2004). Plus d’un million d’Africains ont été déportés de Ouidah dans le cadre de la traite transatlantique.

Ce monument est aujourd’hui un site touristique fréquenté, en particulier par les Africains et les personnes d’ascendance africaine du continent américain et des îles des Caraïbes.

En mémoire de tous les Africains déportés, la République du Bénin, en partenariat avec l’UNESCO, a érigé la Porte du Non-Retour sur la plage de Djegbadji, à Ouidah, en 1995, à l’endroit même où autrefois, juste avant l’embarquement, les esclaves foulaient pour la dernière fois le sol du continent.

Porte du Non retour, Ouidah, Bénin. Photographie de Rgrilo, 2006.