Yennega

Figure emblématique du Burkina Faso, Yennega est la mère d’Ouédraogo, fondateur des dynasties des chefs moose. Elle aurait vécu entre le 14e et le 15e siècle. Personnage légendaire de l’Afrique de l’Ouest, Yennega représente une guerrière, une femme libre et indépendante d’esprit.

Dossier Pédagogique

Contexte historique

Emergence de royautés et brassage de populations en Afrique de l’Ouest

Introduction

Bien qu’il soit difficile de situer précisément dans le temps l'histoire de Yennega et de son père Nedega, Roi de Gambaga (Lambert, 1907), certaines hypothèses affirment qu’elle remonte à l’arrivée de migrants dans la région du nord du Ghana actuel, à une période que l’on situe entre le 14e siècle et le 15e siècle.

Des migrants venus de la région du lac Tchad

D’après l’hypothèse dominante, des populations originaires de la région du lac Tchad seraient arrivées au nord du Ghana actuel en passant par le Niger actuel. Leur migration aurait duré plusieurs siècles. A leur arrivée, ils auraient été conduits par le grand guerrier Tohazie (Tamakloe, 1931 ; Kawada, 1988), qui signifie « chasseur rouge » en langue mamprule.

Si l’on en croit les traditions mamprusi et dagomba, Tohazie serait l’ancêtre d’un grand chef nommé Na Gbewa dans la tradition orale dagomba (Tamakloe, 1931 ; Ki–Zerbo, 1972). En réalité, Na Gbewa et le Roi de Gambaga, Nedega dans la tradition dominante moaga, ne feraient qu’un.

Rencontre des populations locales

En arrivant dans la région qui correspond aujourd’hui au nord du Ghana, les migrants ont trouvé des peuples installés là depuis longtemps. Ces derniers vivaient en plus petites communautés, notamment les Kibse, les Fulse, les Mande et les Yoyoose. Grâce à leur maîtrise de la cavalerie, des voies commerciales et à l’établissement d’une nouvelle forme de pouvoir, les nouveaux arrivants ont progressivement tissé des contacts avec les populations locales et se sont mélangés à eux.

Mamprusi, Dagomba, Nanumba et Moose

Les traditions orales des Mamprusi, Dagomba, Nanumba et Moose font toutes référence à un personnage important, chef de migrants venus du nord du Ghana actuel. Il s’agit de « Nedega » dans la tradition orale dominante moaga (Vadier, 1909), de « Na Gbewa » chez les Dagomba et de « Na Bawa » chez les Mamprusi, soit le même personnage. Nedega, père de Yennega, serait donc le dernier ancêtre commun des Mamprusi, des Dagomba et des Nanumba. Ses enfants et ses descendants seraient les fondateurs des royaumes mamprusi, dagomba et nanumba, puis, du premier commandement moaga dans le Burkina Faso actuel.


Chef du village de Gambaga, Ghana. Chef du Royaume de Nanumba, Bimballa, Ghana. Photographie d’Alfred Weidinger, 2012.

Du fait de leurs origines communes, ces peuples du nord du Ghana et du Burkina Faso partagent aujourd’hui une partie de leur patrimoine culturel : on retrouve en effet de nombreux points communs dans leurs langues, leurs cultures et leurs modes d’organisation du pouvoir.

La princesse et le chasseur


De son union avec un chasseur étranger tantôt décrit comme bisa (Carrière-Moulins, 1909 ; Prost 1953) ou mandé (Tauxier, 1917), Yennega a un fils : Ouédraogo (Wedraogo, nom formé à partir des racines moore wed « cheval » et raogo « mâle »).


Cet enfant, à l’origine d’une nouvelle lignée de chefs, symbolise l’union de deux êtres d’origines culturelles différentes et le brassage des populations.

Selon la tradition orale moaga dominante, après s’être formé auprès de son grand-père, Ouédraogo repartit de Gambaga à l’âge adulte, doté par son aïeul de chevaux, de bœufs et de moutons. Le groupe d’hommes qui l’accompagnait était probablement constitué d’individus issus de populations différentes : Dagomba, Mamprusi, conquérants étrangers et populations locales.

Comme l’illustre l’union de la princesse (incarnation du migrant) et du chasseur (incarnation de l’autochtone), les Moose seraient donc issus d'un brassage de peuples de migrants et de peuples sédentaires.