Miriam Mabeka

Zenzi Miriam Makeba (1932-2008) est une chanteuse sud-africaine et un symbole de la lutte contre l’apartheid mondialement connue.

Dossier Pédagogique

1. Colonisation, ségrégation et apartheid en Afrique du Sud

1.1 Les premiers temps de la colonisation

Ségrégation raciale et déni identitaire sont au centre du fonctionnement politique à l’œuvre sur le territoire austral de l’Afrique depuis les premiers temps de sa colonisation. Les premiers colons débarqués au Cap sont des Néerlandais, en 1652, qui se feront appeler Afrikaners. Ils sont suivis de près par des huguenots français. À partir de 1795, les Anglais placent la colonie du Cap sous leur protection, initiant un siècle de guerres successives pour le contrôle des territoires contre ceux qu’ils appellent les Boers (le terme signifie « paysan », en afrikaans ; ce sont les pionniers blancs originaires pour la plupart des pays néerlandophones d’Europe), mais aussi contre les Xhosa et les Zoulous. L’abolition de l’esclavage, en 1834, ne modifie guère les conditions d’existence des populations autochtones dont les droits sont bafoués par l’établissement de réserves, dès 1854, et de contrôles des déplacements.

Peinture de la Cathédrale St Georges, Cape Town dans les années 1800. Aquarelle de Thomas William Bowler, 1850.

Les populations autochtones d’Afrique du Sud. Lorsqu’ils débarquent au cap de Bonne-Espérance, les Néerlandais découvrent une population composée de pasteurs khoi-khoi (qu’ils désigneront par le sobriquet Hottentots). Les Khoi-khoi et les San (ou Bochimans) sont les plus anciens peuples d’Afrique australe. Les Xhosa, originaires des Grands Lacs, sont établis dans l’est de l’actuelle Afrique du Sud, essentiellement dans la province du Cap-Oriental. C’est au cours du 19e siècle que le peuple zoulou a été unifié par le roi Chaka, qui fit d’un clan de 1500 personnes une nation puissante et redoutée, vivant principalement dans ce qui est aujourd’hui la province du KwaZulu-Natal.

1.2 Les fondations de l’apartheid

La découverte des gisements de diamants et d’or dès 1867 joue un rôle déterminant dans la destinée tragique des populations autochtones de la région. Ces dernières subissent la violence et l’oppression raciste dans un contexte de révolution industrielle dont seuls les colons bénéficient. La création de l’Union d’Afrique du Sud en 1910 se traduit par l’attribution de seulement 7 % de la superficie du pays à ceux que les colons désignent sous les appellations racistes de natives, bantus ou kaffir, ainsi qu’aux coloureds.

Vue de la mine de diamant de Kimberley en Afrique du Sud en 1872.

Les termes native, bantou et coloured : Les termes native et bantou étaient couramment utilisés par les colons avant l’apartheid pour désigner les populations africaines noires sans distinction ethnique. Au sein des administrations coloniales successives, le terme bantou remplace progressivement native après 1945. Il désigne en réalité une famille linguistique regroupant environ 400 langues parlées dans une vingtaine de pays d’Afrique australe. Ainsi une assimilation sémantique impropre fut-elle opérée par l’administration coloniale entre origine géographique, couleur de peau et groupe linguistique.

Legal reference to the category coloured was established in 1911. It refers to individuals who were neither African, nor white. More specifically: children born to couples in mixed European / Khoe relationships, descendants of slaves and free blacks, African-American missionaries from the United States, former Chinese slaves, and until the 1960s, Indian Ocean populations. Since the early 1990s, names used for the various population groups as defined during apartheid are no longer capitalised, to avoid the racial essentialism extolled by that regime.

La référence légale à la catégorie coloured est instituée en 1911. Elle désigne les individus qui ne sont ni africains, ni blancs : il s’agit des enfants nés de couples mixtes européens et khoe, des descendants d’esclaves et de noirs libres, des missionnaires afro-américains des États-Unis, des anciens forçats chinois et, jusqu’aux années 1960, de populations de l’océan Indien. Depuis le début des années 1990, les noms désignant les groupes de population tels qu’ils étaient définis par l’apartheid ne portent plus de majuscule pour éviter l’essentialisme racial prôné par ce régime.

1.3 L’établissement de l’apartheid en Afrique du Sud

Apartheid est un mot afrikaans, en partie dérivé du français, signifiant séparation. Les Afrikaners prennent le pouvoir aux élections législatives du 26 mai 1948 avec pour thème récurrent « la défense du peuple blanc d’Afrique du Sud » (en 1954, la population blanche représente 21 % de la population d’Afrique du Sud) contre le « péril noir » (Swaartgevaar). Ils mettent alors en place un arsenal juridique impitoyable. La ségrégation raciale, ou colour bar, est à l’œuvre dès le début du 19e siècle, alors appliquée de manière assez empirique. Elle se renforce avec le gouvernement de l’Union d’Afrique du Sud (1910) et ne cessera de se durcir entre 1948 et les années 1980.

Le premier cabinet de l'Union sud-africaine de 1920 sous la direction du Premier ministre Louis Botha.