Les femmes soldats du Dahomey

Troupes d’élite féminines, les femmes soldats du Dahomey, appelées aussi Agon’djié, qui signifie « Ote-toi de là ; fais-moi place » en langue fon, ont contribué à la puissance militaire du Royaume du Dahomey aux 18e et 19e siècles.

Dossier Pédagogique

Les femmes soldats

Apparition, enrôlement et conditionnement

Introduction

Le contexte du développement de la traite des esclaves et des rivalités entre les royaumes africains de la région a sans doute joué un rôle important dans l’apparition d’un corps militaire féminin au Royaume du Dahomey.

Les méthodes d’enrôlement des femmes soldats ont évolué au cours du temps : délinquantes, marginales, volontaires, princesses attirées par les armes, tirage au sort, captives issues d’autres populations de la région, campagnes d’incorporations forcées, etc.

Le commerce d’esclaves a fortement augmenté au 18e siècle, notamment dans les ports de Ouidah et de Lagos, et a bouleversé la démographie de toute la région.

Les « Amazones » du Dahomey 

Les visiteurs européens qui se sont rendus au Dahomey aux 18e et 19e siècles ont été stupéfaits de découvrir cette armée féminine, son organisation, ses différentes unités et ses parades militaires organisées par les souverains du Royaume.

Elles ont toujours gardé ce nom depuis, notamment en Europe. Toutefois, ce titre d’« Amazones du Dahomey », donné par les Européens et encore largement popularisé dans les ouvrages qui leur sont consacrés, n’a pas de signification au Bénin et chez les Fons, où les femmes soldats portaient des noms différents en fonctions de leurs armes et de leurs contingents (voir partie 4).

Les sources orales contemporaines semblent quant à elle avoir retenu le nom générique de « Ago Djie » que l’on pourrait tradure par « Ote-toi de là ! ».

Dans la plupart des écrits qu’ils ont laissés, ils nomment ces femmes soldats « amazones », en référence au peuple légendaire de femmes guerrières de la mythologie grecque.

Couverture de l’ouvrage d’H. D'Almeida-Topor « Les Amazones ». R. Topor, 1984.

Raisons probables de l’apparition d’une armée de femmes au Dahomey 

Voici les raisons possibles du déficit d’hommes au Royaume du Dahomey au 19e siècle :

  • les pertes humaines (hommes) dues aux guerres que menait le Royaume ;
  • les razzias menées par les royaumes voisins sur les villages du Dahomey pour s’approvisionner en captifs masculins ;
  • les tributs en captifs masculins payés au 18e siècle par le Dahomey au Royaume d’Oyo.

En 1863, un officier de la marine anglaise, Arthur Parry Eardley Wilmot, observe au Dahomey un fort déséquilibre démographique en faveur des femmes (B. Alpern, 1998).

Raisons probables de l’apparition d’une armée de femmes au Dahomey (suite) 

C’est certainement en raison de ce déficit d’hommes, mais aussi de la menace de l’invasion du Royaume d’Oyo, dont l’armée était plus puissante (B. Alpern, 1998), que les souverains du Dahomey ont décidé de s’appuyer sur les femmes pour renforcer leur armée.

Par ailleurs, selon certaines traditions orales, les souverains du Dahomey auraient enrôlé des femmes soldats afin d’apaiser l’esprit de la Reine Tasi Hangbé, sœur jumelle du roi Akaba (1685-1708).

Elle aurait régné seule sur le Royaume pendant quelques années (de 1708 à 1711), sans être pourtant mentionnée par les Kpanlingan d’Abomey. Ces derniers sont les détenteurs de la tradition orale à Abomey, tenus de réciter la généalogie des rois.

Enrôlement des femmes soldats

A l’origine, l’enrôlement était réservé aux jeunes filles fon, qu’elles soient volontaires, tirées au sort ou incorporées de force en raison de crimes commis dans le passé. Il s’étendit ensuite à d’autres populations de la région et, dès le début du 19e siècle, les jeunes captives issues de razzias constituèrent de nouvelles recrues.

A partir du 19e siècle, le Roi Ghézo (1818-1858) instaura le principe de campagnes d’enrôlement menées

tous les trois ans, puis tous les ans sous le règne de son successeur, Glèlè (1858-1889). Des représentants du Roi passaient de village en village et sélectionnaient, parmi les jeunes filles de 12 à 15 ans, celles qui leur paraissaient les plus aptes physiquement (taille, force et agilité).

A leur arrivée à Abomey, un conseil examinait les jeunes recrues.
Ces périodes d’incorporation étaient redoutées par la population. Afin d’y échapper, certaines familles parvenaient à cacher leurs filles avant le passage du représentant royal.



Pour les jeunes filles choisies, l’enrôlement signifiait devoir quitter leur famille et leur village, s’astreindre au célibat et porter les armes pour faire la guerre.

Entraînements et conditionnement

La plus grande partie du temps des femmes soldats était consacré à leur entraînement : lutte au corps à corps, exercices de tir, course d’obstacles, simulation d’attaques de grande ampleur, parcours en forêt, séjours initiatiques en brousse, etc.

Les femmes soldats étaient par ailleurs conditionnées par de nombreux rituels magico-religieux : incantations magiques permettant de décupler leur force ; port d’amulettes protectrices ; consultation du Bokovon, le devin, qui leur indiquait les sacrifices et les rites à effectuer avant de partir au combat.



Ces rituels contribuaient à forger chez elles un esprit guerrier et à leur insuffler un courage à toute épreuve.

Efficacité au combat

Les femmes soldats du Dahomey se sont illustrées dans l’histoire de l’Afrique comme un symbole de témérité. Quelle que soit la difficulté des combats, elles ne battaient jamais en retraite, alors que les soldats masculins étaient souvent punis pour cela (B. Alpern, 1998). Le Roi Béhanzin, dernière grande figure de cette monarchie, s’appuya sur leur dévotion sans faille pour résister à la conquête coloniale française. Elles furent très nombreuses à y sacrifier leur vie.

Combat de Dogba, 19 Septembre 1892. Illustration d’Alexandre d'Albéca, 1895.

Les témoignages historiques sont nombreux à affirmer que les femmes soldats surpassaient leurs homologues masculins en tous points : discipline, combativité, courage et dévotion au roi.